Frank Morvan-Denègre, quadri amputé mais toujours debout !

Dans son livre " Rescapé... de la Salpé ! " Frank Morvan-Denègre, journaliste et chef d'entreprise, raconte le choc septique qui l'a privé de ses 4 membres. Une prose sans concession sur le sort réservé aux personnes handicapées en France.

6 juillet 2013 • Par

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Handicap.fr : En 2010, vous faites appel au Samu. Le médecin confond une bronchite et une septicémie galopante. Vous êtes l'un des rares à survivre à un choc septique (Purpura fulminans) mais on doit vous amputer des quatre membres...
Frank Morvan-Denègre : Il est évident qu'une procédure a été lancée contre ce médecin, crétin de carabin presque assassin, urgentiste du « 15 » qui a failli, à tous égards, à sa mission de praticien et de clinicien. Le dossier est entre les mains de la justice, mais ne rêvons pas : dans trois ou cinq ans, au mieux, un droit indemnitaire me sera octroyé. L'Ordre des médecins veillera probablement à ne point entacher son honorabilité institutionnelle.

H.fr : Un des chapitres de votre livre s'intitule « La France, terre médiévale pour handicapés ». N'est-ce pas un peu excessif ?
JMD : Voyons, par exemple, l'appareillage des membres supérieurs. La Sécu rembourse ces fameuses prothèses de mains qui ne servent à rien. Elles sont conçues selon une technologie obsolète d'après-guerre. En clair, notre belle France du troisième millénaire propose à nos compatriotes, handicapés « membres sup. », d'être équipés comme le Capitaine Crochet dans Peter Pan... Alors j'exagère à peine en évoquant le statut moyenâgeux des personnes handicapées dans ce pays.

H.fr : La crise est passée par là, prétexte à toutes les rigueurs...
FMD : Ce n'est pas un argument. Que vaut-il mieux : le financement d'un appareillage même très sophistiqué qui permet à un amputé d'être totalement autonome ou la prise en charge, pendant des décennies, d'un « légume » dans un fauteuil dépendant à plein temps ? J'ai essayé des prothèses de mains électroniques qui me permettent de retrouver 95 % de mon autonomie fonctionnelle mais la Sécu n'en rembourse pas un centime. C'est l'une des aberrations du système français. N'est-il pas plus bénéfique pour une société d'avoir un homme qui retrouve sa mobilité et peut ainsi se réinsérer ? J'ai été chef d'entreprise pendant 40 ans et compte bien le redevenir...

H.fr : En terme d'accessibilité, votre constat n'est guère plus encourageant...
FMD : J'ai découvert, lors d'un voyage à Madrid, en 2011, que cette ville était bien plus accessible que Paris. C'est aussi vrai en Scandinavie, en Angleterre, aux Etats-Unis et au Canada. J'aime mon pays, celui de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, mais entre cette revendication historique et la réalité actuelle des personnes handicapées, il y a un fossé qui frôle la publicité mensongère !

H.fr : Avant votre amputation, vous aviez déjà consacré un chapitre aux personnes handicapées dans un livre que vous écriviez sur la violence.
FMD : Oui en effet. Son titre : « Handicapés, cachez-vous ! ». Il m'avait été inspiré par un constat : seuls 10 à 15 % des établissements recevant du public sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. La vie me donne aujourd'hui l'occasion de le constater par moi-même. Par exemple, lorsque je dois me rendre à la mairie du 5ème à Paris, c'est le parcours du combattant pour y entrer, et, à l'antenne de Police de la mairie du Vème, on m'a reçu sur le trottoir !

H.fr : Vous n'êtes pas très tendre non plus avec les MDPH...
FMD : Les présidents des Conseils généraux feraient bien d'expliquer aux directeurs de ces « maisons départementales » qu'ils nomment, de considérer, avec respect et dignité, tous ces handicapés dont ils ont la responsabilité. Attendre sept mois pour recevoir une carte d'invalidité et ou de stationnement, c'est ubuesque !

H.fr : Dans votre livre, vous révélez quelques perles qui valent vraiment leur pesant d'or !
FMD : Oui, j'en ai toute une litanie, édifiante ! On m'a montré un document de la Sécu qui, pour schématiser, demandait à un patient amputé, trois ans plus tard, si ça avait repoussé. Et dans le questionnaire de mon centre de rééducation du Val-de-Marne, cette question liminaire : « Pourquoi avez-vous besoin de mains ? » (sic) Un niveau abyssal de crétinisme et de mépris de l'Autre !

H.fr : Vous dites que vous avez malgré tout eu de la « chance »...
FMD : Oui, c'est certain. Déjà parce que seules 5 % des victimes survivent à un choc septique. Mais aussi car j'ai le privilège insigne de vivre à Paris, d'avoir été sauvé et soigné dans de grands hôpitaux réputés de la capitale, en bénéficiant de leur service social. Mais quid du patient de Lozère ou de Corrèze qui habite à 50 km de la première ville ? Constat similaire pour mes prothèses ; j'ai rencontré la meilleure société française dans ce domaine mais tous les amputés ne sont pas logés à la même enseigne.

H.fr : A travers votre histoire, la capacité de résilience de l'homme semble infinie. Qu'est-ce qui fait la différence entre celui qui se meurt et se relève ?
FMD : Pour moi, déjà, 55 ans d'arts martiaux ! Sur le plan énergétique, j'avais des réserves. Un médecin m'a dit qu'il n'avait jamais vu une telle énergie vitale. Mais il est évident que nous ne sommes pas tous égaux face à cette capacité à rebondir. Je suis pourtant convaincu que ceux qui ont le courage de se battre, sans larmoyer sur leur sort, peuvent s'en sortir. Lorsque j'étais en centre de rééducation, j'ai toujours gardé le moral et pourtant j'étais certainement le plus amoché. Voir un quadri amputé avec le sourire : certains avaient du mal à le supporter !

H.fr : Vous témoignez, dans un premier temps, à travers ce livre. Le handicap sera-t-il une nouvelle bataille pour l'homme de com, journaliste, écrivain ?
FMD : J'ai d'abord écrit ce livre parce que c'était une bonne thérapie. Je ne crois pas avoir vocation à « servir la cause du handicap », en rejoignant une « grande famille », en me complaisant dans le rôle du « handicapé ». Je serai certainement plus utile en retrouvant ma place dans la société, mon emploi. Je mène ce combat à ma manière, avec le désir d'aller plus loin... Evidemment, j'ai contacté les médias et quelques télés pour parler de mon livre. Pour le moment, on me répond : « Ah non, sujet trop grave ! ». Mais je n'ai pas dit mon dernier mot...

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