La 1ère unité pour collégiens autistes fait un carton

Mounib, Adam, Alioune et les autres prennent peu à peu leur marque dans un collège un peu particulier, à mi-chemin entre une unité d'enseignement externalisée et une classe "ordinaire". Un dispositif sur-mesure inédit pour jeunes autistes.

9 décembre 2019 • Par

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Par Sarah Brethes

Ils sont les premiers jeunes autistes de France scolarisés en collège dans un dispositif sur mesure : Mounib, Adam, Rafi, Boubacar, Sanjay et Alioune ont fait leur rentrée à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), où l'équipe enseignante espère faire des émules ailleurs sur le territoire.

Quand l'AESH montre la voie

En rang avant le cours de sport, deux garçons "checkent" Léonore. "On s'amuse bien avec eux. Ils sont pas comme nous, mais je les comprends", dit l'adolescente. Scolarisés dans une unité d'enseignement externalisée (UEE) pour les matières principales (français, math, anglais...), Sanjay et Mounib rejoignent une classe de 6e "classique" pour les cours d'EPS et d'arts plastiques. Sur les tatamis, en récréation ou à la cantine, peu d'indices permettent de les distinguer des élèves "lambda". L'omniprésence de leur accompagnante (AESH), Gracia Martins, en est un. A l'énoncé des consignes du prof d'EPS, Sanjay a l'air perdu. "Il suffit de lui montrer", explique-t-elle en retirant ses chaussures, avant de s'élancer à quatre pattes au milieu des enfants, suscitant un déclic chez le garçon, tout sourire.

Répondre à un besoin

"On a beaucoup d'a priori, on pense que ce sont des enfants soit très intelligents, soit très renfermés. Or il y en a beaucoup 'au milieu', c'est à ceux-là qu'on s'adresse. L'objectif est la socialisation et l'autonomie", résume Saïd Haddouchi, principal du collège du Parc. "Très naïvement, on ne pensait pas que c'était une première en France. On a lancé ce projet car il répondait à un besoin. Ce n'est pas difficile à mettre en place !", insiste-t-il. En juin 2019, le Premier ministre Edouard Philippe a reconnu la "lenteur" du déploiement des UEE qui permettent aux enfants autistes, estimés à 100 000 en France, de bénéficier de l'inclusion scolaire. Il en existe aujourd'hui 137 en maternelle, 26 en élémentaire et, donc, une en collège.

Instaurer des rituels

Au collège du Parc, le succès de cette première UE repose en très grande partie sur les épaules de Caroline Bergé, enseignante spécialisée en charge de ces six élèves de sixième âgés de 11 à 12 ans. En classe, tout est extrêmement ritualisé. "Il faut toujours leur expliquer ce qu'on fait, ce qu'on va faire", explique-t-elle. L'enseignante, épaulée par l'AESH et une éducatrice, sollicite en permanence ses élèves pour maintenir le contact, parfois difficile à instaurer. "Avant, certains ne parlaient pas, n'écrivaient pas, ils ont fait d'énormes progrès. On n'en fera pas des polytechniciens mais quatre ou cinq pourraient accéder à un CAP, avoir un métier. J'aimerais qu'ils sachent prendre le métro, faire des courses sans se faire arnaquer, se faire à manger", énumère cette ex-prof d'histoire-géo hyper-investie, qui a convaincu plusieurs enseignants de prendre ses élèves dans leurs cours. Nicolas Roelandt a accepté tout de suite. Ce professeur d'EPS a décidé de traiter ces pré-ados particuliers "comme les autres" et, surtout, de ne pas "se fixer de barrière". "Au final, ce n'est pas compliqué, et tout le monde sort de cours très heureux. Il faut juste avoir envie", conclut-il.  

Une «pépite» à développer

Pour Caroline Bergé, cette unité d'enseignement est "une pépite d'or". "Mais une pépite c'est tout petit. Il y a trop peu d'autistes pris en charge, trop d'enfants déscolarisés, trop de mères seules à la maison avec leur enfant", déplore l'enseignante. "Beaucoup d'enfants atteints de troubles du spectre autistique ont la capacité d'être en collège. Ils sont sociables, sont en demande, aiment ça", explique Virginie Royer, éducatrice qui suit ces élèves à l'école et en hôpital de jour. "Ça a d'autant plus de sens que ce sont des enfants qui peuvent se révéler à l'adolescence : on en voit beaucoup sortir de l'autisme vers 15 ans".

La mère de Mounib, Sihame Khenenou, est venue d'Algérie en 2016 pour qu'il puisse être pris en charge. "Là-bas on n'acceptait pas son handicap, alors qu'il est très intelligent, qu'il dessine très bien. Il a d'ailleurs appris le français très vite", dit-elle. Depuis qu'il va à l'école, Mounib "a changé à 100%", décrit-elle. "Avant c'était les crises, les pleurs, les bêtises. Maintenant il est calme, il dit qu'il a grandi, qu'il se sent capable. C'est un miracle."

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