La 1ère unité d'enseignement autisme voit le jour au collège

La toute première unité d'enseignement autisme collège a ouvert en Seine-Saint-Denis. Proposant un encadrement sur mesure, cette classe expérimentale permet à 6 jeunes suivis en hôpital de jour de bénéficier d'une scolarité en milieu ordinaire.

8 septembre 2019 • Par

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Son nom de code ? UECA. La toute première unité d'enseignement autisme collège en France dédiée à l'accueil des élèves autistes a fait sa rentrée le 2 septembre 2019 en Seine-Saint-Denis. Le dispositif existait depuis la rentrée 2014 en maternelle et 2017 en primaire (les fameuses UEMA ou UEEA), ainsi que dans certains lycées professionnels, mais pas au collège car « la priorité était de s'attaquer aux plus petits », selon la délégation interministérielle à la stratégie nationale pour l'autisme.

Un accompagnement sur mesure

Cette expérience, fruit d'un partenariat entre l'Education nationale, le département de Seine-Saint-Denis et l'hôpital Ballanger, est menée au sein du collège du Parc, à Aulnay-sous-Bois. Accueillant six élèves, tous issus de la même école primaire, cette classe de sixième propose un accompagnement sur mesure grâce à une équipe composée d'une professeure coordinatrice, d'une AESH (accompagnante d'élèves en situation de handicap) et d'une psychologue et deux éducatrices de l'unité pédopsychiatrique de l'Hôpital Ballanger. Nos équipes suivaient déjà les enfants « faute de place et d'une ignorance flagrante de l'enfant TSA en IME », explique Virginie, l'une des éducatrices. Ce projet a été construit sur une année par l'hôpital de jour pour ces jeunes parfois « incasables » car ils ne correspondent pas aux critères des IME ou trop en « capacités » pour un IMpro. Alors que faire ? Créer un projet avec un ensemble de partenaires afin de consolider ce qui a été acquis en primaire au sein d'une classe CLIS APS (transformée ensuite en Unité d'enseignement autisme) mise en place par cet hôpital de jour il y a près de 15 ans. « Une première en France passée sous silence car l'autisme à l'époque ne faisait pas parler de lui autant qu'aujourd'hui », ajoute l'éducatrice.

Quoi de plus ?

Cette classe est implantée au cœur du collège avec l'ambition de favoriser la « sociabilité des enfants autistes, en leur permettant de côtoyer les autres élèves de l'établissement, dans un premier temps lors des déjeuners ou des temps de récréation », explique le département 93 dans un communiqué. A terme, un élargissement est prévu, notamment lors des cours d'éducation physique. Quelle différence avec les 70 Ulis (unité localisées pour l'inclusion scolaire) déjà présentes dans les collèges du département, qui accueillent près de 600 élèves, et qui, pour certaines, les Ulis TSA, se sont déjà spécialisées sur les troubles du spectre autistique ? Dans cette UECA, le nombre d'élèves est moins important qu'en Ulis (jusqu'à douze élèves), répond le département, et elle reste rattachée à un établissement médico-social. « On est vraiment sur le principe d'un IME externalisé au sein d'un collège ordinaire », ajoute la délégation interministérielle à l'autisme. Cette nouvelle classe propose un accompagnement sur mesure, avec un taux d'encadrement renforcé, presque du un pour un. Les apprentissages sont concentrés le matin tandis que l'après-midi est consacrée à des activités adaptées et séances de soins. « L'avantage, c'est que ce sont les professionnels du médico-social, issus de l'établissement dont dépend cette classe, qui se déplacent sur leur lieu de scolarisation », complète-t-elle. La salle a été entièrement aménagée pour éviter trop de stimuli et dispose d'un espace de repos.

Dupliquée en France ?

« J'espère que cette classe fera modèle partout où nos enfants en ont besoin, que ce soit en Seine-Saint-Denis ou ailleurs », explique Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, qui se dit « très fier » que cette expérimentation ait été menée dans son département. A quand une généralisation dans toute la France ? « Rien n'est défini pour le moment », explique la délégation interministérielle à l'autisme, qui se focalise sur le déploiement de 80 nouvelles UEMA et de 45 UEEA en cette rentrée 2019. Mais elle promet que le gouvernement va suivre de près cette version collège pour voir si elle peut être dupliquée. Pour Danièle Langloys, présidente d'Autisme France, « cela reste du sanitaire non inclusif », qui s'interroge également sur le partenariat avec un hôpital de jour. « Non, riposte Virginie, c'est au contraire leur donner une chance là où il n'y en avait pas. Nous ne 'soignons' pas ni ne 'guérissons' une maladie à l'hôpital de jour, nous travaillons à comprendre ces enfants et leur offrons les possibilités d'être acceptés tels qu'ils sont. Ils grandissent dans une société compliquée, indifférente, exigeante et brutale alors nous les aidons à changer les regards. »

Une lettre touchante

23 000 enfants en situation de handicap de plus vont faire cette année leur rentrée en milieu ordinaire, portant le total à 365 000. Si une enquête révèle qu'un François sur trois estime que les enfants autistes n'ont pas leur place en milieu ordinaire (sondage Haris interactive, juillet 2019), la récente lettre de deux enseignantes adressée à Clara, 15 ans, autiste sévère, scolarisée au collège Saint Charles d'Angers pourrait bien fissurer les a priori. « Clara a ouvert des portes et laisse des moments inoubliables auprès des enseignants, de l'équipe éducative, des élèves. Ses pas en avant, ses pas en arrière, l'aide d'Anne qui lui a permis de développer sa ténacité, sa volonté d'y arriver... (…) Beaucoup d'élèves ont également pu profiter de cet accompagnement pour modifier leur propre posture, montrer une motivation à l'entraide et un regard positif sur le handicap. Les élèves qui ont eu la chance de te côtoyer, Clara, ne verront jamais plus la personne porteuse d'autisme de la même façon. » Des raisons d'y croire ?

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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