D'abord, Mon frère, de François Gremaud, dans le festival In d'Avignon, figure parmi les spectacles qui mettent particulièrement en lumière la surdité et la langue des signes. (Handicap : la surdité au cœur d'une pièce à Avignon). Première en France, cette pièce suisse a été écrite et interprétée par l'auteur avec et pour son frère sourd, qui lui répond en signes. Mais des pépites existent aussi dans les pièces du festival Off, où les personnes en situation de handicap occupent des premiers rôles.
À Avignon, deux manifestations coexistent : le Festival d'Avignon, dit « In », créé en 1947 et organisé par une équipe dédiée avec une programmation officielle, et le Festival Off, créé en 1966, qui accueille des compagnies indépendantes dans de nombreux lieux de la ville. Les deux événements participent au rayonnement culturel d'Avignon, mais ont des fonctionnements distincts.
Voltige, un renversement du regard
Il faut ensuite s'arrêter sur Voltige (Voltige : Dorine Bourneton déploie ses ailes sur scène), pièce sur laquelle les projecteurs ont été braqués ces derniers mois, suite à sa représentation parisienne à succès, au Théâtre du Petit Montparnasse à Paris. Dans ce spectacle écrit et interprété par Dorine Bourneton, celle-ci joue son propre rôle : la première femme paraplégique au monde à devenir pilote de voltige aérienne. La comédienne y raconte comment elle a découvert que ce métier dont elle rêvait était interdit aux personnes handicapées. Mais surtout son combat pour faire de son cas personnel une normalité et donc pour faire évoluer les mentalités sur le handicap. Voltige est programmé, cette fois, au Festival Off 2026, au Théâtre du Balcon.
Le corps au centre
Ce n'est pas le travail mais la vie affective et sexuelle qui est abordé par Toutes les autres de Clotilde Cavaroc. La pièce évoque avec finesse ce sujet toujours très tabou en société. Dans le duo d'une rencontre entre une jeune femme paraplégique après un accident et son accompagnant sexuel, une histoire éclot. Dans cette pièce, la chorégraphie a été prise en charge par Ira Kodiche. Une chorégraphe qu'on retrouve au cœur d'une autre pièce remarquée de la saison, Échelle. À partir du récit autobiographique d'une femme devenue paraplégique, les métamorphoses du corps sont interrogées par une troupe mêlant danseurs valides et en situation de handicap.
L'humour comme vecteur de sensibilisation
Enfin la neuroatypie est la question centrale de la pièce de Nathalie Audran-Tanielian, 50 ans, c'est pas la mort. Etre Tourette non plus, dans un seul en scène. La comédienne y retrace avec humour sa vie et ses questionnements de quinquagénaire autant que son syndrome Gilles de la Tourette, encore assez méconnu. Elle aborde l'incompréhension des autres dans ce qu'ils peuvent juger comme un comportement maladroit ou inadapté, mais aussi les stratégies qu'elle a dû mettre en place pour vivre dans une société qui n'est pas toujours ouverte aux différences.
Une accessibilité des sites et des œuvres
Ce ne sont pas seulement les œuvres qui portent une attention aux handicaps. Depuis une quinzaine d'années une cellule du festival est dédiée à l'accessibilité, et depuis cinq ans une adresse mail permet de formuler un besoin d'accueil. « On travaille sur différents plans, explique Eve Lombart, administratrice du festival, l'accessibilité des sites, mais aussi l'accessibilité de l'œuvre ». Chaque année de nouvelles actions sont mises en place. « Une des nouveautés est de proposer des assises adaptées. Au Cloître des Célestins, il y a des gradins avec une assise étroite, et notre atelier technique a construit des banquettes handi-accueillantes pour toutes les morphologies », illustre-t-elle.
Des actions pour chaque handicap
Des dispositifs existent aussi pour les personnes sourdes et malentendantes, comme des boucles auditives. Certains lieux comme le théâtre Benoit XII et la FabricA sont équipés à demeure explique Eve Lombart, mais il est possible de demander une mallette portative pour les autres sites du festival. « Ça nécessite que les équipes soient prévenues, indique-t-elle en précisant que celles-ci sont formées, car le dispositif doit être installé en amont du spectacle ». D'autres sont également sous-titrés, et certaines séances signées.
Pour les déficients visuels, des audiodescriptions sont disponibles à certains créneaux : « cette année c'est le cas pour quatre spectacles, c'est inédit », détaille l'administratrice du festival, en précisant que seules une ou deux séances en étaient équipées auparavant. Autre nouveauté : des « fidget toys », de petits outils dédiés aux personnes neuroatypiques. « Nous mettons à disposition ces objets pour canaliser la concentration et calmer l'angoisse au besoin », développe Eve Lombart.
Des compagnies fer de lance
Certaines compagnies se montrent également plus attentives à penser l'inclusion. « Dès le moment de la création, certaines pensent l'audiodescription, parce que c'est une action difficile à mettre en place pour une œuvre longue », explique Eve Lombart. Pour une des pièces du In, La Parabole du seum, l'équipe d'accueil a voulu travailler en concertation en amont du festival sur l'accessibilité. Elle a notamment bénéficié d'une formation complémentaire sur la neuroatypie : « cela permet la prise en charge de ces personnes qui peuvent avoir besoin de sortir pendant la pièce, d'exprimer quelque chose, ou d'avoir davantage de temps de pause », indique-t-elle. Une action qu'elle aimerait voir généralisée à l'avenir.
A Avignon comme à Clisson (Hellfest : un modèle d'accessibilité pour le handicap ?), Longchamp (Solidays 2024 : on a suivi trois influenceurs handi! ) ou ailleurs, chaque année, les festivals culturels redoublent d'inventivité pour améliorer leur niveau d'accessibilité. Un laboratoire inclusif inspirant pour le reste de la société !
©Sharlie Evans / Festival d'Avignon




