Handicap : la surdité au cœur d'une pièce à Avignon

Au Festival d'Avignon, deux frères portent sur scène un récit intime de la surdité. L'un signe, l'autre prête sa voix, pour dénoncer les discriminations liées au handicap et défendre une société plus inclusive.

• Par
pièce de théâtre mon frère festival d'avignon 2026

Sur scène comme dans la vie, Christian et François Gremaud sont frères. Au Festival d'Avignon, Christian, sourd, interprète son propre rôle en langue des signes, tandis que son aîné prête sa voix dans Mon frère, un spectacle présenté jusqu'au lundi 13 juillet 2026.

« Je risque d'être un petit peu bavard », lance d'emblée Christian. Dans un décor épuré, cet homme de 49 ans retrace son parcours, depuis la découverte de sa surdité jusqu'aux discriminations rencontrées dans sa scolarité, ses formations et sa vie professionnelle. Il raconte comment l'« étiquette » liée à son handicap l'a longtemps « empêché par la société ».

Avec humour, il invite aussi le public à se mettre à la place des personnes sourdes. À plusieurs reprises, il détourne les habitudes des entendants, allant jusqu'à s'exprimer pendant deux minutes sans traduction avant de conclure : « Frustrant, hein ? »

Faire connaître l'histoire de la langue des signes

Le spectacle revient également sur l'histoire de la langue des signes, écartée pendant un siècle après le Congrès de Milan de 1880 avant de retrouver progressivement sa place à partir des années 1970. Christian évoque aussi les limites de la méthode orale avec lecture labiale, qui permettrait au mieux de « comprendre 20 % » des mots.

Sur un côté de la scène, François Gremaud traduit l'ensemble de la représentation. Un jeu de lumières distingue les deux frères, séparés par deux ans mais physiquement très proches.

« Je n'ai jamais joué sur scène face à un public, avec les lumières. Qu'est-ce que ça fait du bien de pouvoir être entendu ! J'aime beaucoup ça ! », confie Christian à l'AFP, avec l'aide d'une interprète en langue des signes.

Il ajoute : « Je suis très heureux. J'aimerais que ce soit plus simple de pouvoir m'intégrer au sein de la société et qu'on ne me regarde pas avec un œil de pitié », affirmant vouloir « montrer que c'est possible de vivre ensemble ».

Un spectacle politique et fraternel

Pour François Gremaud, metteur en scène depuis vingt ans, l'idée est née après que son frère a subi « il y a quelques années une injustice de plus ». « Ayant la chance d'avoir un public qui me fait confiance, je me suis dit que j'allais lui laisser la place », explique le cofondateur de 2B company, installé à Lausanne.

« Mon frère essaie de montrer combien nous-mêmes sommes invalides dans notre manière d'accueillir les différences. C'est sans doute mon spectacle le plus politique », affirme-t-il, qualifiant cette création d'« acte de résistance ».

Connu pour ses « conférences-spectacles » comme Phèdre ! (2018), Giselle (2021) ou Carmen (2023), il voit également dans cette pièce « un acte d'amour », qui célèbre une relation fraternelle « aussi amoureuse que la nôtre ».

Une création pensée pour l'accessibilité

Comédien débutant, Christian Gremaud a été accompagné par les codirectrices de l'International Visual Theatre, à Paris, afin de développer une langue des signes à la dimension théâtrale et poétique.

De son côté, François Gremaud veille au rythme de la représentation, pour que « la langue française parlée se dépose au mieux sur le corps de Christian ».

Le metteur en scène conclut : « Malheureusement, nous sommes dans des temps où les personnes à la tête de nos pays rendent tout vilain et tout laid. Très modestement, j'essaie dans mon théâtre d'être de ceux qui rendent aux choses leur beauté intrinsèque. »

Mon Frère, François Gremaud, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Partager sur :
  • LinkedIn
  • Facebook
  • Blue sky
  • Twitter
« Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© (2026) Agence France-Presse.Toutes les informations reproduites sur cette page sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. L'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations ».
Commentaires0 Réagissez à cet article

Thèmes :

Rappel :

  • Merci de bien vouloir éviter les messages diffamatoires, insultants, tendancieux...
  • Pour les questions personnelles générales, prenez contact avec nos assistants
  • Avant d'être affiché, votre message devra être validé via un mail que vous recevrez.