93 : la MDAA, un guichet unique pour handicap et autonomie

À Saint-Denis, la Maison départementale de l'autonomie et des aidants réunit MDPH et direction de l'autonomie en un seul lieu. Une réforme majeure dans ce territoire confronté à l'explosion des besoins liés au handicap et au vieillissement.

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Une jeune femme se présente à l’accueil de la MDAA.

Derrière les portes vitrées, rien ne rappelle l'image parfois austère d'une administration départementale. Le bois clair habille les comptoirs, les fauteuils aux tons chaleureux remplacent les files debout, les bornes d'accueil sont à hauteur d'homme. Bienvenue à la Maison départementale de l'autonomie et des aidants (MDAA) de Seine-Saint-Denis, au sein du bâtiment Pulse, à Saint-Denis, qui abritait jadis le siège du comité d'organisation des Jeux de Paris 2024. Depuis le 13 janvier 2026, environ 300 personnes franchissent, chaque jour, les portes de ce lieu qui concentre désormais ce qui, hier encore, était dispersé : l'accueil de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) et celui de la direction de l'autonomie.

Une réforme structurelle, loin d'être anodine, dans un département où 179 300 personnes vivent avec un handicap, soit 10 % de la population, et où le nombre de personnes âgées dépendantes ne cesse de croître. Objectif ? Mettre fin au parcours administratif fragmenté qui compliquait l'accès aux droits.

500 m2 accessibles pour « humaniser les relations »

Sur 500 m² entièrement accessibles pour les personnes à mobilité réduite (PMR), neuf bureaux d'entretien et deux salles de consultation médicale s'alignent derrière un espace d'attente, équipé d'une boucle magnétique, pensé pour apaiser plutôt que pour contenir. La lumière est douce, les circulations fluides, les échanges feutrés. « Finis les hygiaphones de la Sécurité sociale des années 1980, glisse Stéphane Troussel, président du Département de la Seine-Saint-Denis. Nous avons voulu des locaux beaux, accueillants, modernes, avec des couleurs apaisantes. Humaniser la relation avec l'usager, ça passe aussi par le lieu. »

À quelques pas de l'accueil, un espace numérique permet d'effectuer ses démarches en ligne avec l'appui d'un conseiller. « À l'heure où certains lieux d'accueil se dématérialisent, nous avons tenu à maintenir le contact humain », ajoute-t-il. « Une salle d'inspiration Snoezelen est également prévue pour permettre aux personnes avec autisme, notamment, de s'isoler dans un endroit calme où les stimulations sensorielles sont limitées », annonce Luc Lambert, directeur adjoint du pôle solidarité, autonomie et insertion.

Des permanences de proximité

« Cette maison est le témoin d'un service public renforcé et du respect que l'on souhaite témoigner aux usagers, explique le président. « La MDAA est en quelque sorte le vaisseau amiral mais il existe aussi des permanences de premier niveau dans les services sociaux départementaux, notamment à Montreuil et Noisy-le-Grand, précise Luc Lambert. Les agents sont formés à des tâches simples comme renseigner les usagers sur l'avancée de leur dossier. »

Reconnaître le rôle central des aidants

En intégrant explicitement les aidants dans son intitulé, la MDAA entend également reconnaître leur « rôle central ». Un espace dédié leur est réservé, avec des permanences associatives pour les informer, les orienter et les soutenir. L'enjeu ? « Booster leurs connaissances mais aussi leur pouvoir d'agir. » Dans un territoire où la dépendance est plus précoce et les ressources plus faibles, ces proches « qui tiennent parfois à bout de bras les situations les plus complexes deviennent un pilier du système », souligne Stéphane Troussel.

Ce jour-là, un juriste de l'association Droit pluriel, qui œuvre pour une Justice plus accessible, renseigne Julia, aidante de son fils en situation de handicap. Un appel à manifestation d'intérêt, lancé en décembre auprès d'associations, de fondations ou encore de structures publiques, prendra fin courant février, avant « un démarrage de nouvelles actions » prévu en mars 2026.

« Ça n'a rien à voir avec l'ancienne MDPH ! »

Dans le hall, les réactions sont unanimes. « Ça n'a rien à voir avec Bobigny, où se trouvait l'ancienne MDPH ! », s'exclament trois mères venues renouveler le dossier de leurs enfants en situation de handicap. « C'est beaucoup plus agréable, plus fluide, affirme Nawel. Ici, on prend le temps de m'accompagner pour réaliser mes démarches, les agents sont particulièrement patients et à l'écoute », ajoute Marie. « Les explications sont très claires, l'attente n'est pas très longue et le nouveau site est vraiment top par rapport à l'ancien, surenchérit Myriam. C'est plus loin que l'ancien site de chez moi mais ça vaut largement le coup ! »

Une simplification des parcours

À Bobigny, les usagers évoquaient des délais importants pour l'instruction de leur dossier, des parcours « éclatés » et la sensation d'être renvoyés d'un service à l'autre. L'instruction se faisait d'un côté, la notification et le versement des prestations de l'autre. Deux services distincts, deux logiques administratives. « Désormais, tout est regroupé », se félicite Stéphane Troussel. Les circuits internes existent toujours mais ils ne sont plus visibles pour les familles. Dans un département marqué par la précarité et la fracture numérique, cette simplification change, selon lui, concrètement le rapport à l'administration.

Des délais enfin revenus dans les clous

La transformation ne se limite pas à l'architecture. « Cette fusion a représenté un défi managérial et administratif phénoménal car il a fallu, en un temps record, regrouper tous les dossiers et former l'ensemble des agents des deux anciennes structures aux besoins liés à la fois au handicap et au vieillissement », souligne Luc Lambert. 40 agents assurent aujourd'hui un accueil continu, sur ou sans rendez-vous. En parallèle, plus de 500 appels arrivent chaque jour. Le taux de décroché téléphonique, qui plafonnait autour de 30 % il y a quelques années, dépasse désormais les 75 %. Autre avancée : « les délais de traitement des dossiers sont revenus sous le seuil légal de quatre mois, et avoisinent les trois mois. On revient de très loin, admet le président. Dans certaines MDPH, les usagers attendent encore parfois des années avant d'obtenir leurs droits. »

Des simplifications ont également été engagées : renouvellement automatique de certains droits, droits à vie pour des situations stabilisées... Autant de mesures destinées à réduire l'usure administrative des familles.

Un territoire sous pression démographique

La MDAA s'inscrit dans la mise en œuvre du Service public départemental de l'autonomie (SPDA) et du schéma autonomie et inclusion 2025-2030, élaboré avec « 400 participants, neuf ateliers, cinq groupes thématiques ». Une feuille de route pour adapter le territoire à un double mouvement : augmentation des situations de handicap et accélération du vieillissement.

9 % des adultes de 22 à 60 ans et 5,1 % des enfants ont un droit ouvert à la MDPH. Parallèlement, le nombre de personnes de 75 ans et plus devrait quasiment doubler d'ici 2050 pour atteindre 165 000 habitants. Le département compte déjà plus de 22 500 bénéficiaires de l'APA (Allocation personnalisée d'autonomie) et 29 % des seniors sont confrontés à l'isolement. « On a déjà 260 000 personnes de 60 ans et plus. C'est plus que toute la population du département de la Nièvre, rappelle Stéphane Troussel. Les effets de masse que nous allons devoir absorber sont considérables. »

Un déficit massif de l'offre médico-sociale

Autre défi : le développement de l'offre médico-sociale. « La Seine-Saint-Denis est le département le moins bien équipé de France métropolitaine », révèle Luc Lambert. Le taux d'équipement pour les enfants est de 4,8 places pour 1 000, contre 7,9 au niveau national. Autrement dit, pour une population équivalente, la Seine-Saint-Denis dispose de près de deux fois moins de places que la moyenne française. Pour les adultes, le taux chute à 1,8 pour 1 000 habitants, contre 4,7 en France.

Aujourd'hui, 13 004 enfants sont orientés vers des établissements ou services médico-sociaux pour seulement 3 370 solutions disponibles. 7 000 enfants et 3 500 adultes sont sans solution ou avec solution inadéquate. 608 adultes sont hébergés en Belgique faute de place locale et 213 jeunes adultes restent maintenus en structures pour enfants. « Nous sommes prêts à agir et attendons désormais le soutien financier de l'État ! », assure Luc Lambert.

« La maison du futur »

La MDAA ne résout ni la pénurie de places ni le choc démographique annoncé. Mais elle transforme la première porte d'entrée dans le service public de l'autonomie. « C'est un peu la maison du futur », sourit Stéphane Troussel. Une maison co-construite avec les associations, appelée à évoluer au rythme des besoins et des retours du terrain. En Seine-Saint-Denis, ce futur est déjà à l'œuvre. L'organisation locale se dit prête. Reste désormais à savoir si l'État accompagnera l'effort à la hauteur des besoins.

© Cassandre Rogeret

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
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