Accessibilité numérique: le talon d'Achille des universités

Etudier à l'ère 2.0 quand on est déficient visuel, un parcours du combattant ? C'est le constat de la Fédération des aveugles de France qui exhorte à améliorer l'accessibilité numérique des universités et offre des pistes concrètes.

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Quand Camille, étudiante vétérinaire et déficiente visuelle, perd patience face aux documents illisibles transmis par sa faculté, elle n'a généralement qu'une solution : le coup de fil à un ami. « C'est le joker de 'Qui veut gagner des millions', sauf que, à la fin, on gagne juste le droit de participer à l'examen », ironise la jeune femme. Comme elle, de nombreux étudiants aveugles ou malvoyants éprouvent des difficultés à suivre leur scolarité normalement à cause des « freins numériques ». Absence de traduction en braille, problèmes de lecture d'écran, bibliothèque universitaire numérique quasi-absente... Les entraves sont nombreuses. De l'inscription au suivi d'emploi du temps, en passant par la prise de notes en cours et les questions administratives, les blocages apparaissent à chaque étape de la scolarité.

Mauvaise accessibilité numérique et chômage

Sur 59 sites web d'universités étudiés par la Fédération des aveugles et amblyopes de France (FAAF) en 2022, deux seulement ont produit une déclaration d'accessibilité conforme aux obligations légales, sur la base du Référentiel général d'amélioration de l'accessibilité (RGAA). Pour tenter de changer la donne, l'association a organisé le 15 novembre 2022 un webinaire dédié à l'accessibilité numérique dans l'enseignement supérieur, à destination des responsables d'universités. Objectif ?  « Faire progresser le niveau d'accessibilité numérique de l'enseignement en France », un prérequis indispensable pour permettre aux déficients visuels d'accéder à l'emploi. Car le constat est amer, « plus de la moitié sont au chômage », selon la FAAF.

De profs pas toujours à l'écoute

Avant le partage de bonnes pratiques, ce webinaire a mis l'accent sur les retours d'expériences. Inscrite en master « mention intervention et développement social », axé sur le handicap et la dépendance, Anne-Sophie a toutes les peines du monde à suivre ses cours. « J'ai l'impression d'avoir un accès inégal par rapport aux autres », déplore la jeune femme en reconversion professionnelle. Si elle bénéficie de l'aide de sa référente handicap au sein de la fac, les professeurs ne sont pas toujours à l'écoute de ses besoins particuliers. Ainsi, lorsqu'elle reçoit par mail le powerpoint d'un cours, Anne-Sophie ne peut déchiffrer qu'un quart des informations à l'aide de son lecteur d'écran. « Il y a plein de texte caché », insiste-t-elle.  Quand certains ne mettent que vingt minutes à lire un document, il lui faut deux ou trois heures « juste pour le scanner et le comprendre ». « Je rêve de pouvoir m'abandonner à étudier, mais ce n'est pas possible », poursuit l'étudiante. Cette « charge mentale » supplémentaire, Camille la subit en permanence. « En cours, je vais mettre du temps à comprendre, écouter ce que dit le prof, chercher l'information dans le document… Ça fait trop d'actions à gérer en même temps », explique-t-elle.

Selon Franck, ancien étudiant en muséologie, la principale barrière reste « le manque d'accès aux ressources numériques qui permettent justement de pallier le manque d'accessibilité des ressources 'papier' ». Ce sont autant d'ouvrages ou de revues « qui pourraient être accessibles en ligne mais ne le sont pas parce que les universités n'ont pas les abonnements ».

Comment se mettre en conformité ?

« Apprendre, ça coûte aux étudiants handicapés, et il faut limiter ce coût au maximum », avertit Fabienne Méducin, enseignante à l'Université d'Orléans. Or les formations à l'accessibilité numérique dans l'enseignement supérieur français se comptent aujourd'hui sur les doigts d'une main. « La plupart du temps proposées sur la base du volontariat, elles sont vécues comme une perte de temps alors qu'en fait elles nous en font tous gagner », poursuit Julie Charles, ingénieure pédagogique à l'Université d'Angers. Former les professeurs et les équipes pédagogiques, c'est bien mais former les développeurs de sites c'est encore mieux. « Il faut intégrer l'accessibilité numérique au cœur du métier. Cela doit être inscrit dans le cahier des charges des logiciels », préconise Endjy Guerchet, référent accessibilité numérique à l'Université de Bordeaux. « Il faut donc commencer par faire un état des lieux, former les professionnels, mettre en place des contrôles qualité, et il est important de co-construire tout cela avec l'ensemble des universités et des associations », résume Endjy Guerchet. Sans oublier Le kit d'audit du RGAA , une feuille de route complète fournie par la Direction interministérielle du numérique qui contient les instructions pour mener à bien l'audit d'un site internet, intranet ou extranet (échantillonnage des pages, critères applicables, taux de conformité…) et qui peut s'avérer utile! 

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"

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