Analyser le regard pour déceler l'autisme:étude visionnaire?

Montre-moi comment tu regardes, je te dirai qui tu es... Au Canada, des chercheurs ont créé un outil de dépistage adapté aux enfants avec autisme après avoir comparé leurs trajectoires oculaires avec celles de "neurotypiques". Une étude visionnaire ?

29 juillet 2019 • Par

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Les enfants avec autisme ont-ils une façon bien à eux de regarder le monde, au sens littéral du terme ? C'est la thèse avancée par une étude de l'Université de Waterloo (Canada). Des chercheurs ont constaté qu'ils analysaient le visage d'une personne différemment d'un enfant « neurotypique ». Forts de ces conclusions, ils ont créé un outil de dépistage qui se veut innovant et adapté aux enfants, parfois très jeunes, habituellement soumis à une évaluation et un entretien psychologique. Ouvrez grand les mirettes !

Observer des photos

Les chercheurs sont partis du constat que « les approches actuelles pour déterminer si une personne est autiste ne sont pas vraiment 'appropriées' pour les enfants ». Pour changer la donne, ils ont envisagé une méthode plus « ludique » et ont évalué 17 enfants ayant des troubles du spectre de l'autisme (TSA) et 23 « neurotypiques », âgés d'environ 4-5 ans. Les jeunes participants devaient observer 44 photographies de visage sur un écran intégré à un système de suivi du regard. Les images étaient divisées en sept zones d'intérêts clés : œil gauche, œil droit, nez, bouche... Les chercheurs ont ainsi pu connaître le temps passé par les participants à scruter chaque zone ainsi que la manière et la rapidité à laquelle ils bougeaient les yeux. Résultat : les enfants avec des TSA accordent plus d'importance à la bouche de leur interlocuteur et moins aux yeux. Autre point notable : les enfants neurotypiques effectuent des transitions plus « brusques » entre les différents traits du visage.

Eviter les erreurs de diagnostic

« Cette méthode n'est pas douloureuse, c'est amusant, considère Mehrshad Sadria. D'autre part, elle permet de poser le diagnostic plus facilement et avec moins de risque d'erreur », estime Mehrshad Sadria, la co-signataire de ces travaux. « Il est beaucoup plus facile pour les enfants de regarder quelque chose, comme le visage animé d'un chien, que de remplir un questionnaire ou d'être évalué par un psychologue », ajoute sa supérieure, Anita Layton, professeure de mathématiques appliquées, de pharmacie et de biologie à Waterloo. Selon elles, combinée aux méthodes existantes, cette technique pourrait aider les professionnels de santé à éviter des diagnostics « faussement positifs ». Une étude prometteuse ? C'est en tout cas ce que semble croire les auteurs de la revue scientifique internationale Computers in biology and medicine, qui lui accordent un article encourageant. Et ils ne sont pas les seuls à croire à cette théorie... En 2018, deux chercheurs français avaient mis au point une application qui fonctionnait plus ou moins sur le même principe : soumettre une photo entièrement floue à un jeune utilisateur qui doit se servir de son doigt pour explorer l'image (article en lien ci-dessous). À l'issue du test, un algorithme retrace les mouvements effectués, indiquant les zones où le regard du sujet s'est le plus attardé. Des projets qui méritent le coup d'œil...

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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