Septembre aura lui aussi connu son lot de températures anormales. « Au-dessus de la normale », « jamais enregistrées », des formules qui s'impriment dans notre cerveau et auxquelles on a pourtant du mal à s'habituer. Derrière les records, le bilan sanitaire, lui, continue de s'alourdir.
Selon le nouveau bilan provisoire publié par Santé publique France le mercredi 16 septembre 2026, la troisième canicule de l'été, du 27 juillet au 20 août, a entraîné 817 décès en excès, soit une hausse de 5,2 % de la mortalité dans les 79 départements concernés. Les personnes âgées de 75 ans et plus concentrent à elles seules 751 de ces décès. Fait moins visible : 46 % de l'excès de mortalité est survenu entre les 14 et 16 août, soit après les journées les plus chaudes. En additionnant les épisodes de mai, juin-juillet et juillet-août, le bilan provisoire atteint au moins 7 824 décès en excès, un chiffre qui devrait encore évoluer avec la consolidation des données.
Une canicule peut laisser des traces après le retour au frais
Le réflexe consiste souvent à considérer la canicule comme un danger concentré sur quelques jours : déshydratation, malaise, coup de chaleur ou hospitalisation. Pourtant, « les atteintes les plus graves conduisent au décès, ou à des séquelles très importantes », rappelle Santé publique France. La chaleur exerce notamment une forte pression sur le système cardiovasculaire et les reins. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne qu'un stress thermique prolongé peut aggraver les maladies chroniques et provoquer des lésions rénales aiguës.
À plus long terme, la recherche commence également à documenter les effets d'expositions répétées : une étude menée auprès de personnes âgées aux États-Unis a ainsi observé une association entre l'exposition cumulée à des chaleurs extrêmes et les trajectoires de déclin cognitif, tandis qu'une étude japonaise de 2023 suggère un lien entre l'exposition répétée à la chaleur extrême et le risque de démence. Ces travaux ne permettent toutefois pas d'affirmer qu'une canicule provoque, à elle seule, une maladie ou un handicap.
Handicap : une vulnérabilité encore difficile à mesurer
Parmi les conséquences auxquelles on pense moins figure la manière dont la chaleur peut compliquer le quotidien des personnes handicapées. Santé publique France classe explicitement les personnes handicapées parmi les populations davantage exposées, aux côtés notamment des personnes âgées, malades chroniques, isolées ou dépendantes. Une personne ayant une mobilité réduite peut avoir davantage de difficultés à se déplacer vers un lieu frais ou à modifier son environnement ; certaines personnes dépendantes ont besoin d'un tiers pour boire, se rafraîchir ou adapter leurs vêtements et leur logement. D'autres facteurs peuvent s'ajouter : troubles cognitifs ou de la compréhension, pathologies chroniques, traitements médicamenteux ou difficultés de communication. L'Assurance maladie confirme que les personnes en perte d'autonomie, qui peuvent dépendre d'autrui pour les actes du quotidien, adaptent plus difficilement leur comportement à la chaleur. Mais un angle mort demeure : sollicitée sur l'existence de données permettant de mesurer les conséquences des canicules selon la situation de handicap, l'Assurance maladie indique à Handicap.fr ne pas disposer, à ce stade, de données directement exploitables dans ses bases. Santé publique France nous a répondu, peu ou prou, la même chose. L'absence de chiffres spécifiques ne signifie donc pas absence d'impact : elle révèle surtout un manque de données permettant de le quantifier. Le phénomène, bien que répété depuis plusieurs années, demeurant encore relativement récent à l'échelle de l'humanité.
Le souvenir des disparus de la canicule
Et puis il y a tout le volet psychique, la face immergée de l'iceberg. Il y a, notamment, ceux qui restent avec le souvenir (douloureux) des proches disparus lors de ces évènements exceptionnels estivaux. Le journal Le Monde a dressé les portraits des « morts de la canicule » dans un long-format publié le 16 septembre 2026 sur son site. Parmi eux, Joëlle que les pompiers n'arrivaient pas à refroidir, Thérèse enchaînant les épisodes de détresse respiratoire dans son étuve de chambre à 33°C. « La chaleur a tué ma mère », pleure son fils. Serge, 55 ans, sans aucun antécédent de santé, emporté probablement par un malaise cardiaque dans son champ de permaculture, ou encore Nicolas, 40 ans, mort de chaud sur un chantier d'espaces verts, alors que sa température corporelle avoisinait les 42°C. « Ces portraits ne dessinent qu'une image parcellaire et non représentative, mais ils racontent qu'il y avait des femmes et des hommes derrière les « morts en excès » – un fan de métal, un bricoleur, une tireuse de cartes… Que tous, qu'ils aient eu 18 ou 91 ans, ont été fauchés de manière brutale, sans autre explication apparente qu'un corps ne supportant plus la chaleur », résume le quotidien national.
Fatigue, sommeil, anxiété : le « contrecoup » invisible
Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2021 dans Environment international portant sur plusieurs dizaines d'études a identifié des associations entre fortes températures et différents troubles de santé mentale, notamment les troubles anxieux, de l'humeur ou certains troubles cognitifs, tout en soulignant que les résultats restent hétérogènes selon les populations et les contextes. Et lorsque la canicule se combine aux incendies, aux évacuations ou à la perte du logement, le traumatisme peut se prolonger bien après l'événement climatique. Un mois après son appel à dons, la Fondation de France annonçait ainsi 9 millions d'euros collectés et 25 actions engagées, dont des prises en charge médico-psychologiques, l'accompagnement de personnes âgées et d'aidants fragilisés et le soutien des populations évacuées.
Sur la question des incendies, Frédéric Magianni, sapeur-pompier grièvement brûlé en opération en 2004, et intervenu sur les gigas feux de Gironde et de Fontainebleau cette année, le reconnaît : « Certains collègues se sont vu mourir avec des fronts de flamme qui leur venaient dessus. Même si on répète constamment nos gammes, certains n'ont pas eu le temps de s'y préparer. Résultat, cette crainte de mourir peut conduire au syndrome de stress post-traumatique (TSPT). J'ai des collègues qui ne veulent pas y retourner. Heureusement c'est plutôt rare mais il faut l'accepter. »
La question de l'« après-canicule » devient donc centrale : non seulement combien de personnes sont décédées pendant l'épisode, mais aussi combien ont vu leur état de santé physique, psychique, leur autonomie ou leur quotidien durablement bouleversés... Pour l'heure, les données françaises permettant de répondre précisément à cette dernière question restent insuffisantes.
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