Carburant : l'aide à domicile bientôt à sec ?

La hausse des prix à la pompe fragilise les professionnels du médico-social à domicile, déjà sous tension. Exclus des aides gouvernementales, ils alertent sur un risque direct pour l'accompagnement des personnes en situation de handicap.

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Pompes à essence de couleurs

Sans essence, pas de présence. Pour les milliers d'aides à domicile et d'infirmiers libéraux qui sillonnent chaque jour les routes de France, le passage à la pompe est devenu un scénario catastrophe. Avec un gazole qui frôle désormais les 2,30 euros à certains endroits, l'équation économique ne tient plus. « Sans carburant, il n'y a pas d'aide à domicile », martèle l'Union nationale de l'aide, des soins et des services aux domiciles (UNA). Pour ces professionnels qui parcourent parfois plus de 200 kilomètres par jour, le reste à charge devient insoutenable, transformant chaque visite en une perte financière directe. Une réalité brutale pour un secteur déjà sous tension, où chaque déplacement conditionne le maintien à domicile de milliers de personnes âgées ou en situation de handicap.

Des professionnels exclus des aides

Dans ce contexte, la colère monte. Contrairement à d'autres secteurs, les acteurs du médico-social ont été exclus du dispositif gouvernemental de « prêt flash carburant », allant de 5 000 à 50 000 euros à 3,8 %. Ce soutien est réservé aux professions pour lesquelles le carburant représente plus de 5 % du chiffre d'affaires, comme les transporteurs routiers, taxis ou agriculteurs. Les aides à domicile et infirmiers n'y figurent pas, malgré une dépendance tout aussi forte à la mobilité. Une exclusion qui interroge sur la reconnaissance réelle de ces métiers du lien, pourtant essentiels au « virage domiciliaire » prôné par l'État. « En pratique, les infirmiers libéraux travaillent à perte sur une partie de leurs tournées », alertait le 31 mars 2026 Amel Gacquerre, sénatrice du Pas-de-Calais, lors d'une séance publique au palais du Luxembourg, en présence de la ministre au Handicap, Camille Galliard-Minier.

Un risque direct pour les personnes handicapées

Derrière ces arbitrages économiques, ce sont des vies concrètes qui sont impactées. Selon plusieurs acteurs du secteur, la hausse des coûts pourrait entraîner une réduction des interventions, voire des renoncements ou des désorganisations de services. Moins de déplacements, c'est moins d'accompagnement pour les personnes dépendantes, et un isolement accru pour celles qui vivent déjà en situation de handicap.

Des emplois menacés dans un secteur déjà fragile

Le secteur du domicile emploie des centaines de milliers de professionnels en France. Crise de recrutement, manque d'attractivité, turn-over… Avec la hausse des charges, les conditions de travail de ces professionnels se dégradent encore davantage. « On ne peut pas absorber ces coûts seuls », alertent plusieurs structures. Les associations, à l'instar de l'Aide à domicile en milieu rural (ADMR), alertent sur des surcoûts atteignant 20 000 à 30 000 euros par mois pour certaines structures (source : Senioractu). Sans une revalorisation d'urgence ou une extension des aides gouvernementales, c'est toute la chaîne de l'accompagnement des plus vulnérables qui risque la panne sèche. « Sans intervention à domicile, des centaines de milliers de Français ne seront plus accompagnés pour les actes essentiels de la vie quotidienne, et ne pourront plus vivre chez eux », alerte Marie-Reine Tillon, présidente de l'UNA qui réclame au gouvernement : « une garantie de l'accès financier au carburant pour les intervenantes à domicile » et de « donner instruction aux préfets d'organiser l'approvisionnement en carburant des services médico-sociaux sur l'ensemble du territoire ».

© Kanpisut de Jookiko / Canva

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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