CNH 2026 : une journée entre espoirs et impatience

À Bobigny, la 7e Conférence nationale du handicap (CNH) s'est ouverte sous le signe de l'accessibilité. Entre applaudissements, attentes fortes et coups de colère, l'ambiance est restée en demi-teinte. Reportage.

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Assemblée réunie au Prisme de Bobigny – CNH 2026

Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 4 septembre 2026, 9 heures passées de quelques minutes. 600 personnes sont réunies dans le grand hall multisport du bâtiment (presque) flambant neuf du Pôle de référence inclusif sportif métropolitain (Prisme), au cœur d'un vaste plateau omnisport modulable, bétonné, encadré par des gradins. Pour l'occasion, il est transformé cette fois en un vaste plateau de débat solennel, aux couleurs bleu-blanc-rouge, entouré de larges écrans de retransmission de l'évènement, avec sous-titrage en direct, traduction en langue des signes française (LSF) et désormais, en audiodescription.  

Les spectateurs, venus en nombre (les gradins sont occupés en quasi intégralité) n'attendent pas l'entrée en scène de sportifs de haut niveau, quoique… En effet, Théo Curin, nageur quadri-amputé et animateur télé, s'apprête à officier la 7e Conférence nationale du handicap, aux côtés de Virginie Dubost, influenceuse en fauteuil roulant et Laetitia Bernard, journaliste aveugle. Côté public, les fauteuils roulants ne sont pas isolés au fond de la salle mais bien intégrées au milieu des tribunes. Pendant ce temps, plus de 5 000 participants virtuels sont connectées ailleurs en France. Pour cette 7e CNH, le gouvernement a voulu donner à l'événement une dimension plus « collective ». Dans les préfectures comme à Bobigny, la même conférence est suivie en simultané.

Un fil rouge : l'accessibilité

Un mot est sur toutes les lèvres, lors de la première série de prise de parole : l'accessibilité, « fil conducteur » de cette 7e édition de la CNH, d'après Andréa Khoshkhou, déléguée interministérielle à l'accessibilité. « Chaque édition a apporté sa grande ambition. Cette fois, nous opérons une « évolution sémantique essentielle : nous devons faire converger la définition du handicap de la loi de 2005 avec celle consacrée par la convention des Nations Unies qui reconnait que le handicap résulte de l'interaction entre les personnes et les barrières qui peuvent faire obstacle à leur participation dans la société », précise la ministre déléguée en charge des Personnes handicapées, Camille Gaillard-Minier. Nous devons « faire de l'accessibilité universelle un réflexe », complète la première intervenante.

Une échéance en ligne de mire : les présidentielles

Côté personnes concernées, l'heure n'est pas au règlement de comptes mais à l'exigence de résultats. Dans un contexte politique tendu, à quelques mois de la prochaine présidentielle, la pression monte. « Regardons loin ! Le CNCPH (Conseil national consultatif des personnes handicapées, ndlr) ne vous demande pas de faire davantage de politiques du handicap, mais de construire les politiques publiques avec les personnes handicapées. Ce n'est pas plus exigeant, c'est au contraire plus simple », martèle Jérémy Boroy, son président. Une prise de parole qui a longuement résonné dans l'assemblée, saluée par une ovation nourrie.

Des sujets longtemps invisibles

Les temps de parole introductifs sont suivis des tables-rondes thématiques sur l'école, l'enseignement supérieur, l'emploi, l'habitat, la simplification administrative (…) avec des témoignages de personnes concernées et interpellations des ministères représentés. Parmi les 29 stands installés autour de la conférence, certains témoignent d'une volonté d'élargir le champ des sujets abordés, en dehors des conférences. La vie intime et sexuelle des personnes handicapées dispose ainsi, pour la première fois dans ce format, d'un espace dédié. D'autres stands portent sur l'accès aux soins, les aides techniques, les mobilités et les transports, la culture, le sport et les loisirs, les vacances accessibles ou encore le soutien aux aidants. Le numérique, l'accès aux droits et les enjeux liés aux troubles du neurodéveloppement figurent également parmi les thèmes représentés. Un ensemble qui donne une place à des sujets jusque-là moins visibles dans les rendez-vous institutionnels consacrés au handicap, sans pour autant préjuger de la place qu'ils occuperont dans les annonces ou les suites données à la conférence.

L'État attendu au tournant

« Les moyens doivent être à la hauteur : les communes demandent la création d'un fonds dédié à l'accessibilité universelle », ajoute la maire de Quimper, Isabelle Assih, admettant que les collectivités ne peuvent faire cavaliers seuls. Et de contextualiser une « urgence » : « 2027 sera une année électorale sensible, dangereuse. L'accès à la citoyenneté est un enjeu démocratique fort. Il ne peut reposer que sur une volonté nationale clairement affichée. Sachons être collectivement à la hauteur de cet enjeu ». « Il faut que ces huit mois soient utiles, on doit agir vite », corrobore Arnaud de Broca, président du Collectif handicaps.

Les regards sont graves et attentifs quand Luc Gateau, président de l'Unapei, prend la parole. Aidance, emploi, école, santé : il passe en revue plusieurs enjeux majeurs et pointe, chiffres à l'appui, les failles persistantes de la politique du handicap. « Près d'un tiers des personnes handicapées déclarent ne pas pouvoir accéder aux soins dont elles ont besoin. Les familles sont contraintes d'assumer des responsabilités qui devraient relever de la solidarité nationale. »

« Ce n'est pas un bilan, c'est une honte »

Et puis parfois la colère, non contenue. Celle de Michael Jérémiaz dans le sillage de Jeux de Paris 2024 tant porteurs d'espoirs. Espoirs déçus ? « Dans la France de 2026, des millions de gens meurent à petit feu, lance-t-il dans une logorrhée convaincue, des millions de personnes handicapées passent à côté de leur vie. Ce n'est pas un bilan, c'est une honte. Deux ans après les Jeux, les politiques publiques n'ont pas suivi. Les personnes handicapées seront-elles enfin considérées dans vos programmes pour la France ? Faites appliquer la loi, faites du handicap une thématique centrale d'évaluation des politiques publiques. Nous sommes ici nombreux à vous souffler de très belles idées. Il est temps que nous prenions la parole, que nous fassions notre révolution ! » Là encore, un discours, ou plutôt un coup de gueule face un parterre de ministres silencieux mais, là encore, longuement nourri par les applaudissements dans la salle. Difficile, après cela, pour Théo Curin d'enchaîner, alors que se prépare la venue d'Emmanuel Macron pour le discours de clôture.

Le temps des actes

À sept mois de l'élection présidentielle, la CNH s'est aussi voulue un rendez-vous de continuité. Le message martelé en coulisses comme à la tribune : la politique du handicap ne doit pas s'interrompre avec l'ouverture de la période électorale. Reste désormais à savoir quelle place ces engagements occuperont dans les politiques publiques de la prochaine mandature.

©Clotilde Costil

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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