À 13 ans, Ryan vient de boucler sa première saison de basket fauteuil. Jusqu'alors, il n'avait jamais pratiqué de sport en club. Il voulait jouer au football, raconte sa mère, mais aucune solution adaptée n'avait été trouvée. C'est finalement par Eliel, un camarade de son école, qu'il découvre le Paris basket fauteuil (PBF). Les 70 euros demandés pour l'année sont alors intégralement couverts par le Pass'Sport. Cette aide, mise en place en 2021 d'abord pour un montant de 50 euros élargie à 70 euros, concerne les jeunes de 14 à 17 ans bénéficiaires de l'Allocation de rentrée scolaire (ARS) et ceux en situation de handicap (6 à 19 ans pour l'AEEH, 16 à 30 ans pour l'AAH) (Le Pass'Sport de 50 € repart pour la saison 2024-2025). Objectif : favoriser la pratique sportive pour cette tranche d'âge de plus en plus sédentarisée. « Il ne reste rien à ma charge », témoigne la mère d'Eliel, qui décrit une démarche « assez simple et rapide » après l'envoi du QR code.
L'aide est bienvenue, mais elle n'a pas été déterminante dans son inscription. « Je me serais arrangée pour payer », assure-t-elle. Pour Ryan, assez isolé en dehors de son établissement, l'essentiel est aussi ailleurs : il y trouve « une famille sportive ». Reste la logistique : depuis les environs d'Orly, les trajets peuvent atteindre une heure, avec des allers-retours parfois partagés entre parents.
Trouver le sport avant de pouvoir le financer
L'histoire d'Eliel, 11 ans, illustre un autre obstacle. Passionné de basket, il veut pratiquer la même discipline que son grand frère. Sa mère, Agnès, contacte le réseau handisport mais ne trouve d'abord qu'une offre de tennis fauteuil. Eliel en pratique pendant un an avant qu'un nouveau contact lui permette de rejoindre le PBF, à environ 50 kilomètres. Certaines séances restent impossibles lorsque les horaires de sa mère ne lui permettent pas de l'accompagner.
Avant même la question du financement, encore faut-il trouver un club et une discipline accessibles. Ces parcours rejoignent le constat de Nicolas Bachoffer, président du club Handisport Pays basque. Selon lui, les enfants suivis dans un établissement ou accompagnés par des professionnels accèdent plus facilement à l'information. Pour ceux qui évoluent davantage en milieu ordinaire sans relais spécialisé, « c'est plus compliqué d'avoir l'info » et certains peuvent « passer à côté ». S'ajoutent les transports, l'accessibilité des équipements, l'encadrement adapté et le matériel.
L'accompagnement humain peut lui aussi devenir un frein. Mariana, mère d'Adrian, 16 ans, raconte que les parents présents donnent parfois un coup de main aux jeunes venus sans accompagnant, faute de personnel suffisant. Le Pass'Sport a pourtant un effet réel, insiste Nicolas Bachoffer, qui dit avoir constaté une « émulation ». Mais l'aide « ne joue vraiment que sur la licence en elle-même ». Sans fauteuils disponibles dans les clubs, souligne-t-il, certains pratiquants n'auraient même pas accès à une initiation.
Des fauteuils à plusieurs milliers d'euros
Au PBF, Mathias, trésorier du club, estime qu'entre 15 et 20 licenciés utilisent aujourd'hui le Pass'Sport. Le montant demandé est ajusté à celui de l'aide afin qu'elle puisse couvrir entièrement l'inscription des bénéficiaires. Mais les cotisations ne couvrent même pas, selon lui, le coût des créneaux d'entraînement. À cela s'ajoutent environ 50 à 55 matches sur une saison, dont près de la moitié à l'extérieur, ainsi que le matériel et les déplacements
Mathias évalue le prix d'un fauteuil de basket entre 3 000 et 5 000 euros. Le PBF en possède environ 40 à 50, achetés progressivement grâce aux subventions, aux partenaires, aux dons ou au marché de l'occasion. Pour les enfants, l'achat individuel est d'autant plus délicat que leur croissance peut rendre le fauteuil inadapté dès la saison suivante. Sans ce parc, estime-t-il, les jeunes ne pourraient pas pratiquer. Le Pass'Sport peut donc lever un premier frein : celui du prix de l'inscription sans pour autant résoudre les conditions matérielles de la pratique. Agnès l'expérimente avec Eliel. Elle s'est renseignée sur l'achat d'un fauteuil personnel mais mesure l'importance de celui prêté par le club, adapté à sa morphologie et à son handicap. « Sans ça, ce n'est pas possible », résume-t-elle.
Un dispositif appelé à évoluer
Le gouvernement prépare désormais la campagne 2026-2027. Lors d'une audition parlementaire, la ministre des Sports, Marina Ferrari, a confirmé l'objectif de rouvrir le Pass'Sport aux 6-13 ans, avec des crédits mobilisés via la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf). Cette réouverture concerne l'élargissement général du dispositif : les enfants bénéficiaires de l'Allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) étaient déjà éligibles de 6 à 19 ans en 2025-2026. La ministre évoquait alors un « problème de tuyauterie » sur les modalités de déploiement et jugeait qu'« il y a urgence » à les finaliser.
Sollicité par Handicap.fr, le ministère indique que le décret fixant les nouvelles modalités doit paraître « incessamment sous peu » et qu'il communiquera dès sa publication. Sur le terrain, une limite apparaît déjà : l'aide peut supprimer le prix d'entrée dans un club, mais elle ne crée ni club à proximité, ni solution de transport, ni fauteuil adapté, ni accompagnement humain. Nicolas Bachoffer décrit ainsi le Pass'Sport comme « un tremplin ». Le dispositif facilite donc le premier pas vers une activité sportive, sans garantir que les conditions matérielles et humaines nécessaires à la pratique soient réunies. Mathias va plus loin : cette aide, certes bienvenue, reste « un petit pansement sur une grosse blessure ».
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