Le monde du sport a retenu son souffle suite au choc à la tête de Victor Wembanyama sur les parquets de la NBA, lors d'un match le 21 avril 2026, à San Antonio. Si la star française a aussitôt été intégrée au protocole commotion, le règlement de la NBA interdisant tout retour au jeu dès qu'un joueur est « suspecté » ou « présente les symptômes » d'un choc, cet incident rappelle que personne n'est à l'abri, pas même celui qui vient d'être désigné meilleur défenseur de la saison en NBA. Cet exemple met surtout en lumière l'avance des États-Unis sur cette question, là où la France accuse encore un retard préoccupant dans la prise en charge systématique de ses athlètes.
Des dizaines de milliers de sportifs commotionnés
Pourtant dans l'Hexagone, des milliers de sportifs subissent chaque année ces traumatismes, particulièrement au rugby ou au hockey. La gravité est malheureusement souvent sous-estimée. « Le premier truc que je me suis dit, c'est : 'p****, je vais encore avoir mal à la tête' », confie Élise Caramello, ex-handballeuse de haut niveau. Pour elle, un banal entraînement a basculé en cauchemar lorsque son cou a réceptionné tout son poids. Ce n'est pas toujours le KO spectaculaire qui tue la carrière, mais l'accumulation de micro-chocs invisibles.
Qu'est-ce qu'une commotion cérébrale ?
Pour rappel, une commotion cérébrale intervient sous l'effet d'un impact direct ou d'une accélération brutale. Le cerveau vient alors percuter la boîte crânienne. Sur le plan physique, les signes sont connus : maux de tête, vertiges, nausées. Mais ce qu'on oublie trop souvent, c'est l'impact psychique et cognitif : troubles de la mémoire et de la concentration, irritabilité ou instabilité émotionnelle et dans les cas les plus graves : anxiété profonde et dépression, troubles du sommeil, voire, idées noires. C'est une blessure invisible, mais qui peut briser une carrière et une vie.
Santé mentale : quand le cerveau broie du noir
Les marqueurs d'inflammation chronique du cerveau expliquent pourquoi certains athlètes sombrent dans des états dépressifs sévères. « Je broyais énormément de noir. C'est mes symptômes qui agissaient sur mon état physique et mental... Ça me refermait énormément », explique Élise. Cette « bulle » d'isolement, couplée à une hypersensibilité au bruit et à la lumière, transforme la vie sociale et professionnelle en un parcours du combattant, bien loin de l'adrénaline des matchs, des parquets, saturés de bruits et de projecteurs lumineux.
L'errance médicale, l'autre traumatisme
Le diagnostic reste le point faible du système. Beaucoup de sportifs, par peur de perdre leur place ou par méconnaissance, minimisent les signes. Élise Caramello a ainsi vécu deux mois et demi d'errance médicale : « On ne se pose pas la question de si j'avais fait une commotion ou pas. On est passés totalement au travers. On commençait à me dire : 'peut-être que tu fais une dépression'. » Ce n'est qu'en consultant un médecin du sport du RCT (Rugby club toulonnais) qu'un syndrome post-commotionnel est enfin identifié via des tests cognitifs simples mais révélateurs. Sans prise en charge immédiate, le risque de séquelles permanentes explose. Généralement, une réduction orthoptiste, véstibulaire, kinésithérapie, suivi psychologique et… repos, sont proposés aux sportifs.
Urgence : protéger le "moteur" des athlètes
Face à ce constat, les experts de l'association « Nice Brain », association spécialisée dans l'accompagnement psychologique et psychiatrique des sportifs victimes de commotion cérébrale (dans la région niçoise) et les professionnels de santé tirent la sonnette d'alarme. Une prise en charge pluridisciplinaire est indispensable. Il ne s'agit plus seulement de « repartir au combat », mais de préserver l'avenir d'hommes et de femmes. Comme le conclut avec émotion l'ancienne ailière : « Ce n'est pas un énorme coup que j'ai pris et j'en suis là où j'en suis. J'aimerais que ce soit pris beaucoup plus au sérieux. C'est le cerveau, ce n'est pas rigolo. » Il est donc temps que le protocole commotion devienne la règle, et non l'exception.
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