Retour à l'école : les élèves handicapés prioritaires?

A cinq jours de la rentrée post-confinement, Sophie Cluzel s'exprime sur le sort des élèves handicapés, "prioritaires pour être rescolarisés". Retourneront-ils sur les bancs de l'école ? Le choix revient désormais aux parents... ou pas ?

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« Les enfants en situation de handicap sont prioritaires pour être rescolarisés », affirme Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat au Handicap, sur RMC, au micro de Jean-Jacques Bourdin, le 6 mai 2020. « Parce que ce sont eux qui ont le plus de perte d'acquis, ceux pour lequel le confinement a eu le plus d'impact, il est essentiel de pouvoir les ramener à l'école et de ré-ouvrir les établissements médico-sociaux, parallèlement, avec les mêmes protocoles sanitaires », poursuit-elle. Ils feront donc leur rentrée selon le même calendrier et la même méthode que ceux fixés par le Premier ministre, à savoir le 12 mai, au lendemain de leurs enseignants. « Les personnes handicapées sont des citoyens à part entière, des sujets de droit et non pas des objets de soins, il ne faut surtout pas qu'elles soient discriminées au regard de leur handicap et d'une vulnérabilité supposée », plaide Sophie Cluzel. Le retour à l'école étant basé sur le volontariat, la décision est désormais entre les mains des parents, à moins que...

« Faux ! Beaucoup de parents reçoivent des mails les informant que leur enfant ne peut revenir », alertent certains d'entre eux, sur Twitter. « Je vais encore me répéter mais non, mon fils n'est pas prioritaire pour reprendre l'école. Même si son accompagnante d'élève en situation de handicap (AESH) est présente, elle ne veut pas s'en occuper et la maîtresse dit de le garder chez moi, ne pouvant pas l'accueillir à l'école, donc si, il est discriminé », déplore une maman. « Effectivement mais aux parents de ne pas se laisser faire », exhorte une autre.

Protocole sanitaire non exhaustif ?

Le Conseil scientifique Covid-19 s'est également exprimé sur le sujet dans son avis du 24 avril. Selon lui, une attention « particulière doit être portée aux enfants en situation de handicap » et « une réflexion spécifique doit être menée afin de permettre à ces élèves d'être accueillis à partir du 11 mai dans les mêmes conditions de sécurité sanitaire que les autres ». Il complète avec l'importance « d'adapter l'information et l'apprentissage des règles barrières à ces enfants, en prenant compte leur handicap ». Or, cinq jours plus tard, la publication du Protocole sanitaire pour la réouverture des écoles maternelles et élémentaires, destiné aux enseignants et directeurs d'établissement, s'avère décevante pour certains parents. Aucune mesure spécifique n'est énoncée pour les élèves handicapés. Sur 63 pages qui regorgent de conseils pratiques donnés par le ministère de l'Education nationale pour une rentrée « en toute sécurité », la notion de handicap n'apparaît qu'à deux reprises, faisant simplement écho aux propos du Conseil scientifique. « Encore une fois oubliées », regrettent plusieurs personnes handicapées.

Les AESH en danger ?

Ledit protocole édicte ensuite les « principes généraux » qui s'appliquent à tous les élèves : respecter les gestes barrières, maintenir la distanciation sociale (un mètre minimum), limiter au maximum le brassage des élèves, assurer le nettoyage et la désinfection des locaux et matériels, communiquer et informer. Il s'accompagne d'autres mesures tels que lavage régulier et minutieux des mains, la ventilation des classes, la limitation des déplacements, etc. Des impératifs peut-être assez « simples » à mettre en oeuvre pour la majorité des enfants mais qui peuvent devenir nettement plus complexes pour ceux qui bénéficient du soutien des AESH. « Ces derniers sont-ils prioritaires pour avoir de quoi se protéger efficacement ? », interpelle une internaute sur Twitter. « Nous sommes à côté des élèves, ils nous crachent dessus, nous devons parfois les prendre dans nos bras, les porter, les moucher, se saisir de leurs mains, de leurs outils, les emmener aux toilettes, les habiller, les déshabiller…, explique Hélène Elouard, représentante du collectif AESH national CGT. Dès lors, comment mettre en place la distanciation physique ? « Irons-nous travailler en nous mettant au fond de la classe sans nous approcher des élèves, sans leur parler ? », questionne-t-elle.

Séances d'éducation à la santé

Pour rappel, le port du masque est déconseillé pour les élèves de maternelle, sauf pour ceux qui présentent notamment des pathologies respiratoires chroniques sévères ou une immunosuppression. « Il appartiendra aux parents de leur fournir des masques lorsqu'ils seront accessibles aisément à l'ensemble de la population », indique le protocole sanitaire. En attendant, le ministère dotera chaque école, collège ou lycée pour que des masques de même qualité que ceux distribués aux enseignants (« grand public » de catégorie 1) puissent être mis à disposition des élèves qui souhaitent ou doivent en être équipés. Par ailleurs, chaque élève devra pouvoir bénéficier de séances d'éducation à la santé sur les différentes sortes de microbes, leur transmission ou encore les moyens de prévention. L'objectif : permettre une prise de conscience et l'appropriation d'une information exacte. Le site Internet « e-Bug ! » (lien ci-dessous), validé par le ministère, propose des ressources qui pourront être utilisées pour favoriser l'appropriation des réflexes en matière d'hygiène. Son credo : « Tout apprendre sur les microbes en s'amusant ».

Ouverture progressive des externats

« Ouverture de l'ITEP de mon fils le 25 mai pour une demi-journée par semaine ! Nous sommes à bout, sans solution, depuis le 13 mars », partage une maman sur les réseaux sociaux. Outre les classes en milieu ordinaire, les externats seront également progressivement réouverts, quel que soit l'âge des enfants, dans le respect des consignes sanitaires, et selon un projet de reprise travaillé avec les personnes elles-mêmes et leur famille. « La protection sanitaire des élèves et des professionnels constitue, dans ce cadre, une priorité, de même que la poursuite de l'accompagnement à domicile », assure le secrétariat d'Etat dans un communiqué. Aussi, pour préparer les enfants et les familles au déconfinement (évaluation de leur situation, travail d'appropriation des gestes barrières) et permettre davantage de répit à ces dernières, les plateaux techniques des externats et accueils de jour pourront être mobilisés, avant le 11 mai, à la condition de respecter les mesures de protection sanitaire et d'accueillir un seul enfant ou adulte par plateau.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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