Emploi handicap : une embellie mais un public encore fragile

"Il y a une dynamique." Sur le marché de l'emploi, les personnes handicapées bénéficient elles aussi d'une embellie, avec un taux de chômage au plus bas. Mais les plus fragiles restent encore sur la touche, au risque de se "décourager".

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Par Arnaud Bouvier

En trois ans, le taux de chômage des personnes handicapées est passé de 19 % à 14 %. Cette tendance "ouvre de formidables perspectives pour se donner l'objectif du plein emploi", notent les organisateurs de la Semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées (SEEPH), organisée du 14 au 19 novembre 2022. Les actuelles tensions sur le marché du travail "sont réellement susceptibles d'inciter les entreprises à embaucher" des chômeurs en situation de handicap, veut croire Christophe Roth, le président de l'Agefiph, l'organisme qui œuvre à l'insertion professionnelle des personnes concernées. Signe de cette tendance vertueuse, de plus en plus d'entreprises, comme la chaîne de restauration Burger King ou les supermarchés E.Leclerc, s'engagent, via une convention avec l'Agefiph, à faire davantage de place au handicap.

DuoDay : 10 000 employeurs engagés

Par ailleurs, quelque 10 000 employeurs participeront cette année au "DuoDay", en accueillant un demandeur d'emploi handicapé pour une journée, le 17 novembre. En 2021, 20 % de ces rencontres avaient débouché sur des propositions concrètes pour les participants (stage, apprentissage ou emploi). Rachida Bendehane, 52 ans, vient ainsi de trouver un travail après de longues années sans activité. "J'ai toujours pensé qu'il n'y avait pas de place pour moi dans le monde professionnel", explique à l'AFP cette femme malentendante, longtemps mère au foyer, et qui occupe désormais un poste administratif dans une association à Toulon. "Trouver un emploi, c'est possible ! Avec un accompagnement, de la motivation, et la confiance en soi qui permet de faire une force de son handicap", analyse la quinquagénaire. La réussite suppose aussi "l'ouverture d'esprit de l'entreprise dans laquelle vous postulez", or si beaucoup d'employeurs se disent ouverts sur cette question, "parfois dans la réalité c'est différent", déplore Mme Bendehane.

Mais des difficultés persistantes

Car les difficultés demeurent : le taux de chômage des personnes handicapées a certes baissé, mais est encore presque deux fois plus élevé que dans la population générale. Les principaux concernés ne sont pas forcément optimistes : seules 24 % des personnes handicapées croient à la possibilité du plein emploi (contre 35 % du grand public), selon un récent sondage Ifop pour l'Agefiph (article en lien ci-dessous). Et 64 % de ceux qui ont un travail ont peur de le perdre. L'objectif du plein emploi est un "très beau slogan", mais "en raison de la gravité de certains handicaps, toutes les personnes handicapées ne sont pas en mesure d'exercer leur participation sociale par une activité professionnelle", note Bruno Pollez, le président de l'association Ladapt, qui co-organise la SEEPH.

Aider les "chômeurs découragés"

Pour l'association APF France Handicap, les efforts des pouvoirs publics devraient cibler les "chômeurs découragés" qui estiment n'avoir "quasiment aucune chance" de décrocher un poste. Pour les aider, "les parcours demeurent trop cloisonnés entre acteurs de la lutte contre l'exclusion et ceux du champ du handicap", déplore APF, qui note que 59 % des chômeurs handicapés le sont depuis plus d'un an, contre 48 % dans la population générale. Pour le ministre du Travail, Olivier Dussopt, "plus le plein emploi sera à portée de main, plus celles et ceux qu'on aura à accompagner seront des hommes et des femmes cabossés par la vie". En conséquence, "l'effort que nous devons faire pour accompagner sera plus dense, parfois plus coûteux", a-t-il souligné lors d'une récente conférence organisée par l'Agefiph.

En attendant, le découragement peut aussi gagner des personnes qui travaillent, mais ont accepté un emploi sans rapport avec leur niveau de formation. Comme Guillaume Alemany, 36 ans, autiste de haut-niveau, et qui travaille à la chaîne dans une usine alimentaire à Saint-Malo, alors qu'il est titulaire d'une licence d'histoire. "Accéder à un travail où mes compétences seraient vraiment exploitées, c'est compliqué, se désole-t-il. J'avance en âge, je multiplie les démarches mais j'ai connu beaucoup d'échecs. Je persévère, mais une lassitude s'installe."

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