Plein emploi : seuls 18 % des salariés handicapés y croient

Le plein emploi des personnes handicapées, chimère ou objectif atteignable ? Les difficultés actuelles de recrutement pourraient inciter 64 % des managers à les embaucher. Les détails dans une enquête Agefiph, avec des résultats néanmoins nuancés.

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Le plein emploi des personnes handicapées est-il possible ? « Oui... à horizon 2027 », répondent 18 % d'entre elles... seulement ! Plus optimistes sur la question, le grand public (23 %) et les recruteurs (31 %) perçoivent néanmoins cet objectif comme « plus difficilement atteignable » que pour le reste de la population. Dans la perspective de la Semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées (SEEPH), qui met ce thème à l'honneur du 14 au 20 novembre 2022 (article en lien ci-dessous), l'Agefiph (fonds pour l'insertion professionnelle dans le privé) interpelle : « Saisissons toutes les opportunités pour le plein emploi des personnes en situation de handicap ! ». Le 19 octobre 2022, elle publie les résultats de l'enquête Ifop menée auprès de 11 000 personnes, dont 8 400 en situation de handicap. Un encouragement qui pourrait payer dans ce contexte socio-économique particulier ?

Plus de soutien, plus d'embauches ?

En effet, 64 % des employeurs estiment que les difficultés actuelles de recrutement pourraient les inciter à embaucher des travailleurs en situation de handicap, dont 30 % « très certainement ». A ce titre, ils appellent à la mise en place d'incitations fiscales ou de primes à l'embauche (34 %) et à la formation des managers et des collaborateurs à l'accueil de ces salariés à besoins spécifiques (31%). Les recruteurs attendent surtout un soutien sur le sourcing de profils (49 %), l'appui d'organismes spécialisés comme l'Agefiph (23 %) avant même le versement d'une prime à l'embauche (7 %). « Les 460 000 personnes en situation de handicap encore à la recherche d'un emploi représentent des talents et des compétences inestimables pour les employeurs, et à plus fortes raisons dans les secteurs en tension comme l'hôtellerie-restauration, le transport ou le numérique », affirme Christophe Roth, président de l'Agefiph, indiquant que leur inclusion est « un levier efficace pour faire face à la pénurie de main d'œuvre ».

Plus inquiètes mais motivées

Mais ces opportunités rassurent-elles les salariés en situation de handicap ? Pas vraiment. 68 % craignent de voir leurs conditions de travail se dégrader et 64 % de perdre leur emploi. 23 % estiment par ailleurs que la situation en matière d'emploi s'est dégradée sur les cinq dernières années, et 54 % qu'elle n'a pas évolué. « Malgré un sentiment persistant de vulnérabilité face à l'emploi, les personnes handicapées restent globalement satisfaites de leur activité professionnelle quand elles travaillent », observe l'Agefiph lors de la présentation des conclusions. Elles se disent ainsi moins enclines à changer de poste ou à démissionner que la population générale (54 % y pensent contre 65 %). 72 % redoutent tout de même d'être en difficulté dans les mois à venir en raison de leur état de santé. Néanmoins, tout en se déclarant « plus fatiguées, plus inquiètes et moins sereines » que l'ensemble des salariés interrogés, elles se disent davantage motivées (+ 8 points). « Il semble qu'une fois les difficultés d'accès à un poste dépassées, les personnes en situation de handicap sont attachées à leur situation, épanouies dans l'exercice de leur métier et motivées », commente Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop.

De nouvelles mesures lors de la CNH ?

« Nul n'est inemployable ! », insiste Olivier Dussopt, ministre du Travail, du Plein emploi et de l'Insertion, présent le 19 octobre (article en lien ci-dessous). Il assure qu'il sera « attentif à ce que l'objectif de plein emploi puisse bénéficier à ceux qui sont les plus éloignés du marché du travail, et particulièrement aux personnes en situation de handicap ». « Les pouvoirs publics ne peuvent pas se satisfaire de verser une indemnité ou une allocation. Notre responsabilité, c'est de garantir un accompagnement personnalisé, qui conduise vers un emploi durable. Le chantier France Travail et les réflexions dans la perspective de la Conférence nationale du handicap du printemps 2023 permettront d'aboutir à la proposition de mesures nouvelles pour favoriser l'accès et le maintien en emploi de ce public », promet-il.

Une société encore trop excluante ?

Un chiffre vient toutefois obscurcir cet « optimisme » relatif. 70 % des personnes en situation de handicap interrogées estiment que, outre l'entreprise, la société actuelle ne se donne pas suffisamment les moyens de les intégrer (+21 points par rapport au grand public). Face à ce constat alarmant, Christophe Roth invite « tous les acteurs de l'emploi, de la formation, de l'entreprise et de la santé au travail à se saisir de la SEEPH 2022 et de chaque jour de l'année, pour faire du plein emploi des personnes en situation de handicap une réalité et défendre une société d'égalité des chances autant dans les têtes, dans les textes que dans les faits ».

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
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