Européens handicapés : stratégie pour optimiser leurs droits

Améliorer la qualité de vie des 100 millions de citoyens européens en situation de handicap, tel est le but de la nouvelle stratégie de la Commission européenne. Le CESE* salue ce texte ambitieux mais regrette l'absence d'actions en faveur des femmes

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* Comité économique et sociale européen

« Nous avons tous droit à une vie sans barrières. Et il est de notre devoir, en tant que société, d'assurer la pleine participation de tous sur la base de l'égalité avec les autres », argue Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. Or, malgré les progrès accomplis au cours des dix dernières années, les personnes handicapées sont toujours confrontées à des obstacles dans l'accès aux soins, à l'éducation, à l'emploi, aux activités récréatives ou encore à la participation à la vie politique, et présentent, en outre un risque de pauvreté et d'exclusion sociale accrus. Des inégalités qui s'amplifient depuis le début de la pandémie de Covid-19... « Il est temps d'intensifier l'action européenne ! », exhorte la Commission européenne qui a dévoilé, le 30 mars 2021, sa nouvelle stratégie en faveur des droits des personnes handicapées 2021-2030, à la demande du Parlement européen (article en lien ci-dessous). Objectif ? Améliorer les conditions de vie des 100 millions de citoyens de l'Union européenne concernés durant la prochaine décennie.

Autonomie, égalité et non-discrimination

L'ambition de cette nouvelle stratégie ? « Passer à la vitesse supérieure » pour s'attaquer aux barrières qui subsistent en définissant des initiatives phares axées sur trois grandes thématiques : les droits des personnes handicapées, leur vie indépendante et leur autonomie et, enfin, l'égalité des chances et la non-discrimination. A la différence de la précédente, elle disposera d'une série de nouveaux indicateurs pour jauger les progrès réalisés dans sa mise en œuvre et fera l'objet d'un rapport d'évaluation en 2024. Pour le Comité économique et sociale européen (CESE), qui, à la demande de la Commission, a publié puis adopté un avis sur le sujet le 7 juillet 2021, ce texte « marque une avancée vers la mise en œuvre de la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées » (CNUDPH), se fécilitant qu'il tienne compte de « bon nombre des recommandations et propositions de grande portée formulées par les organisations de personnes handicapées et celles de la société civile ».

Un centre ressource et une carte européenne

Le CESE salue notamment la proposition relative à la création d'un centre de ressources « AccessibleEU », qui vise à améliorer l'accessibilité des transports, des immeubles et des informations, même si elle ne répond pas pleinement à la demande du Comité de créer un « comité d'accès européen » aux compétences plus étendues. Il soutient également le lancement, dès 2023, de la carte européenne du handicap, qui vise à favoriser la libre circulation à travers l'Europe (article en lien ci-dessous). Il estime toutefois que c'est par un règlement de l'UE que ce dispositif devrait être mis en place, afin qu'il puisse être immédiatement appliquer dans tous les Etats membres. Si le CESE décrit cette stratégie comme louable et plus ambitieuse que la précédente, il s'inquiète néanmoins des perspectives concernant sa bonne mise en œuvre, pointant l'absence de « mesures obligatoires ou de législation contraignante ».

Femmes handicapées : les grandes oubliées

Autre « très sérieuse lacune » ? L'absence de toute mesure concrète visant à mettre fin à la discrimination à l'égard des femmes et des jeunes filles handicapées. Plus fréquemment victimes de violences, notamment, sexuelles, elle peinent bien souvent à obtenir une protection juridique adéquate. « Cette situation est très dangereuse pour nous. Parfois, nous ne sommes pas visibles et, quand on ne vous voit pas, vous n'arrivez pas à vous faire entendre... Se produit alors ce qui n'aurait pas dû se produire », déplore Katrin Langensiepen, membre du réseau du Parlement européen sur la mise en œuvre de la CNUDPH, qui insiste sur la nécessité de mener un travail de sensibilisation sur les droits des femmes handicapées afin de leur « donner les moyens d'agir ». Le CESE demande, quant à lui, l'adoption d'une initiative phare spécifique au cours de la deuxième moitié de la période couverte par la stratégie.

Favoriser un emploi de qualité

L'emploi cristallise également les inquiétudes. Selon les chiffres de la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound), 13 % des personnes handicapées ont perdu leur travail du fait de la crise du Covid, contre 8 % pour le reste de la population. Elles sont également proportionnellement plus nombreuses à occuper des contrats temporaires. « En conséquence, 57 % d'entre elles disent éprouver des difficultés à joindre les deux bouts, contre 39 % de la population générale, et 71 % sont guettées par la dépression », pointe l'étude. Pour changer la donne, le CESE propose notamment d'offrir une assistance aux employeurs afin que leurs lieux de travail deviennent plus inclusifs. « Les patrons, comme les personnes handicapées elles-mêmes, ignorent souvent l'existence de mesures qui encouragent leur embauche, il s'avère donc nécessaire de mieux coordonner les politiques qui s'appliquent au marché du travail », précise-t-il. Il rappelle également que l'objectif principal ne se limite pas à une amélioration des taux d'emploi, mais qu'il porte aussi sur la qualité de l'emploi, de façon à permettre aux personnes handicapées « d'améliorer leur situation sociale grâce au travail ».

Pour Miriam Pinto Lomeña, de l'association patronale européenne BusinessEurope, les personnes handicapées devraient « développer leurs compétences numériques », un domaine « susceptible d'éliminer bon nombre d'obstacles sur lesquels elles butent » et qui pourrait avoir des « retombées positives sur leur taux d'emploi ». Selon Daniela Ballico, membre du Comité européen des régions, il faut favoriser les statuts d'indépendants ou d'auto-entrepreneurs. « D'un point de vue social, ce n'est pas leur donner la main que nous devrions faire mais bien les aider à être indépendants », plaide-t-elle.

Mettre fin au recul des droits

Par ailleurs, le CESE appuie le projet de guide de bonnes pratiques électorales concernant la participation des personnes handicapées au processus électoral, afin de garantir le respect de leurs droits politiques. De son côté, Ana Peláez, vice-présidente du Forum européen des personnes handicapées compte sur cette stratégie pour « inverser le mouvement de détérioration qui s'est récemment produit dans la situation des personnes handicapées et le recul que leurs droits humains et la mise en œuvre de la convention afférente des Nations unies ont enregistré sous l'effet de la pandémie ». « Nous avons maintenant une chance de provoquer un changement, il ne peut être question de la laisser s'échapper », conclut-elle. Et cela nécessite « une volonté politique puissante de tous les Etats membres et d'importantes ressources », interpelle le CESE.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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