Factchecking, épisode 1 : Autisme et manque d'intelligence

"On n'est pas sourds, on n'est pas autistes, on voit bien qu'elle passe mal cette réforme." Cette phrase de Jean-Pierre Farandou, ministre des Transports, a suscité l'indignation. Notre nouvelle série vidéo de factchecking démonte ce cliché tenace.

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« On n'est pas sourds, on n'est pas autistes, on voit bien que cette réforme passe mal. » En octobre 2025, cette formule du ministre des Transports Jean-Pierre Farandou provoque une vague de réactions et un tollé sur les réseaux sociaux. Car derrière l'analogie, c'est une représentation erronée du handicap qui ressurgit : celle selon laquelle une personne autiste comprendrait mal, voire pas du tout, les situations complexes. Pour les experts, ce type de raccourci brouille la compréhension du réel. « C'est totalement méconnaître le trouble du spectre de l'autisme que de dire : "on n'est pas autiste" », rappelle Marie-Maude Geoffray, psychiatre de l'enfant et de l'adolescent et du développement, à l'hôpital du Vinatier, à Lyon experte dans notre série de factchecking vidéo sur l'autisme, aux côtés de Chams-Ddine Belkhayat (Chams-Ddine Belkhayat, "J'ai 1 truc à te dire"), père d'un enfant autiste, administrateur de l'association AFG autisme.

Autisme ≠ manque d'intelligence

Premier contresens majeur : confondre autisme et déficit intellectuel. Le trouble du spectre de l'autisme (TSA) n'est pas un trouble de l'intelligence. Il s'agit d'une manière différente de traiter l'information, de percevoir et d'interagir avec le monde. Comme le rappellent les spécialistes, « le cerveau traite l'information de façon différente », ce qui peut nécessiter des consignes plus structurées. Mais cette particularité ne signifie pas une moindre compréhension. Au contraire : face à des discours flous ou incohérents, de nombreuses personnes autistes repèrent rapidement les contradictions.

Un spectre large, des réalités multiples

Autre erreur fréquente : parler « des autistes » comme d'un bloc homogène. Or, l'autisme est un spectre, avec une très grande variabilité de profils, de capacités et de besoins. En France, on estime qu'environ 700 000 personnes sont concernées selon l'Inserm. Réduire ce trouble à l'idée d'un manque de compréhension revient donc à ignorer cette diversité. Certains autistes ont des troubles associés, d'autres non. Certains ont des difficultés de communication, d'autres excellent dans l'analyse, la mémoire ou la créativité. « Il y a une grande variation entre les personnes autistes elles-mêmes », rappellent les experts.

Quand la clarté devient une condition d'inclusion

Dernier point souvent méconnu : la communication. Contrairement aux clichés, de nombreuses personnes autistes ont besoin de messages clairs, concrets et structurés - et non simplistes. Une fois ce cadre posé, elles peuvent être parmi les premières à identifier les incohérences d'un discours. « Ce n'est pas qu'ils ne comprennent pas ce qui se passe », rappelle Marie-Maude Geoffray. « Leur cerveau traite l'information différemment. » Autrement dit, ce n'est pas un déficit d'intelligence, mais une autre analyse de l'information. Et une leçon plus large : mieux expliquer, c'est souvent mieux inclure.

©Capture écran vidéo / Clotilde Costil

Chams-Ddine Belkhayat et Marie-Maude Geoffray sur un canapé
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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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