Nés dans une famille de cinq enfants, Yvan et Eva ont noué un lien fort. Pourtant, une différence d'âge de douze ans les sépare. A l'inverse des autres frères de la fratrie, Eva n'a jamais connu Yvan lorsqu'il était voyant. « Quand j'étais petite je ne le voyais pas comme un jeune devenu non-voyant, je ne percevais pas ses particularités comme des différences », confie-t-elle. C'est à 9 ans qu'Yvan a perdu la vue. « J'ai eu un décollement de la rétine. Avec mon frère jumeau, nous sommes nés prématurés, et l'infirmière qui nous soignait nous confondait, j'ai donc reçu moins de gouttes que mon frère », décrit Yvan.
Autre différence qui aurait pu éloigner Yvan de sa petite sœur : le pays où ils ont passé leur enfance. Avec un père pilote d'avion de ligne et une mère commerçante dans le prêt-à-porter, Yvan est en effet né au Cameroun. « Au début nous étions venus en France seulement avec ma mère pour deux opérations, mais elles n'ont pas fonctionné. On nous a alors conseillé de me faire rejoindre un établissement spécialisé pour apprendre à lire le braille. J'ai donc intégré l'Institut national des jeunes aveugles (INJA) et toute la famille a déménagé », raconte Yvan.
Un grand frère qui la soutient
« Je n'ai jamais vu ma sœur mais je me souviens très bien de ma rencontre avec elle lorsqu'elle est née : je venais de réaliser de bons résultats lors d'une course à l'institut », se rappelle-t-il, un peu ému. Vivant à l'époque en internat, Yvan profite de sa famille le week-end. Une relation proche se noue entre eux au fil des années. « Il me payait des bonbons, sortait avec moi et mes copines… », détaille Eva.
Âgés aujourd'hui respectivement de 33 et 21 ans, Yvan et Eva sont les deux seuls de la fratrie à vivre encore chez leurs parents, à Sevran (93). « Nous avons des personnalités très proches : nous sommes les deux les plus extravertis, aventuriers, on partage les mêmes valeurs… On peut débattre des heures ! Mon frère est le seul que j'appelle tous les jours, c'est aussi un peu mon psychologue quand j'en ai besoin, je le contacte toujours quand j'ai un problème même si c'est juste à propos d'un retard de RER », raconte Eva. « Je suis aussi son frère le plus gentil », la taquine Yvan.
Sa guide préférée
Eva est aussi l'accompagnatrice préférée d'Yvan, quand il a besoin d'être guidé dans ses trajets ou pour suivre des événements. « Quand nous avons déménagé, c'est elle qui m'a appris le trajet entre la maison et la gare : combien de rues à traverser, décrire ce qu'il y a sur le trajet, les obstacles et repères… Et même quand nous sommes ensemble avec d'autres personnes, elle garde l'habitude de tout me décrire de manière fluide », apprécie Yvan.
Leur complicité et leur communication sont naturelles : « quand je me rends à un événement sportif elle me demande de lui raconter ce qu'il s'est passé, même si je ne vois pas », souligne Yvan. Passionné de sport, il s'est initié dès l'adolescence au cécifoot, en 2007. « Le football a toujours fait partie de notre famille, on regardait beaucoup de matchs avec mon père au Cameroun, je jouais avec mes frères… » Doué et motivé, Yvan a persévéré dans le cécifoot, en parallèle de ses études supérieures dans la communication. Il a participé au championnat national avec son club à Saint-Mandé (94), mais aussi fait partie de l'équipe de France de 2010 à 2024. Il a ainsi participé aux Paralympiques de 2012 (médaille d'argent) et 2020. Il est actuellement en train de se remettre d'une blessure mais espère continuer à pratiquer son sport préféré. « J'ai dû aller à au moins une centaine d'événements sportifs, c'est moi qui ai converti mon jumeau au plaisir de se rendre au stade, je l'ai fait sortir de sa zone de confort. Eva c'est moins son truc le foot… », rie-t-il. Elle confirme ! Sa petite sœur n'en reste pas moins l'une de ses plus grandes fans : « Je découvre toujours des choses lorsqu'il fait des interviews. »
Ce qui anime également Yvan : « Organiser des projets pour sensibiliser au handicap et inciter les personnes en situation de handicap à la pratique sportive. J'organise régulièrement des séances de découverte de cécifoot, notamment avec la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France. »
Etudiante en audit à l'université Paris Dauphine - PSL, Eva aimerait pouvoir vivre en colocation avec son frère lorsqu'elle quittera le domicile familial. « Pourquoi pas… », lui répond Yvan, tout en affirmant qu'il est « très indépendant et espère pouvoir fonder une famille ». Une chose est sûre : ce frère et cette sœur vont continuer à être très liés.
Crédit : Eva et Yvan



