La difficile mise en accessibilité des trottoirs et des lieux accueillant du public est souvent dénoncée par les associations représentatives de personnes en situation de handicap, mais l'enjeu se complique encore lors des phases de travaux. Empiétement sur les trottoirs, modification d'une traversée piétonne, de l'accès à un arrêt de bus ou à un équipement... Si les chantiers perturbent les déplacements, ils créent aussi des risques pour la sécurité des usagers.
Une réglementation peu connue
« On ne sait même pas dire s'il y a une réglementation en termes de sécurisation pour tout ce qui touche aux travaux publics », déplore Christophe Anicet. Le président du comité Charente de l'association Valentin Hauy siège pourtant dans des commissions d'accessibilité de plusieurs villes et intercommunalités au niveau du département, où il échange régulièrement avec les services techniques.
Les textes réglementaires existent pourtant bien : l'arrêté du 15 janvier 2007, modifié le 18 septembre 2012, évoque le maintien de l'accessibilité en période de chantier, deux décrets de 2006 relatifs à l'accessibilité rappellent l'obligation d'assurer une continuité « accessible » du cheminement, et l'instruction interministérielle sur la signalisation routière impose les balisages et les indications à utiliser.
Une sécurisation à renforcer
Pourtant sur le terrain, la sécurisation de certains chantiers laisse à désirer, voire est parfois inexistante. « Je suis aveugle, et l'autre fois je me suis pris un échafaudage dans le mâchoire », témoigne Christophe Anicet. L'homme décrit des piliers d'échafaudage placés de telle manière que sa canne ne les a pas touchés, et ne l'a pas prévenu du risque encouru. Il évoque également les bouches de métal, parfois retirées pour effectuer des travaux : « quand il n'y a pas de balise soit on sent que la canne tombe dans un trou, soit on se retrouve avec le piéton qui tombe dans le trou », dénonce-t-il.
Un affichage a minima
Une mise en danger qui serait moindre si tout un chacun était déjà au courant des travaux en cours. Mais l'accès à l'information est compliqué, et ne concerne d'ailleurs pas seulement les personnes en situation de handicap, comme le rappelle Christophe Anicet : « Il y a l'affichage d'un arrêté municipal, scotché à côté de la zone de travaux. Mais même une personne voyante n'y fait pas toujours attention » Sans compter que ces documents juridiques sont difficilement compréhensibles, comme le pointe Patrick Martini, administrateur de l'Adapei Charente (Association départementale de parents et d'amis des personnes handicapées mentales) : « Les personnes avec une déficience mentale ne sont pas toujours en mesure de les lire et de les comprendre. »
L'accessibilité de l'information en question
Le problème est que l'information concernant le lancement de travaux n'est pas non plus disponible en amont, et que sa diffusion pose tout de suite une autre question, celle de son accessibilité. « Je ne crois pas avoir vu des informations en FALC (ndlr. Facile à lire et à comprendre) pour les déficients intellectuels pour leur parler du motif de travaux en cours, les mettre en garde ou les prévenir », constate Patrick Martini. Même son de cloche du côté du président du comité Charente de l'association Valentin Hauy : « des publications rédigées en gros caractères, l'envoi de mails qui puissent être lus par nos lecteurs d'écran, il n'y en a pas ». Un exemple supplémentaire d'un travail de fond dont ne se saisissent pas encore suffisamment les pouvoirs publics, rappelle-t-il, citant l'action en justice lancée par le collectif Handicap visuel l'été dernier contre l'inaccessibilité du site des impôts (« Impôts : une action contre l'inaccessibilité numérique »).
Au-delà des prescriptions légales, le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) propose un ouvrage aux techniciens des collectivités locales et aux maitres d'œuvre en charge des travaux avec des recommandations concrètes et des retours d'expériences de communes. (« Piétons et chantiers urbains : Obligations, préconisation, mise en œuvre »)
Crédit : claudiodivizia



