Grands brûlés : les avancées de la reconstruction cutanée

Greffes, substituts cutanés, cellules cultivées... Les possibilités de reconstruire la peau s'élargissent chez l'adulte comme chez l'enfant. Mais toutes les innovations n'ont pas encore démontré leur intérêt.

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un patient brûlé à l’hôpital

Lorsque la peau est profondément détruite, il faut protéger l'organisme des infections, préserver les mouvements et limiter les séquelles. Un défi quotidien pour le Dr Olivier Martin, anesthésiste-réanimateur, responsable de l'unité fonctionnelle des grands brûlés de l'hôpital Édouard-Herriot, aux Hospices civils de Lyon (HCL).

Les jeunes enfants particulièrement exposés

Il y a peu d'études épidémiologiques pour savoir combien il y a de brûlés en France. « La dernière synthèse nationale de Santé publique France, publiée en 2018, recensait 8120 personnes hospitalisées pour brûlure en métropole en 2014, toutes gravités confondues, indique le Dr Martin. Plus du quart avaient moins de cinq ans. Une nouvelle étude est en cours, mais elle n'est pas encore publiée. » Les liquides chauds sont la première cause de brûlures chez les enfants et les femmes adultes. Chez les hommes, à partir de 15 ans, le feu, les flammes et les fumées arrivent en tête. « Une tasse de café sur une table basse, une maman qui tient une boisson brûlante tout en portant son bébé... décrit le médecin, dont l'équipe prend régulièrement en charge de jeunes enfants victimes de ces accidents domestiques. Cela peut occasionner de graves brûlures. » Il observe aussi des brûlures liées aux batteries des cigarettes électroniques, vélos et trottinettes. La gravité ne dépend pas seulement de la surface brûlée. Ainsi, des lésions profondes des mains, même localisées, peuvent entraîner un handicap durable.

La greffe de peau, pilier des soins

Lorsque la peau conserve sa capacité à se réparer, les traitements locaux et les pansements favorisent sa cicatrisation. Mais les brûlures profondes nécessitent souvent une excision-greffe, une technique qui consiste à retirer les tissus détruits puis à recouvrir la plaie d'une greffe de peau. « Pour les grands brûlés, la base du traitement reste la greffe autologue, c'est-à-dire une greffe avec de la peau saine prélevée sur le patient lui-même », explique le Dr Martin.

Réanimation, traitement de la douleur, soutien nutritionnel et rééducation complètent la prise en charge. Lorsque les brûlures sont très étendues, la peau saine disponible peut manquer. Les chirurgiens augmentent alors la surface des greffons en les découpant en filet ou en petits fragments. « Avec un centimètre carré de peau, on arrive à recouvrir jusqu'à six centimètres carrés, précise le médecin. Mais cette greffe est très fragile. On la protège avec de l'allogreffe pendant qu'elle s'implante. » Issue d'un don de tissus, l'allogreffe peut également couvrir une plaie dans l'attente d'une autogreffe. Cette peau va être rejetée en une quinzaine de jours, mais elle protège temporairement le patient. « Cela nous laisse le temps d'organiser l'autogreffe ou de laisser le derme sous-jacent se régénérer suffisamment pour favoriser sa réussite. »

De la peau de poisson

Les substituts cutanés couvrent temporairement les plaies ou aident à reconstruire le derme sous l'épiderme. À Lyon, l'équipe utilise notamment des matrices issues de peau de poisson, débarrassées de leurs cellules. « Cela fait une sorte de squelette microscopique pour structurer la peau, détaille le médecin. Quand les brûlures sont très profondes, cela permet de structurer un derme intermédiaire sur lequel on va pouvoir faire la greffe. Quelquefois, on greffe d'emblée par-dessus. » Les cellules du patient colonisent cette matrice et produisent leur propre collagène, tandis qu'elle se dégrade progressivement.

Cultiver des cellules

La culture cellulaire fait également partie des soins. À Lyon, l'équipe de la Dre Céline Auxenfans, responsable de la banque de tissus et cellules des Hospices civils, multiplie les kératinocytes, cellules de l'épiderme, à partir d'un petit prélèvement de peau du patient. Les feuillets obtenus ne constituent pas une peau complète mais favorisent la réparation des zones où les greffons ont été prélevés. « On les applique pour que la peau se régénère plus vite et puisse être prélevée à nouveau, précise le Dr Martin. Cela permet de réutiliser plusieurs fois la même zone. » Ces cellules peuvent être conservées pendant des années, notamment pour les enfants qui auront besoin de nouvelles greffes au fil de leur croissance. À Lyon, certaines cultures sont ainsi gardées congelées depuis plus de dix ans, puis remises en culture à l'occasion de nouvelles interventions. Dans ce centre spécialisé, soins et recherche avancent de concert. Des feuillets associant les cellules du derme et de l'épiderme ont été testés sur une dizaine de centimètres carrés chez un patient. Cette première expérience vise à reconstituer les deux couches de la peau. Encore au stade de la recherche, la bio-impression 3D explore une autre voie. Elle permettrait de déposer directement sur la plaie des cellules incorporées dans des gels, pour reconstruire la peau couche après couche.

Phagothérapie, de nouvelles perspectives aux HCL

Tant que la peau n'est pas refermée, les microbes peuvent pénétrer dans l'organisme. Certaines infections résistent aux antibiotiques et menacent aussi la réussite des greffes. La phagothérapie, qui utilise des virus ciblant les bactéries, appelés les phages, peut alors offrir une possibilité supplémentaire. Encore faut-il disposer du bon phage. « Il faut trouver celui qui agit sur la bactérie responsable de l'infection, poursuit le médecin. Ce n'est pas comme un antibiotique qui peut cibler plusieurs bactéries. Malheureusement, assez souvent, on ne trouve pas de phage adapté. » Il rapporte néanmoins le cas publié d'un patient infecté par une bactérie résistante aux antibiotiques, dont l'évolution a été favorable sous phagothérapie. Depuis mai 2026, les HCL sont autorisés à produire leurs propres phages thérapeutiques selon les bonnes pratiques de fabrication. Leur purification et le contrôle des lots sont assurés à l'hôpital Édouard-Herriot. Cette production sur place doit faciliter l'accès aux traitements et la réalisation d'essais cliniques pour mieux définir leur place dans les soins.

Hemarina, des bénéfices encore à démontrer

Très médiatisée, notamment après l'incendie de Crans-Montana, l'approche développée par Hemarina, société de biotechnologie basée à Morlaix dans le Finistère, suscite de son côté des espoirs, mais aussi des interrogations. Son fondateur, le biologiste Franck Zal, mise sur l'hémoglobine d'un ver marin, capable de transporter de l'oxygène. Incorporée dans le pansement HEMHealing, elle vise à mieux oxygéner les tissus pour favoriser la cicatrisation et réduire le recours aux greffes. Mais que peut-on réellement en attendre ? Le Dr Martin se montre réservé. « Quand on est gravement brûlé, la peau est détruite, observe-t-il. Qu'on lui donne de l'oxygène ou qu'on ne lui en donne pas, elle est morte. Et la peau morte, il faut l'enlever et la remplacer par autre chose. » Aussi juge-t-il la médiatisation disproportionnée au regard de l'expérience clinique encore limitée. Il n'exclut pas un intérêt pour certaines brûlures intermédiaires, lorsque les tissus, encore vivants, manquent d'oxygène. Mais les données cliniques restent insuffisantes pour confirmer ce bénéfice.

Crédit : Getty Images

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Solène Alifat, journaliste Handicap.fr"
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