« Mon petit-fils est sur liste d'attente pour intégrer un IME depuis deux ans et demi. » Cette lassitude, vécue par une grand-mère en Seine-et-Marne (77), est malheureusement monnaie courante dans toute l'Ile-de-France, et notamment en Seine-Saint-Denis. Dans le « 93 », 190 000 personnes en situation de handicap sont recensées, un chiffre en hausse de 20 % entre 2022 et 2025.
Mais derrière cette progression, une réalité de terrain brutale : des enfants et adultes handicapés sans solution d'accompagnement adaptée. « Nous sommes face à une urgence sociale majeure », alertent les acteurs locaux, qui dénoncent un manque chronique de places en établissements et services médico-sociaux (ESMS) dans un nouveau plaidoyer. En 2023 déjà, le département de l'est parisien avait appelé à un plan de rattrapage gouvernemental de 204 millions d'euros, devant déboucher sur la création de 5 000 solutions pour sauver ce territoire iconique et prometteur de Paris 2024 du naufrage humain ( 93 : face au handicap, le SOS d'un département en détresse ).
Combien de places d'hébergement «handicap» dans le 93 ?
Avec aujourd'hui seulement 4,8 places d'hébergement pour 1 000 enfants (contre 7,9 au national et 8,5 hors Île-de-France) et un chiffre dérisoire de 1,8 pour 1000 adultes (contre 4,3 au national et 4,7 hors Île-de-France), la Seine-Saint-Denis affiche les indicateurs les plus faibles de l'Hexagone. Malgré les 37 millions d'euros alloués par le Plan Inclus'IF - une stratégie de l'Agence régionale de santé (ARS) Île-de-France visant à créer de nouvelles solutions d'accueil et à transformer l'offre médico-sociale pour réduire la pénurie de places – ( Médicosocial : 1 964 solutions nouvelles en IDF avant 2030 ), le compte n'y est pas : les 720 places créées ne sont qu'une goutte d'eau face à l'ampleur des besoins.
Des familles sans solution, un handicap aggravé
Conséquence directe : des parcours de vie fragmentés, des ruptures de droits et des familles épuisées, comme Patricia, la grand-mère sans solution en Seine-et-Marne. Thibaut, son petit-fils, est contraint de « déambuler », selon ses dires, dans son école de secteur, quelques heures par semaine « pour l'occuper », et bien évidemment, sans accompagnant d'élèves en situation de handicap (AESH). « Son niveau scolaire ne lui permet pas d'être en primaire, il est non verbal et n'est pas propre. C'est de la garderie », s'énerve Patricia. Faute de places, certains enfants restent à domicile sans accompagnement, d'autres sont orientés loin de leur territoire, voire sans solution du tout. Un phénomène déjà documenté dans plusieurs enquêtes sur les inégalités territoriales en matière de handicap. Dans ce contexte, le handicap ne relève plus seulement de la condition individuelle, mais d'un défaut structurel d'offre publique. « L'inclusion ne peut pas être un slogan quand il n'y a pas de places », résument des associations.
Le cri du cœur des familles et des élus
Réunis à l'Établissement pour enfants et adolescents polyhandicapés (EEAP) « Les Mille Couleurs » à Bondy le 11 mai 2026, élus et associations dionysiens veulent dénoncer une situation intenable pour les enfants et adultes handicapés, leurs proches, souvent contraints à l'exil ou au « système D ». Stéphane Troussel, président du Département, porte un nouveau plaidoyer musclé à destination de l'État qui comporte cinq pilliers, réclamant en priorité un plan de rattrapage de 114 millions d'euros pour combler le déficit de places. Les signataires exigent le financement immédiat de projets d'IME et de SESSAD déjà prêts mais bloqués, ainsi qu'un renforcement de 50 % des moyens dédiés aux situations complexes, "afin de diminuer les prises en charge en attente". Le texte appelle également à créer des solutions spécifiques pour les usagers vieillissants et à réformer la compensation nationale de la prestation de compensation du handicap (PCH) pour mettre fin à l'injustice financière qui frappe le territoire. Enfin, le plaidoyer demande une protection universelle pour tous les enfants handicapés, garantissant leurs droits financiers quelle que soit la situation administrative de leurs parents.
Vers la Conférence Nationale du Handicap : l'heure des comptes
Alors que la prochaine Conférence nationale du handicap (CNH) se profile en juin, la Seine-Saint-Denis semble vouloir placer l'État face à ses responsabilités. Après la création d'un guichet unique (MDAA) ( 93 : la MDAA, un guichet unique pour handicap et autonomie ) pour simplifier les parcours en janvier 2026, le département refuse d'être le parent pauvre de l'inclusion. Pour les personnes handicapées du territoire, l'accès à un établissement médico-social ne doit plus être un luxe ou un combat judiciaire, mais un droit effectif. Ce nouveau bras de fer vise à transformer les promesses nationales en réalités concrètes dans les villes de banlieue, où le handicap subit la double peine de la précarité sociale.
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