Handigang : le handicap en prime time sur TF1...

Dans le dernier film de Stéphanie Pillonca, "Handigang", un groupe de lycéens organise des actions coup de poing pour dénoncer le manque d'accessibilité. A retrouver sur TF1, le 2 mai 2022 à 21h10.

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Sam, 17 ans, se rend chaque jour au lycée, comme tous les jeunes de son âge... ou presque. Lui y va en fauteuil roulant. Dès l'entrée, la couleur est annoncée. Des marches, infranchissables, pas de rampe, toilettes inadaptées, peu d'ascenseurs... Après avoir composé des années avec le manque d'accessibilité, c'en est assez ! Avec sa bande de potes sourds, autistes ou « valides », il crée le Handigang afin de mener des actions parfois spectaculaires. Objectif ? Que les institutions publiques prennent en compte leurs singularités. Handigang, adapté du roman éponyme de Cara Zina, est diffusé le 2 mai 2022, sur TF1 à 21h10 (bande-annonce dans la vidéo ci-contre). Sa réalisatrice, Stéphanie Pillonca, revient sur cette expérience...

Handicap.fr : Un film sur le handicap, sur la première chaîne d'Europe, à une heure de grande écoute, c'est rare...
Stéphanie Pillonca : C'est très juste de le souligner. J'ai réalisé onze films, dont sept en lien avec le handicap, et, à mon grand étonnement, c'est la première fois qu'un tel espace est réservé à cette thématique. Il faut s'en réjouir...

H.fr : Votre film précédent, « Apprendre à t'aimer », qui retrace l'histoire d'un papa bouleversé par la naissance de sa fille avec trisomie 21, avait déjà été diffusé sur M6 en septembre 2020...
SP : Effectivement mais M6 n'est pas TF1 qui s'adresse à un public différent. J'ai plutôt pour habitude de travailler pour Arte et de diffuser mes films sur le handicap à une heure tardive. On ne peut donc que saluer l'intérêt de TF1...

H.fr : Handigang a donc vocation à sensibiliser le grand public...
SP : Exactement. J'ai envie de toucher la France et d'éveiller les consciences dans les familles, dans les régions, là où on ne voit pas de fauteuil roulant, où l'on ne sait pas ce qu'est l'autisme, où il n'y a pas d'inclusion, pas de classes bigarrées, cosmopolites. J'ai également voulu mettre en lumière le lien entre une mère (interprétée par Alessandra Sublet) et son fils handicapé (Théo Curin), et comment se réapproprier sa vie après l'avoir dédié à son enfant qui a grandi et souhaite voler vers plus d'autonomie.

H.fr : Quels obstacles avez-vous rencontré lors du tournage ?
SP : Monter des films comme cela, en un temps record, c'est très difficile, a fortiori quand on fait le choix de tourner avec des personnes en situation de handicap qui ne sont pas actrices. Nous l'avons tourné dans les mêmes conditions que les autres films, en 21 jours, avec un budget télé. Un rythme très soutenu pour ces comédiens amateurs.

H.fr : En France, aux Etats-Unis et partout ailleurs, on reproche souvent aux réalisateurs de confier des rôles de personnages en situation de handicap à des acteurs « valides ». Votre parti pris était non négociable.
SP : C'était, en effet, la condition sine qua non pour que je réalise ce film. Engagée depuis plus de 20 ans auprès d'associations de personnes en situation de handicap, je ne me voyais pas du tout faire ce film avec des acteurs qui jouent les personnes autistes ou en fauteuil roulant. Une mascarade d'une malhonnêteté absolue ! Alors il a fallu s'adapter, prendre son temps, donner beaucoup d'amour, d'intérêt, respecter leur rythme, leur mode de vie, leur susceptibilité et puis leur très grande force qui fait qu'on y arrive...

H.fr : Les téléspectateurs découvrent notamment Matthieu Hannedouche, tiktokeur sourd à l'écran...
SP : Ça fait plusieurs années que je le suivais, à travers ses vidéos sur le web, mais il n'avait encore jamais tourné. L'autre défi, c'est que je refusais qu'il soit sous-titré, afin que les téléspectateurs fassent l'effort de le comprendre. C'était la même chose dans mon film « Je marcherai jusqu'à la mer ». On ne comprenait pas toujours la protagoniste, qui est IMC (infirme moteur cérébral), mais je refusais tout sous-titrage.

H.fr : Pourquoi votre choix s'est-il porté sur Théo Curin pour incarner le rôle de Sam ?
SP : C'est d'abord Dominique Besnéhard, producteur, qui a eu un gros coup de cœur pour Théo. Il m'a dit : « C'est un vrai acteur ce jeune homme, ça vaudrait le coup de lui faire passer des essais ». Personnellement, je suivais ses aventures depuis quelques temps déjà, j'aimais bien ce qu'il dégageait, j'appréciais sa jeunesse, sa fraîcheur mais, en toute honnêteté, je n'avais jamais pensé à le faire jouer dans mon film. J'ai changé d'avis à la seconde où il a passé ses essais. Il était tout simplement spectaculaire, il avait un sens du jeu, de la musicalité, de la fluidité et une telle justesse dans son interprétation... Sa sincérité et sa lumière m'ont beaucoup touchée. C'était lui ou rien.

H.fr : Le livre Handigang s'est inspiré d'une association extrêmement militante. Pensez-vous que la violence peut parfois être la seule manière de se faire entendre ?
SP : La violence à proprement parler, non, et je ne trouve pas qu'il y en ait dans mon film. 

H.fr : Je pensais notamment à la scène où les élèves détériorent les toilettes du lycée pour dénoncer leur manque d'accessibilité. En ce sens, la destruction peut être considérée comme un acte de « violence ».
SP : Je pense que les actions fortes sont nécessaires lorsque le monde entier fait la sourde oreille, lorsqu'on en a ras-le-bol de vivre dans l'ombre et qu'on ignore nos conditions de vie... Ceux qui ne sont pas entendus par les voies légales, les voies pacifiées et de l'administration doivent parfois taper du poing pour se faire entendre, sans atteinte à la personne bien évidemment. Dans les années 1990, heureusement qu'Act'up (association de lutte contre le sida, ndlr) a réalisé des actions fortes dans les laboratoires et les ministères pour faire bouger les choses. On leur doit beaucoup. La visibilité dans une société d'images, c'est nécessaire. On doit aller dans la rue, on doit se faire entendre. On le doit, c'est important !

H.fr : Pensez-vous que la perception des personnes handicapées sur ce film peut être différente de celle du grand public ?
SP : Honnêtement non. J'ai montré le film quatre fois déjà et, à chaque sortie, les téléspectateurs m'ont confié qu'ils ne connaissaient pas vraiment le handicap et ne se rendaient pas compte des difficultés que les personnes concernées pouvaient traverser et que, maintenant, ils voulaient aller vers elles. Vous comme moi connaissons le handicap, c'est quelque chose qui fait partie de notre univers, nous sommes initiées, mais la plupart des gens ne savent pas tout ce que ça implique derrière : le manque d'accessibilité, la vie sociale, l'amour...

H.fr : D'accord mais avez-vous eu des retours des personnes handicapées ou des associations ?
SP : Oui, l'Unapei (association qui milite pour les droits des personnes avec un handicap mental), qui est d'ailleurs très présente dans le film, est très contente. J'ai l'habitude d'écrire mes films avec l'aide des associations, et Handigang ne fait pas exception. Je suis partie du scénario puis j'ai interviewé les personnes concernées afin de réaliser un film authentique. C'est, certes, une fiction mais c'est avant tout un vecteur pour parler d'une problématique.

H.fr : Certains passages semblent quelque peu édulcorés, comme le revirement du dealer qui refuse de compromettre un jeune en situation de handicap...
SP : Pourtant c'est une scène inspirée de la vraie vie. Il y a quelques temps, au beau milieu d'une cité, j'ai vu un dealer porter un jeune handicapé sur ses épaules car l'ascenseur était en panne. J'aime la résilience, le pardon, les gens qui changent de regard. Alors c'est probablement cliché mais lorsque j'ai tourné cette scène, j'avais envie que le dealer se dise : « Finalement, ce mec rame autant que nous donc on va se donner la main ». L'ambition est aussi d'embarquer les jeunes car c'est par eux que le regard de la société changera. Mon film va d'ailleurs être projeté dans des lycées car je suis convaincue que c'est la jeunesse qu'il faut initier...

H.fr : Idem pour les excuses du directeur d'établissement à la fin, qui, jusque-là, avait été très véhément à l'égard de ce « gang », peuvent également sembler idéalistes.
SP : Eh bien, j'ai aussi été confrontée à des personnes ayant des responsabilités dans des établissements qui étaient démunies et se laissaient cueillir de cette façon... Et puis, il faut rappeler que ce film est adapté d'un livre dans lequel le directeur se résout à se dire qu'il n'a été qu'un « con ». Je trouve ça chouette de se dire que des personnes en situation de handicap sont susceptibles de changer le cœur d'un individu. Je crois au pouvoir du différent, du plus vulnérable. C'est ce que j'ai essayé de transmettre dans « Apprendre à t'aimer ». Une petite fille porteuse de trisomie 21, qui n'est pas forcément désirée, peut changer la face de l'humanité par ricochet, puisqu'elle va changer celle d'une famille, d'un club de sport, d'un groupe...

H.fr : Pour sensibiliser le plus grand nombre, on ne peut donc pas faire l'économie de certains clichés...
SP : Vous savez, sur Arte, je peux passer 25 minutes à filmer une femme handicapée qui prend une douche toute seule. Sur TF1, ce n'est pas pensable, le but est de s'adresser au plus grand nombre. C'est le combat que je livre depuis 25 ans. J'ai voulu faire un film accessible et populaire. S'il n'est pas porté, il n'y en aura pas d'autre. Les chaînes et les annonceurs sont encore très frileux en matière de handicap. On passe notre temps à se plaindre de l'absence de représentation du handicap dans les médias ou à la télévision donc, à mon humble avis, lorsque c'est le cas il faut soutenir l'initiative, même si elle comporte des maladresses.

H.fr : Un autre film en projet ?
SP : Oui, le prochain, « J'irai au bout de mes rêves », sera diffusé sur M6 en septembre 2022. Ce film, inspiré de plusieurs histoires vraies et de témoignages de parents, retrace l'histoire d'un jeune homme avec trisomie qui tombe amoureux d'une « valide ». A l'origine, la chaîne m'avait proposé d'écrire la suite d' « Apprendre à t'aimer », je n'en avais pas envie. Mais les parents et les associations m'ont implorée de ne pas les laisser tomber. Ils me disaient : « Parler des bébés, c'est super, mais ils grandissent et ça devient compliqué ». Il a fait l'ouverture du festival de La Rochelle et Samuel Allain Abitbol (ndlr, acteur avec trisomie 21 ayant notamment joué dans la série « Plus belle la vie », article en lien ci-dessous) a reçu le prix du meilleur acteur au festival TV de Luchon.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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