« Le gouvernement parle d'inclusion, alors oui quand c'est possible. Mais pour certains enfants, notamment les autistes non verbaux, ce n'est pas une solution. » La voix de Patricia se met à trembler lorsqu'elle évoque son petit-fils. Depuis deux ans et demi, Thibault, 7 ans et demi, attend une place en Institut médico-éducatif (IME). Une orientation pourtant reconnue comme nécessaire. En vain. Pendant ce temps, l'enfant, autiste non verbal, reste sans accompagnement adapté. « C'est maintenant qu'il pourrait progresser et aujourd'hui, il n'y a rien qui est fait pour lui », déplore sa grand-mère.
En Seine-et-Marne, où vit Thibault, 250 enfants seraient aujourd'hui en attente d'une place en IME, selon les chiffres avancés par les familles mobilisées. Une pénurie qui s'inscrit dans un contexte national déjà dénoncé à plusieurs reprises, alors que des milliers d'enfants en situation de handicap restent sans solution adaptée malgré une notification de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Certains, comme Thibault, sont d'office envoyés à l'école, en mode « garderie », d'autres sont contraints de s'exiler en Belgique dans des établissements frontaliers dédiés et suffisants en nombre (Fin de l'exode vers la Belgique ? 2 500 solutions en France).
Une heure d'école... pour « dire qu'il est scolarisé »
Placé dans un village d'enfants depuis 2021 à la suite d'une décision de justice, Thibault évolue dans un environnement que Patricia juge inadapté à ses besoins. « Les éducateurs sont très gentils, mais ils ne sont pas formés à l'autisme, donc ils font ce qu'ils peuvent. » Faute de mieux, le garçon fréquente l'école... une heure par jour. « Comme il ne peut pas rester assis, il se promène dans l'établissement. Il va un peu en maternelle, un peu dans d'autres classes. On essaye de l'occuper comme on peut. »
Non verbal, encore équipé de couches et présentant d'importants besoins d'accompagnement, Thibault bénéficie seulement de cinq heures hebdomadaires avec une éducatrice spécialisée. « Les professionnels eux-mêmes disent que ce n'est pas suffisant pour le faire progresser », regrette Patricia. Pour elle, l'inclusion scolaire ne peut pas devenir une réponse unique lorsque les besoins nécessitent un accompagnement médico-éducatif intensif.
« Pour les enfants handicapés, il n'y a aucune solution »
Au-delà de son histoire familiale, Patricia dénonce une inégalité de traitement. « Pour les enfants sans handicap, l'école est obligatoire jusqu'à 16 ans. Les parents peuvent être sanctionnés en cas d'absence. Mais quand vous avez un enfant autiste non verbal et qu'il n'y a pas de place en IME, personne ne s'en occupe. » Un constat qui résonne avec les alertes répétées des associations de parents, confrontées à des listes d'attente interminables et à une offre médico-sociale saturée.
Malgré les annonces gouvernementales en faveur de l'école inclusive, de nombreuses familles rappellent qu'inclusion ne signifie pas disparition des établissements spécialisés. Pour certains enfants présentant un trouble du spectre de l'autisme sévère, un polyhandicap ou des besoins très complexes, l'IME demeure le lieu le plus adapté pour bénéficier de soins, de rééducations et d'un enseignement spécialisé. « J'ai appelé tous les IME possibles. On me répond toujours qu'il n'y a pas de place. C'est extrêmement compliqué. » Pour Patricia, chaque mois d'attente est une perte de chance supplémentaire pour son petit-fils.
©Clotilde Costil / modifiée par IA


