L'image a fait le tour des réseaux sociaux : l'Australienne Joanna Wietrzyk franchissant la ligne d'arrivée d'une épreuve d'Hyrox les jambes, chaussures et chaussettes souillées de matière fécale. Victime d'une fuite fécale en pleine course, elle a malgré tout poursuivi l'épreuve jusqu'à la victoire. Un épisode spectaculaire qui n'est pas inédit dans le sport d'endurance. On se souvient en 2016 du Français Yohann Diniz victime de troubles intestinaux majeurs lors du 50 km marche des Jeux de Rio. Mais au-delà de problèmes de santé au moment de l'effort, les conséquences peuvent se révéler durables.
3 fois plus de risque
Plusieurs travaux ont mis en évidence une association entre pratique sportive intensive et incontinence anale, notamment chez les femmes. En 2011, une équipe française a étudié 393 femmes âgées de 18 à 40 ans, dont 169 pratiquaient un sport de manière intensive. L'incontinence anale concernait 14,8 % des femmes du groupe « sport intensif », contre 4,9 % pour les autres. En éliminant tous les autres facteurs de risques, les auteurs de l'étude ont conclu que la pratique du sport de haut niveau triplait le risque d'incontinence anale. A noter cependant que dans 84 % des cas d'incontinence anale du groupe sportif se traduisait principalement par des pertes de gaz, et pas nécessairement par une incontinence fécale.
Le plancher pelvien sous pression
L'explication du lien entre pratique sportive intensive et troubles de la continence est à chercher du côté du plancher pelvien. Cet ensemble de muscles situés en bas du bassin, plus connu sous le nom de périnée, permet notamment de contrôler les écoulements d'urines, gaz et selles. Lors d'un effort intense, il est soumis à l'augmentation des pressions abdominales et aux contraintes mécaniques. Les sports avec des impacts répétés, des sauts ou des accélérations peuvent donc le solliciter fortement et à terme le fragiliser. Le risque est accru chez les femmes qui ont généralement un plancher pelvien plus fragile et peuvent connaître des modifications de leur corps liées à la prise d'hormones ou à d'éventuelles grossesses.
La course à pied n'est donc pas la seule pratique concernée. Des travaux mettent aussi en évidence le phénomène chez les championnes de trampolines, d'escalade, chez les rugbywomen encore les cyclistes. Une étude de 2021 menée auprès de 319 gymnastes et cheerleaders de niveau national en Norvège a retrouvé une prévalence de 84 % d'incontinence anale.
Un problème qui peut devenir durable ?
Le problème peut-il devenir durable ? C'est l'un des principaux angles morts de la recherche. Les études disponibles ne permettent pas, pour l'essentiel, de savoir combien de temps persistent les symptômes ni s'ils disparaissent lorsque l'effort est réduit ou interrompu. Une étude de 2017 juge ainsi qu'avec l'état actuel de la recherche sur le sujet « il n'est pas possible de tirer de conclusions définitives quant à savoir si la pratique intensive d'une activité physique exerce une influence positive ou négative sur le soutien et le fonctionnement du plancher pelvien ». La littérature porte en effet jusqu'à aujourd'hui beaucoup plus sur l'incontinence urinaire que fécale, et majoritairement sur les sportives femmes. Il est donc impossible d'affirmer qu'une fuite fécale survenant pendant un effort intense annonce une incontinence chronique. À l'inverse, on ne peut pas exclure que certains symptômes persistent chez certaines sportives, notamment lorsqu'ils sont associés à d'autres facteurs de risque ou à une atteinte du sphincter anal ou du plancher pelvien.
Un sujet tabou
La problématique reste en tout cas peu évoquée dans le milieu sportif. Une autre étude menée auprès de jeunes athlètes d'élite à Lima (Pérou) révélait que parmi les 142 sportifs présentant au moins un trouble du plancher pelvien, 78,2 % n'en avaient jamais parlé et 95,1 % n'avaient pas recherché de prise en charge spécialisée. Plusieurs recherches appellent donc à mieux intégrer le dépistage de la santé pelvienne dans le milieu du sport de haut niveau. Lever le tabou permettrait aussi de prévenir des conséquences psychologiques de cette affection (honte, anxiété, conséquences sur la pratique sportive…).
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