Isabelle Saurat : accessibilité, elle promet des résultats!

En janvier 2023, Isabelle Saurat est nommée déléguée interministérielle à l'accessibilité. Un tout nouveau poste mais qui sert à quoi ? Champ d'action, moyens, priorités... Comment s'organise sa mission ? Son credo, "des résultats", et elle y croit !

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Handicap.fr : Quel est votre trait de caractère dominant ?
Isabelle Saurat : Je suis orientée "résultats". Je sais quel est l'objectif à atteindre et on va l'atteindre.
 
H.fr : En un seul mot, quel est votre cap prioritaire en faveur de l'accessibilité ?
IS : Accélération !
 
H.fr : Et en détaillant un peu plus ?
IS : C'est réussir l'accélération de l'accessibilité décidée lors de la Conférence nationale du handicap du 26 avril 2023. A peu près tous les acteurs sur le sujet considèrent que nous ne sommes pas allés assez vite, que ce soit sur les bâtiments ou le numérique (Lire : 18 ans après la loi de 2005 : l'accessibilité, une chimère?). C'est ce que j'entends depuis que j'ai pris mes fonctions. Ce passage à la vitesse supérieure me semble donc légitime, et divers outils sont à disposition pour réussir.

H.fr : Cela sous-entend-il que les bases existent et qu'il suffit maintenant de mettre en œuvre ce qui a déjà été imaginé ?
IS : Non, je ne dirais pas ça. On connait nos obligations et il y a probablement des choses qui manquent dans nos dispositifs, notamment sur les questions de formation en particulier sur l'accessibilité numérique parce que tout le monde n'a pas encore une vraie compréhension du sujet. Il y a encore pas mal d'obstacles, notamment au niveau réglementaire que nous devons faire tomber. Et puis l'Etat n'est pas seul aux manettes ; lorsqu'on décide de mettre une voirie en accessibilité, il y a une multitude d'acteurs (privé, collectivités, administration…) qui ont chacun la responsabilité de coopérer et, pour que tous soient bien alignés, il faut parfois du temps. En tout état de cause, mon rôle est de me placer du point de vue de l'usager.

H.fr : Votre poste a été créé en décembre 2022. Quelle différence avec la fonction de Carole Guéchi, déléguée ministérielle à l'Accessibilité ?
IS : La déléguée ministérielle, avec laquelle je collabore évidemment, est la tête de chaîne de tous ceux qui travaillent sur l'accessibilité du bâti et des transports, en bénéficiant du support technique du ministère de la Transition écologique et des collectivités territoriales. Moi, en tant que délégation "interministérielle", je suis sur des volets plus transversaux que sont l'accessibilité physique, numérique et téléphonique (Lire : La déléguée interministérielle à l'accessibilité est nommée). C'est une approche plus globale, dans un rôle de pilotage et d'appui, avec la volonté d'impliquer tous les ministères concernés et de les faire fonctionner ensemble. Et, lorsqu'il y a des débats compliqués, je peux intervenir pour essayer de les faire converger.

H.fr : Combien de ministères sont impliqués dans cette question ?
IS : Cinq : économie, transformation et fonction publique, transition écologique, solidarité, handicap*. Mais mon interlocuteur de tous les jours -je suis d'ailleurs dans ses locaux- reste le cabinet de Fadila Khattabi, ministre déléguée aux Personnes handicapées.

H.fr : Votre champ d'action se limite à ces cinq ministères ? Certains s'étonnaient que l'Education nationale ne figure pas dans votre giron...
IS : Non, cinq, c'est juste le nombre de ceux qui m'ont nommée dans le décret d'application, avec Emmanuel Macron et Elisabeth Borne. Mais si j'apporte des sujets qui concernent d'autres ministères, je peux les interpeller.

H.fr : De quels moyens humains disposez-vous pour mener vos actions ?
IS : Le principe d'une délégation interministérielle, c'est d'être restreinte car nous n'avons pas vocation à remplacer ce qui existe déjà dans les ministères. Nous sommes cinq pour le moment et huit dans les semaines à venir.

H.fr : Quelle est la durée de votre mandat ?
IS : Il n'y a pas de durée de mandat car je suis nommée en Conseil des ministres, ce qui peut être défait par un autre Conseil des ministres.  

H.fr : Votre mot d'ordre est "résultats". Vous qui venez de l'armée, quels seront les critères qui vous permettront de savoir que votre mission est accomplie ?
IS : J'ai établi une feuille de route, discutée avec tous les acteurs ministériels, avec les axes prioritaires et les résultats attendus, d'abord fin 2023, puis une autre vague fin 2024 et fin 2025. Une fois signée par les cinq ministres, celle-ci sera rendue publique.

H.fr : En prenant vos fonctions, y-a-t-il quelque chose qui vous a surprise ?
IS : Oui. Qu'il y ait si peu de chiffres sur l'accessibilité. Or comment peut-on piloter une politique publique si on n'a pas de données, de façon régulière et automatique ? J'en ai vraiment besoin. Par exemple, aujourd'hui, on est incapable de savoir combien de boulangeries sont accessibles. Et ce n'est pas parce que ça n'a jamais été fait que ce n'est pas possible. Après, si on se rend compte qu'il y a des disparités selon les types de commerce, on ira discuter avec les filières professionnelles pour savoir comment accélérer le mouvement. Idem pour les sites internet, difficile de connaître leur niveau d'accessibilité à grande échelle. Cela fait partie de nos objectifs.

H.fr : Quelles sont vos priorités ?
IS : Le premier axe, c'est la mise en œuvre de certaines mesures décidées lors de la CNH, par exemple le Fonds territorial d'accessibilité ou la relance des 1 000 ambassadeurs de l'accessibilité avec l'objectif de 200 jeunes en service civique en fin d'année. Le deuxième, c'est le pilotage de la solution universelle de l'accessibilité téléphonique. Et, le troisième, c'est de développer des outils pour conduire la politique publique de l'accessibilité ; concrètement, c'est mettre en œuvre le pilotage du réseau des sous-préfets référents handicap et inclusion nommés fin 2022 mais aussi travailler sur la sensibilisation des acteurs institutionnels et la mise en place d'un observatoire de l'accessibilité (Lire : Nouveau : les sous-préfets au handicap sont au travail). Je voudrais également avancer sur l'innovation.

H.fr : Vous êtes donc également chargée d'intervenir dans les territoires...
IS : Oui, il n'y a pas que le volet administration centrale, et ce travail avec les collectivités locales est essentiel. Je vais régulièrement sur le terrain à la rencontre des élus et des associations, via ce réseau de sous-préfets. Nous leur avons fait passer un kit de sensibilisation sur l'accessibilité pour approfondir leurs connaissances et nous allons leur proposer une formation  pour qu'ils soient plus efficaces.

H.fr : Vous sentez des réticences sur le terrain, les choses ont du mal à bouger ?
IS : Non, au contraire, les collectivités connaissent parfaitement leur affaire et nous font part des difficultés qu'elles rencontrent, notamment financières. Ma spécialité, ce n'est pas l'accessibilité mais l'administration, à savoir comment appliquer une politique publique concrètement. Mon rôle est donc de faire remonter les problématiques de terrain jusqu'aux ministères.

H.fr : En à peine huit mois, vous en êtes au stade du bilan ?
IS : Oui mais je le fais en marchant. Au bout de trois mois, j'ai fait ce qu'on appelle un "rapport d'étonnement", que je suis allée présenter à mes principaux interlocuteurs, Matignon, Elysée, ministères... pour vérifier que ma façon de voir les choses était la bonne. Et, seulement après, j'ai rédigé ma feuille de route qui sera bientôt présentée à Fadila Khattabi, récemment nommée. Il y aura peut-être des évolutions car chaque ministre apporte sa pierre. Donc, quand je vous dis j'avance en marchant, rien n'est figé et je m'adapte selon ce que j'entends dans la vraie vie et auprès des associations de personnes handicapées. Le système est complexe, éclaté, avec un grand nombre d'interlocuteurs, alors ce qui m'intéresse c'est de trouver l'endroit, le moment, où je pourrai dénouer le nœud.

*Ministère de l'Economie et des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, Bruno Le Maire ; de la Transition écologique et de la cohésion des territoires, Christophe Béchu ; des Solidarités et des familles, Aurore Bergé : de la Transformation et de la fonction publique, Stanislas Guérini ; des Personnes handicapées, Fadila Khattabi.

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