Maltraitances en IME: BD saisissante sur l'affaire Moussaron

Des images crues, des textes glaçants... La BD "Soigne, maltraite et tais-toi" relate le parcours de la lanceuse d'alerte Céline Boussié, qui, en 2013, dénonça les maltraitances subies par les 80 enfants polyhandicapés de l'IME Moussaron. Saisissant

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Couverture du livre 'Soigne, maltraite et tais-toi !'

 Gilet de contention fixé au sommier, enfant d'1m70 dans un lit d'1m20, pyjama plein de « pisse, de selle et de sperme »... « Quelque chose ne va pas à Moussaron ! », alerte Céline Boussié. La bande-dessinée Soigne, maltraite et tais-toi ! (éditions La boîte à bulles), en librairie depuis le 13 septembre 2023, met en images le parcours de cette lanceuse d'alerte ayant dénoncé les conditions de vie « inhumaines » des résidents de l'institut médico-éducatif (IME) de Moussaron (Gers). Avec beaucoup de force, les auteurs, Ferenc et Sanz, racontent la lutte d'une femme prête à se jeter corps et âme dans la bataille pour porter la voix de 80 enfants et jeunes adultes en situation de handicap.

D'autres éducateurs condamnés

« Pour la première fois de ma vie, je sens mon ventre se tordre et la peur me gagner... », relate l'ouvrage de 128 pages. Dans la première partie, Ferenc plonge le lecteur au cœur des doutes et des souffrances de Céline Boussié en tant qu'aide médico-psychologique. C'est en 2008 que l'enfer commence. Elle découvre des résidents attachés aux lits, des enfants entassés les uns sur les autres, assiste à deux accidents graves... Après cinq ans en CDI, ses réflexions et sa volonté de changer les choses agacent de plus en plus. Un jour, elle entend ses collègues dire qu'une autre « affaire Moussaron » risque d'éclater. La jeune femme découvre que trois éducateurs ont déjà dénoncé des maltraitances mais ont été condamnés pour diffamation. Elle, ira jusqu'au bout. Commence un impressionnant travail d'enquête, un marathon éprouvant pour faire éclater la vérité, finalement reconnue par la justice en 2017 (Lire : Elle dénonce la maltraitance: la justice lui donne raison !). La deuxième partie de l'ouvrage relate ses affrontements avec les institutions, l'hypocrisie des politiques, la haine des salariés de Moussaron, les menaces de mort...

Des images crues

Les images de cet ouvrage permettent, quant à elles, une immersion... déroutante. « J'ai été retournée par certains dessins qui peuvent paraître parfois crus mais témoignent de ce qu'ont vécu les enfants, sans filtre », révèle Céline Boussié. Le dessinateur François Sanz l'a rencontrée « pour récupérer de la documentation mais aussi pour qu'elle lui décrive des scènes, des postures, pour les retranscrire au plus près de la réalité, explique Ferenc. Il s'est aussi rendu dans un IME pour rencontrer des enfants polyhandicapés. Si on ne vit pas avec un proche polyhandicapé, on n'en connait souvent très peu sur le sujet. Ce sont des gens invisibilisés. Ici, on découvre aussi leur quotidien. »

Un parcours épuisant et dangereux

« Je ne suis resté que quelques jours dans le Gers à recueillir ce qu'il me fallait d'images et de témoignages pour raconter et démontrer les horreurs du château de Moussaron », écrit Nicolas Bourgoin, réalisateur du documentaire diffusé dans Zone interdite sur M6 en 2014, qui a signé la préface de la BD. « Quelques jours seulement pour être hanté aujourd'hui encore [...]. Céline elle, s'est battue pendant plus de dix ans, sans jamais rien lâcher. Rien. Pour que ces enfants différents aient droit au respect. Juste le respect de vivre décemment. C'est ce long chemin de lutte qui est relaté dans les pages qui suivent. C'est bluffant, les gens qui n'abandonnent pas. » « L'accompagnement des lanceurs d'alerte par des journalistes est essentiel, martèle Céline Boussié. Sans 'Zone interdite', j'aurais été condamnée pour diffamation. » De son côté, Ferenc estime que « lancer l'alerte, c'est mettre en marche une machine folle, aux engrenages médiatiques, juridiques et financiers dangereux. C'est entamer un parcours épuisant et profondément injuste. Parce qu'alerter c'est s'exposer, se rendre vulnérable ».

Ce livre, un uppercut

« J'étais fière du livre que j'ai écrit, 'Les enfants du silence' (ndlr : Lire : C. Boussié dénonce les maltraitances d'un IME : livre cash !). Je pensais qu'il serait la catharsis absolue. Mais, j'éprouve une bien plus grande fierté encore avec 'Soigne, maltraite et tais-toi !', admet Céline Boussié. Sa lecture m'a fait l'effet d'un uppercut. Les personnages sont sortis des cases. Tout a repris vie devant mes yeux. C'est d'un réalisme saisissant. » Cette BD est le « dernier geste pour respecter la promesse faite aux parents des enfants maltraités d'aller jusqu'au bout », conclut-elle.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
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