Audrey, 25 ans, tétraplégique : nouveau visage de la mode ?

Pour ses 40 ans d'existence, Kiabi a misé sur Audrey, 25 ans, en fauteuil roulant, renouvelant ainsi son engagement en matière de handicap. Un pari réussi pour la marque et un nouveau défi relevé pour cette jeune femme inspirante et ambitieuse.

13 décembre 2018 • Par

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Après le lancement d'une collection de vêtements adaptés aux enfants en situation de handicap, Kiabi met une nouvelle fois le handicap à l'honneur. Sa nouvelle égérie est en fauteuil roulant. Audrey Laporte, 25 ans, est tétraplégique incomplète depuis sa naissance. Kiabi l'a choisie pour la campagne publicitaire des 40 ans de la marque. Elle passe ainsi de traductrice à mannequin. Une expérience enrichissante qui a commencé sur la Toile…

Une photo « plain-roulettes »

L'enseigne de prêt-à-porter organise chaque année, depuis neuf ans, un jeu concours pour trouver le visage de sa nouvelle campagne. Le casting « ouvert à tous » met les internautes à contribution. Le profil qui récolte le plus de « likes » a de fortes chances de représenter la marque. Audrey avait déjà pensé y participer mais s'y était prise trop tard. Cette année, pas question de louper le coche ! Elle envoie son formulaire d'inscription comme n'importe quel autre candidat, à une exception près… « On nous demande d'envoyer deux photos : un portrait et une de plain-pied. C'est assez drôle pour une personne en fauteuil ! ». Heureusement pour Kiabi, Audrey est connue pour sa positive attitude et son humour. « Je tourne souvent mon handicap en dérision, le rire est essentiel pour relativiser et positiver dans les moments compliqués. Ils voulaient une photo de plain-pied, j'en ai envoyé une 'plain-roulettes' ! », sourit la jeune femme. A sa « grande surprise », sa photo récolte de nombreux votes. « Ma candidature a pris beaucoup d'ampleur, je ne m'y attendais pas du tout ! Mais rien n'était joué, la décision finale appartenait à Kiabi… », raconte-t-elle humblement. Sa popularité dépassant les frontières du web, la marque décide de la choisir. 

Encore des progrès à faire

Direction Bruxelles pour le shooting ! Malgré son optimisme, elle appréhende également le regard que vont poser les organisateurs et autres participants sur son handicap. « Ça reste le milieu de la mode, j'avais peur de tomber sur des gens prétentieux et hautains ». Finalement, tout se passe à merveille, Audrey découvre des « gens simples, très sympas » qui la « mettent à l'aise ». La jeune femme n'est pas « dupe » pour autant et estime qu'il reste encore un bon bout de chemin à faire en matière d'inclusion. « Même s'il y a des évolutions, le monde de la mode est encore trop fermé aux personnes en situation de handicap, a fortiori en France. » Lorsque des représentants de la marque l'ont contactée la première fois, ils lui ont confié vouloir travailler avec elle mais devoir réfléchir à la manière de « l'inclure » sans que cela ressemble à un « coup de com ». « C'est triste que le fait de choisir une personne en situation de handicap soit perçu comme de la communication. Il serait temps qu'on commence à s'intéresser à la personne assise dans le fauteuil plutôt qu'à celui-ci. Que devons-nous comprendre ? Qu'une femme 'à roulettes' ne peut pas être jolie et prendre soin d'elle et que si on la choisit ce n'est pas pour ses qualités mais en raison de son handicap ? », se révolte Audrey.

De top-modèle à modèle

Aujourd'hui, elle veut devenir le porte-étendard d'une beauté « différente » et montrer que chacun a sa place sur les podiums et dans les magazines. Elle souhaite, par ce biais, transmettre un message clair : « L'accessibilité doit être prise au sérieux pour que plus personne ne se sente exclu. Il est grand temps que les beaux discours cessent et laissent place à des actions concrètes ».  Toujours prête à relever de nouveaux défis, Audrey souhaite désormais se lancer dans une aventure insolite : collaborer avec une agence de voyages pour tester des séjours adaptés. « Il est insupportable de voir que certains sont contraints d'abandonner leur rêve d'évasion par manque d'accessibilité », s'indigne la jeune femme. En attendant de trouver une entreprise prête à tenter l'expérience, Audrey a créé un blog sur lequel elle raconte toutes ses aventures et où elle compte bien ajouter ses futurs périples. 

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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