« Le football unit le monde », aime à dire Gianni Infantino, président de la Fédération internationale de football association (FIFA). Le slogan est séduisant. Mais, à la lecture des conditions de billetterie de la Coupe du monde 2026, les supporters en situation de handicap ont surtout l'impression d'en être exclus. En décembre 2025, un courrier du réseau Football supporters Europe (FSE) adressé à Gianni Infantino a mis le feu aux poudres. Révélé par L'Équipe, ce document de trois pages pointe sans détour des « discriminations » et un « risque d'exclusion ».
Faire payer l'accompagnant : une décision inédite qui fait débat
Dans sa missive, l'organisation qui représente des associations de supporters à travers le Vieux continent dénonce notamment « la décision incompréhensible de la FIFA de faire payer les accompagnateurs pour la première fois dans l'histoire de la Coupe du monde ». FSE rappelle que l'accès au stade ne se résume pas à une place assise : pour de nombreux fans en situation de handicap, la présence d'un accompagnateur n'est pas un choix mais une nécessité. Il est souvent indispensable pour se déplacer, s'installer, gérer les imprévus. Faire payer cette seconde place revient, selon lui, à ériger une barrière financière supplémentaire là où l'inclusion devrait être la règle. « Il s'agit d'une taxe injuste que la FIFA leur impose, ne laissant que deux options : payer le double ou rester chez elles », s'insurge-t-il.
Des billets plus chers pour les mêmes matchs
Autre carton rouge : des tarifs « exorbitants » (entre 118 et 383 euros pour un match de groupe au plus bas, et a minima 3 550 euros pour la finale). « C'est tout à fait sans précédent », déplore le courrier écrit au nom du Disability & inclusion fan network, la branche « inclusion et handicap » du FSE. « Lors des grands tournois internationaux, les places pour les personnes en fauteuil roulant et les places accessibles sont généralement proposées dans la catégorie la moins chère ou à un tarif réduit (à partir de 10 euros en 2022), afin de tenir compte des obstacles et des coûts supplémentaires auxquels sont confrontés les supporters en situation de handicap » (transport adapté, hébergement spécifique, matériel...), explique-t-il. Le réseau européen regrette une politique tarifaire « en total décalage avec les engagements affichés » par l'instance internationale. Le message est clair : l'accessibilité ne peut pas être un luxe.
Une promesse d'inclusion et d'« héritage positif » qui vacille
Le Mondial 2026, organisé du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique, se veut celle de la « démesure » (avec trois pays hôtes, cinq semaines de compétition, 48 équipes engagées, 104 matchs programmés...) et de « l'héritage positif ». Mais quel héritage laissera-t-il si une partie des supporters restent « sur le banc » ? Dans son courrier, le FSE rappelle que l'inclusion des personnes en situation de handicap fait partie des engagements publics de la FIFA. « La véritable inclusion n'est pas symbolique ou purement verbale : elle nécessite des mesures qui reconnaissent les désavantages structurels et suppriment les obstacles plutôt que de les renforcer », souligne-t-il.
La FIFA sommer de jouer collectif
Par conséquent, FSE appelle l'instance internationale à revoir sa copie et à garantir un accès équitable aux stades. Il réclame une billetterie réellement inclusive, avec des prix revus à la baisse, un plafond de revente sur la plateforme officielle et le rétablissement de la gratuité pour les accompagnateurs. La balle est désormais dans le camp de la FIFA, qui n'a, pour l'heure, pas encore répondu publiquement à cette interpellation.
© Изображения пользователя hlopotov_alexandr / Canva






