Municipales : Eleonore Laloux, candidate "triso et alors!"

"Je ne suis pas un poison, j'ai un chromosome en plus, c'est tout", clamait Eleonore Laloux dans son livre "Triso et alors !", en 2014. En 2020, elle figure sur la liste "Arras pour vous". Une 1ère et une fierté pour cette militante de l'inclusion.

11 février 2020 • Par

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Eleonore Laloux sera-t-elle la première élue municipale porteuse de trisomie 21, en France ? Cette trentenaire a bien plus qu'un « chromosome en plus » ! « Je suis positive, carrée et déterminée. Je suis une fille qui sait ce qu'elle veut », affirme-t-elle, auprès de France 3. « Il y a deux ans, j'avais demandé à Eléonore : 'Au regard de tout ce que tu fais pour la ville, as-tu déjà pensé à être candidate avec moi pour les élections municipales ?' », raconte sur sa page Facebook Frédéric Leturque, le maire sortant. Elle y a réfléchi et est là aujourd'hui ! » Éléonore Laloux intègre donc la liste, en position éligible, « Arras pour vous », « avec toute sa fraîcheur, sa franchise et sa positive attitude ». Son objectif ? « Amener du pep's et de la couleur » et améliorer l'accessibilité de cette commune du Pas-de-Calais. Son credo : Arras pour tous ?

Enrichissement mutuel

« Eleonore ne sera pas une élue comme les autres mais une élue à part entière. Elle sera accompagnée par Sylvie Noclercq, sa marraine de cœur en quelque sorte, tandis que nous serons coachés pour relever ce défi ensemble », poursuit Frédéric Leturque, qui ne cache pas son enthousiasme à l'idée de cet « enrichissement mutuel ». « C'est une fierté, répond la jeune femme, j'ai hâte d'être élue. » L'objet de son impatience ? L'inclusion. « On n'en parle pas assez, déplore-t-elle, ce sera l'occasion d'en faire plus. » Porte-parole de l'association « Les amis d'Eleonore », créée par ses parents en 2010, elle milite pour une vie autonome et et lutte contre la stigmatisation à l'égard des personnes trisomiques. Pour ce faire, Eléonore Laloux a multiplié les interventions auprès de responsables politiques pour les sensibiliser à la situation des personnes trisomiques. A 24 ans, elle a fait une intervention remarquée au ministère de la Santé, bien décidée à prouver qu'elle n'était pas une « aberration chromosomique », condamnée à la mort ou au milieu protégé. Elle a également été reçue à l'Elysée pendant le quinquennat de François Hollande et s'est exprimée devant les membres du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Aux récalcitrants, elle dédicace, en 2014, son livre Triso, et alors ! (éditions Max Milo), véritable hymne à la différence (article en lien ci-dessous). Un « petit bijou » dans lequel elle partage les combats menés pour s'intégrer et les obstacles rencontrés.

Une vie autonome

Après des études en milieu ordinaire, elle travaille depuis 14 ans en tant qu'agent administrative au sein de l'hôpital d'Arras et vit au sein de l'Ilôt Bon secours, une résidence adaptée et intergénérationnelle. A l'initiative ? Emmanuel Laloux, président de l'association Down up, qui milite pour les droits des personnes présentant une déficience intellectuelle, convaincu que « le vivre ensemble est une solution à la situation de handicap ». « On a toujours voulu qu'Eléonore, née différente, puisse vivre comme tout le monde », explique-t-il. Et d'ajouter : « Quand on regarde une personne par ses incompétences ou sa déficience, elle va se comporter comme une personne déficiente, alors que si on porte le regard sur ses compétences, elle peut développer ses capacités. » Cet habitat inclusif, et le quotidien d'une dizaine de ses locataires porteurs de trisomie, notamment Eleonore, sont mis en lumière dans le documentaire de Laurent Boileau, J'irai décrocher la lune, en salle le 18 mars 2020, en pleine période électorales... Un tract de 92 mn ?

Mettre fin à la "culture de l'assistanat"

Emmanuel Laloux attend (im)patiemment un changement dans les pratiques et les mentalités. « En France, on a la culture de l'assistanat, déplore-t-il auprès de l'AFP. Nous considérons qu'une personne en situation de handicap doit être accompagnée, mais pas assistée. » Il juge « intéressante » la démarche de sa fille concernant les élections municipales à condition qu'il y ait, de la part des autres élus, « une vraie prise en considération des besoins d'Eléonore en termes d'accessibilité intellectuelle ». Le maire d'Arras se dit conscient de ces enjeux. « Eléonore m'a conduit à composer l'équipe municipale en pensant à son intégration dans un environnement cohérent », explique-t-il à l'AFPL'objectif est de travailler l'inclusion, pas de jouer sur sa différence. »

De son côté, Emmanuel Macron a exhorté les Français à « bousculer les candidats aux municipales » sur le sujet du handicap et de l'accessibilité, lors de la Conférence nationale du handicap, le 11 février 2020, tandis que Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat au handicap, lançait un « appel à tous les partis politiques » pour « faire une place aux personnes handicapées » sur les listes.

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