« "Nabot", "Passe-partout", on l'a quotidiennement ». À 48 ans, Arnaud Caille connaît par cœur les moqueries visant les personnes de petite taille. Dans le livre 'Pour quelques centimètres en moins', paru début 2026 aux Éditions Cherche Midi, ce membre de l'Association des personnes de petite taille (APPT) livre un témoignage brut sur le regard porté sur le nanisme et le handicap en France. « Ce qui me marque le plus, c'est la régression qu'on a vis-à-vis de la petite taille. C'était beaucoup plus simple il y a 30 ans », regrette-t-il. Si sa scolarité s'est déroulée sans encombre, il observe désormais une dégradation flagrante du respect d'autrui, souvent amplifiée par un « effet de groupe » dévastateur. Coups de coude, chuchotements déplacés et ricanements font désormais partie de sa routine subie dans l'espace public. Une parole qui résonne dans un pays où près de 10 000 personnes vivraient avec une forme de nanisme, selon les associations spécialisées (En France, 10 000 personnes de petite taille "prennent cher").
Photos volées et réseaux sociaux : « Il n'y a plus de répit »
Dans les transports, dans les commerces ou sur Internet, les humiliations se poursuivent. « Ce matin, j'ai pris les transports, je suis persuadé qu'il y a eu des moqueries », raconte Arnaud, las. Plus encore que les regards, il dénonce les « photos volées », prises à son insu puis diffusées sur les réseaux sociaux. « Les réseaux, soi-disant sociaux, il n'y a pas d'horaire. Il n'y a plus de répit, souffle-t-il. Pour de nombreuses personnes en situation de handicap, ces micro-agressions répétées participent à un climat de harcèlement permanent, encore largement minimisé dans le débat public.
Handicap et petite taille : un déficit de sensibilisation
Pour Arnaud, cette hostilité ordinaire prend sa source dans un déficit flagrant d'éducation et de responsabilité parentale. Il se souvient d'une scène récente dans un magasin : des enfants se moquent de lui sous le regard passif de leurs parents. « Le père m'a répondu : "Ils n'ont que 3 ans" ». Une passivité qui l'interroge : à quel âge faut-il donc commencer à sensibiliser à la différence, alors même que ces bambins se destinent à une entrée prochaine à l'école ? Le manque de réaction des adultes ne fait qu'ancrer les biais discriminatoires dès l'enfance.
Vingt-et-un ans après la loi Handicap de 2005, il estime que « ça avance, mais trop lentement ». Il dénonce aussi certaines représentations médiatiques qui continuent, selon lui, à enfermer les personnes de petite taille dans le divertissement ou la caricature, citant tour à tour la célèbre émission Fort Boyard ou encore les récents faits divers à base de « combats » ou de « lancés » de nains (Un combat de "nains" dans une discothèque fait scandale).
« Faire basculer les gens du bon côté »
Malgré cette fatigue sociale, Arnaud veut croire à une évolution des mentalités. « Je suis convaincu qu'on va faire changer des avis sur le nanisme, souvent par méconnaissance », affirme-t-il. À travers son témoignage, comme ceux réunis dans Pour quelques centimètres en moins, et son engagement au sein de l'APPT, il espère remettre de la bienveillance et du respect dans le débat social.
©Capture écran / Clotilde Costil



