Pourquoi dit-on "langue" et pas "langage" des signes ?

Ne dites plus "langage des signes" car cette formulation couramment employée est fausse et réductrice. À l'occasion de la Journée internationale des langues des signes, le 23 septembre, nous vous expliquons pourquoi.

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Le drapeau sourd, composé d'une main bleue claire sur un fond bleu foncé, flotte

Alors que le monde célèbre la Journée internationale des langues des signes - fêtée le 23 septembre de chaque année en référence à la création de la Fédération mondiale des sourds -, la langue des signes française (LSF) est toujours sujette à un abus de langage bien ancré. Si la LSF est reconnue officiellement comme une langue à part entière depuis 2005, grâce à la loi sur le handicap adoptée la même année, certains continuent à utiliser la formulation « langage des signes ». Cette dernière est fausse, et ce pour plusieurs raisons. Grammaire, syntaxe et vocabulaire sont autant de spécificités de la LSF qui font d'elle une langue, comme l'explique la Fédération nationale des sourds de France : « La langue des signes française est une langue naturelle qui possède les mêmes propriétés linguistiques que les langues parlées. »

Des « accents » existent en LSF ?

Au même titre que ces langues orales, la LSF dispose donc de signes différents selon la région où elle est employée. Ainsi, pour signer le mot « maman », pourtant l'un des premiers que les enfants apprennent à articuler, il n'existe pas moins de quatre signes distincts sur Elix. Ce dictionnaire français-LSF en ligne recense une majorité de signes s'effectuant près de la joue, mais avec des configurations de la main - soit la façon de positionner ses doigts - totalement différentes. Un équivalent aux accents que tout le monde connaît, et qui sont si distincts entre le Nord et le Sud de la France.

Des expressions qui ne peuvent pas être traduites

« Il pleut des cordes » est une expression typiquement française, mais saviez-vous que la LSF en possède aussi ? À l'instar de toutes les autres langues orales, la langue des signes française possède également des expressions qui lui sont propres. Ces dernières sont appelées « pi sourd » et n'ont pas de traduction directe en français, signe supplémentaire qu'il ne s'agit pas d'un langage. Ainsi, vous pouvez exprimer, d'un unique geste de la main, que vous avez déjà effectué une tâche ou vécu une situation, alors que le français demande plusieurs mots pour traduire la même idée.

Langage et langue : quelle différence ?

Du point de vue linguistique, les deux termes ont également des significations différentes. Un langage désigne, d'après le travail du linguiste Ferdinand de Saussure, la capacité que chaque personne possède pour communiquer avec autrui : c'est une compétence innée. La langue est l'outil qui sert à cette communication : elle s'apprend et constitue un système complexe. Réduire la LSF à un « langage » revient donc à occulter cela. Par exemple, on utilise ce terme pour désigner le code informatique ou les interactions entre animaux, qui sont loin d'être des langues à part entière.

Une histoire rendue invisible

Dire « langage des signes » revient également à passer sous silence l'histoire de la LSF. En effet, toutes les langues parlées dans le monde ont leur propre histoire, proviennent d'une culture différente qui les nourrit et les fait évoluer au fil du temps. C'est une caractéristique supplémentaire de ce que l'on considère comme une langue. Et la LSF n'y échappe pas. Le XVIIIe siècle marque le début de la reconnaissance de la langue des signes en France avec l'abbé de l'Épée, prêtre entendant, qui rencontre, à cette période, deux sœurs sourdes signantes. À leurs côtés, il crée ainsi la première école gratuite pour sourds à Paris, en 1760, devenue l'Institut national des jeunes sourds (INJS). L'homme n'a toutefois pas inventé cette langue, utilisée naturellement par les communautés sourdes pour communiquer. Il en a simplement favorisé l'enseignement dans un établissement spécialisé.

Le tournant du congrès de Milan

En parallèle, d'autres écoles ouvrent dans le reste du monde, notamment en Europe et aux États-Unis, permettant une plus grande visibilité de la culture sourde. Pourtant, l'année 1880 vient brusquement couper cet élan avec le congrès de Milan. Là-bas, enseignants et scientifiques se réunissent pour le « Congrès international sur l'amélioration du sort des sourds-muets ». « Langue de singes » ou encore « langage inférieur » sont autant d'expressions employées pour la désigner, accompagnées de théories loufoques comme celle selon laquelle cette langue favoriserait la tuberculose. La conséquence est radicale : la LSF est interdite des écoles françaises et seule la méthode orale devra être utilisée.

Le « réveil Sourd »

Ce n'est qu'un siècle plus tard, en 1991, que la langue des signes est de nouveau autorisée dans les écoles en France. Cette avancée majeure est le résultat d'un mouvement de contestation et de mobilisation pour la reconnaissance de cette culture, appelé le « réveil Sourd ». L'une des étapes clés de cette période remonte à 1976 avec la création de l'International visual theatre (IVT) à Paris, théâtre programmant des pièces en LSF mais dispensant également des cours. La lutte pour la reconnaissance de cette langue se poursuit jusqu'à aujourd'hui et une proposition de loi a même été déposée, en 2021, pour inscrire la LSF dans la Constitution française comme « langue de la République » (La LSF un jour inscrite dans notre Constitution).

Crédit photo : Arnaub Ballard

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Pauline Royer, journaliste Handicap.fr"
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