Handicap.fr : Combien de personnes sont prises en charge pour des brûlures chaque année ?
François Depret : Tous types de brûlures confondues, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont concernées chaque année. Entre 4 000 et 4 500 patients nécessitent une hospitalisation. Parmi eux, environ 20 % finissent en soins critiques et en réanimation. La grande majorité de ceux-ci sont orientés vers un centre de traitement des brûlés.
H.fr : Il existe 18 centres de traitement des brûlés en France. Qu'est-ce qui détermine que des patients nécessitent une hospitalisation simple, et que d'autres sont envoyés dans l'un de ces centres ?
FD : Quand on considère que le risque vital peut être engagé, le patient est dirigé dans un centre de traitement des brûlés. Nous évaluons au cas par cas, selon des critères, pour déterminer la gravité des brûlures : sont-elles étendues et sont-elles profondes ? Plus la brûlure est étendue – on parle chez l'adulte de plus de 20 % de surface cutanée brûlée – plus les conséquences sont nombreuses pour l'ensemble de l'organisme. La profondeur de la brûlure, par ailleurs, permet de déterminer si une chirurgie est nécessaire. On considère qu'une brûlure est grave quand plus de 5 % de la peau est brûlée au troisième degré [une lésion qui touche les trois couches de la peau, c'est-à-dire l'épiderme, le derme et l'hypoderme, ndlr]. Dernier élément : le risque s'accroit quand il existe des brûlures profondes dans des zones à risque fonctionnel comme les mains, le périnée, le visage ou les pieds.
H.fr : Combien de temps les patients restent-ils en centre de traitement des brûlés ?
FD : En moyenne on compte un jour d'hospitalisation par pourcentage de surface cutanée brûlée. Donc pour un patient brûlé à 60 %, c'est au moins deux mois d'hospitalisation.
H.fr : Que recouvre la prise en charge dans un centre de traitement des brûlés ?
FD : Chez le grand brûlé, la pathologie n'est pas localisée à la peau, il y a donc besoin d'une prise en charge pluridisciplinaire. Dans les premières 24 à 48 heures, l'urgence c'est la réanimation. Ensuite la chirurgie peut débuter. Au-delà des médecins, il y a surtout les infirmières et les aides-soignants qui sont primordiaux car ce sont ces professionnels qui réalisent des pansements, dont la mise en place peut durer plusieurs heures. Et puis il va falloir l'intervention des nutritionnistes pour optimiser au maximum la nutrition des patients pour qu'ils puissent cicatriser correctement. Des psychiatres sont aussi présents, au vu des conséquences psychologiques après la survenue de ces brûlures. Enfin nous travaillons avec des kinésithérapeutes dès le début pour commencer la rééducation le plus tôt possible.
H.fr : En quoi consiste l'accompagnement réalisé par les kinésithérapeutes ?
FD : Une mobilisation passive est faite par les kinés même quand les patients sont sous anesthésie générale, ce qui consiste à faire bouger leurs articulations : plier les bras, les poignets, les épaules, les genoux, les hanches, les chevilles. Dès que les patients sont réveillés, les kinés les font travailler plus spécifiquement avec des exercices. Si on retarde cette rééducation, une ankylose des articulations peut advenir [une diminution ou une impossibilité des mouvements d'une articulation naturellement mobile, ndlr], ce qui augmente les risques de handicap.
H.fr : Quand commence la prise en charge psychologique ?
FD : Dès que les patients sont réveillés et qu'ils sont capables d'interagir, on fait intervenir notre psychologue. Il y a l'aspect traumatisant de l'événement initial, dont la majorité des patients se souviennent au réveil, et puis il y a l'aspect traumatisant du séjour à l'hôpital. Ils sont immobilisés dans un lit pendant des semaines, et malgré les traitements, leurs douleurs sont importantes. Puis il y a le changement du corps.
H.fr : Quel est le parcours de rééducation du patient après la sortie du centre de traitement des brûlés ?
FD : Ils vont ensuite dans des centres spécialisés de rééducation, où commence la médecine physique et de réadaptation. Ils vont continuer la kinésithérapie et rencontrer un ergothérapeute pour essayer d'adapter leur environnement en cas de survenue de handicap, pour qu'ils puissent réintégrer leur domicile dans les meilleures conditions. Parfois, quand les brûlures sont très profondes au niveau des mains ou des pieds, des amputations doivent être réalisées et il peut y avoir des handicaps extrêmement sévères qui rendent impossible le retour à domicile.
H.fr : Y a-t-il d'autres séquelles à long terme ?
FD : Il peut y avoir des douleurs chroniques. Il y a des conséquences psychologiques qui peuvent être aussi à vie. Votre image corporelle est modifiée de manière définitive et notamment quand le visage est touché, c'est très, très, très difficile. Je ne sais pas si vous avez déjà vu beaucoup de grands brûlés dans la rue. Moi je n'en vois pas tellement. Beaucoup d'entre elles et d'entre eux sont en-dehors de la société. Quand votre image du corps est changée, vous n'avez pas forcément envie d'être vu par les autres.
©CTB Percy
Grands brûlés : quelle prise en charge médicale ?
Comment prend-on en charge les grands brûlés ? Le Professeur François Depret, anesthésiste réanimateur et chef de service au Centre de traitement des brûlés de l'hôpital Saint-Louis de l'AP-HP, revient sur le parcours et les séquelles des patients.
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