« Défendre la psychiatrie publique, c'est défendre notre hôpital public. » Le message d'un biologiste hospitalier, publié sur LinkedIn à l'occasion de la mobilisation du 17 septembre 2026, illustre une inquiétude qui dépasse la seule spécialité et donne à voir l'ampleur du malaise hospitalier. Les quatre organisations représentant les psychiatres publics (l'Intersyndicale de la défense de la psychiatrie publique ; le Syndicat des psychiatres d'exercice public, le Syndicat des psychiatres des hôpitaux, l'Union syndicale de la psychiatrie) ont appelé à une journée de grève le 17 septembre 2026, bien suivie dans plusieurs établissements (même si aucun taux national de participation ne semble avoir été communiqué à ce stade). Objectif de la manifestation ? Dénoncer une « crise profonde qui s'aggrave d'année en année ». Selon les organisations mobilisées, 30 % des postes de praticiens hospitaliers ne sont pas pourvus et 15 % des postes d'internes en psychiatrie restent vacants. Elles estiment également à environ 10 000 le nombre de lits d'hospitalisation manquants. Cette pénurie contraint de nombreux patients à attendre plusieurs jours sur des brancards aux urgences avant d'obtenir une place adaptée.
Des équipes sous tension, des patients exposés aux ruptures de soins
La psychiatrie publique doit également faire face à une demande de soins croissante. Les syndicats évoquent plus de 2 millions de personnes suivies dans les centres médico-psychologiques (CMP), avec des listes d'attente et des délais qui s'allongent, et environ 480 000 patients hospitalisés chaque année. Un constat partagé dans le rapport de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale publié en décembre 2025 qui confirme bien l'existence de délais importants dans les CMP, avec par exemple jusqu'à six mois pour un rendez-vous de psychiatrie adulte dans l'Essonne et plus de neuf mois en pédopsychiatrie dans le Val-d'Oise en 2025.
Dans plusieurs établissements, les professionnels alertent sur le manque de personnel, les difficultés de recrutement et la saturation de certaines structures. Le biologiste hospitalier qui a témoigné sur LinkedIn souligne ainsi que les professionnels de santé du public (selon leurs spécialités) partagent « les mêmes exigences envers les patients » et « les mêmes difficultés : manque de moyens, perte d'attractivité des carrières hospitalières et sentiment que l'engagement des praticiens n'est plus reconnu à sa juste valeur ». Pour les patients, les conséquences redoutées sont notamment des attentes prolongées, des ruptures de parcours et un accès plus difficile aux soins psychiatriques.
Après le 17 septembre, les syndicats maintiennent la pression
La journée du 17 septembre 2026 constituait une journée nationale de mobilisation et de grève. Elle n'est pas, à ce stade, annoncée comme reconduite au niveau national, mais les syndicats restent mobilisés et demandent des mesures concrètes pour la psychiatrie publique. Ils réclament notamment un plan pluriannuel, davantage de moyens humains et de capacités d'accueil, ainsi qu'une amélioration de l'attractivité des carrières hospitalières. Une mobilisation qui pourrait donc se poursuivre sous d'autres formes, alors que les professionnels estiment que les difficultés structurelles de la psychiatrie publique ne peuvent être réglées par une seule journée d'action.
Face à une activité qui ne cesse de croître, les constats alarmants demeurent incontestablement les mêmes d'années en années, sans changement de paradigme notable malgré les effets d'annonces officiels (Santé mentale : les annonces de la ministre, Stéphanie Rist). Un psychiatre soulignait déjà lors d'un précédent mouvement social il y a huit mois : « Cette grève qui démarre aujourd'hui n'est pas un appel au conflit. C'est un constat d'échec collectif. Nous n'avons pas choisi la grève. Elle s'est imposée à nous [...] Continuer comme si de rien n'était, c'est accepter des pertes de chance pour les patients. Et donc des morts. »
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