Quel lien entre TDAH et carie, IMC élevé, jambes sans repos?

Les comorbidités associées au TDAH apparaissent-elles avant ou après le développement de ce trouble ? Une nouvelle étude éclaircit le lien entre l'apparition des symptômes du TDAH pendant l'enfance et un IMC élevé, des blessures accidentelles...

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Un enfant TDAH avec sa mère devant un professionnel de santé.

Quel lien entre TDAH (trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) et troubles du sommeil ou dermatologiques, caries dentaires, asthme, surpoids ? Et, surtout, lequel apparaît en premier ? Des chercheurs de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et de l'université de Bordeaux* ont évalué les liens temporels entre les symptômes du TDAH et un large éventail de conditions médicales. Leurs résultats, publiés dans la revue Lancet child and adolescent health en décembre 2023, soulignent l'importance d'une prise en charge multidisciplinaire des deux millions de Français concernés, fondée sur une collaboration renforcée entre professionnels de santé physique et mentale.

Des études jusqu'alors « limitées »

Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement qui débute généralement dans l'enfance et se caractérise par des niveaux élevés d'inattention, d'agitation et/ou d'impulsivité. De précédents travaux ont mis en évidence son association à plusieurs comorbidités médicales (troubles métaboliques, asthme, obésité, addictions…) et à un risque accru de blessures accidentelles. Mais ils présentaient des « limites méthodologiques », selon l'Inserm, pourtant « essentielles pour élaborer des stratégies de prise en charge et de prévention appropriées ». Les comorbidités sont-elles directement liées au TDAH ou bien causées par d'autres facteurs ? Ce trouble peut-il être favorisé par des conditions médicales antérieures ? Autant de questions auxquelles il fallait trouver des réponses...

2 000 enfants suivis entre 5 mois et 17 ans

C'est la tâche à laquelle s'est attelé Cédric Galera, chercheur Inserm/Université de Bordeaux et pédopsychiatre. Avec son équipe, il a analysé les données de plus de 2 000 enfants participant à l'« étude longitudinale du développement de l'enfant du Québec », menée au Canada. Les jeunes ont été suivis à de multiples reprises, dans leur petite enfance (entre 5 mois et 5 ans), dans l'enfance (entre 6 et 12 ans) et à l'adolescence (entre 13 et 17 ans). Objectif : évaluer la gravité des éventuels symptômes de TDAH qu'ils présentaient ainsi que leur état physique (état de santé général, maladies éventuelles…). Ces données étaient rapportées par la personne connaissant le mieux l'enfant avant ses 5 ans, par les enseignants avant 12 ans et par le jeune lui-même à l'adolescence.

IMC élevé, syndrome des jambes sans repos, blessures...

« Il s'agit de l'analyse la plus complète évaluant les liens temporels entre les symptômes du TDAH et un large éventail de conditions médicales, y compris les problèmes dermatologiques, les infections, les traumatismes, les conditions de sommeil et d'autres maladies chroniques », explique Cédric Galera, qui est aussi le premier auteur de l'étude. Les scientifiques ont ainsi montré que le fait d'avoir des symptômes de TDAH pendant la petite enfance était associé à un IMC (indice de masse corporelle) élevé au milieu de l'enfance et à l'adolescence ainsi qu'à des blessures non intentionnelles à l'adolescence. A contrario, le fait d'avoir présenté des blessures involontaires en étant petit était associé à l'apparition ultérieure de symptômes de TDAH au milieu de l'enfance et à l'adolescence. Autre constat : le syndrome des jambes sans repos pendant la petite enfance augmente le risque de TDAH entre 6 et 12 ans.

Difficultés physiques et mentales imbriquées

Ces résultats « renforcent l'idée que les problèmes de santé physique et mentale sont imbriqués et soulignent la nécessité pour tous les professionnels de santé de mieux travailler ensemble. Il faudrait par exemple que les médecins puissent réorienter vers d'autres champs disciplinaires au besoin », insiste Cédric Galera. Et de rappeler : « Plus on intervient tôt, plus on prévient les risques évolutifs associés au TDAH ».

Prochaine étape : étudier les données recueillies chez le jeune adulte, âgé de 20 à 25 ans. Les scientifiques souhaitent également mener des travaux similaires à partir des données françaises, en s'appuyant sur les grandes cohortes mises en place sur le territoire, comme l'Etude longitudinale française depuis l'enfance (Elfe).

* au sein du Centre de recherche sur la santé des populations, en collaboration avec des équipes au Royaume-Uni, en Suède et au Canada

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
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