Référent handicap : poste clé pour une entreprise inclusive?

"Petite, je n'ai jamais perçu mon grand-père, amputé, comme différent." C'est en grandissant que Chloé Tarrieu a saisi les difficultés auxquelles les personnes handicapées peuvent être confrontées. 20 ans plus tard, la voici référente handicap.

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« Mon grand-père, mutilé de guerre, avait été contraint de troquer sa jambe, faite de chair et d'os, pour une autre en bois. Malgré son amputation, je ne l'ai jamais perçu comme un être 'différent'. C'est seulement après avoir mis 'un pied' dans la vie active que j'ai pu mettre un mot sur sa situation... 'Personne handicapée', ces deux mots suffisent à fermer de nombreuses portes et suscitent parfois le malaise et la stigmatisation. » Pour changer la donne, Chloé Tarrieu, 28 ans, responsable RH (ressources humaines) chez Néo-Soft depuis 2014, a choisi d'ajouter une nouvelle corde à son arc en devenant référente handicap nationale au sein de ce groupe expert en services numériques. Au-delà du clin d'œil personnel, c'est un sacré challenge « de construire une politique handicap de A à Z et d'obtenir l'adhésion des salariés sur ce sujet souvent tabou ». Depuis 2016, elle se bat pour faire accepter le handicap en entreprise et mettre en exergue les compétences professionnelles et humaines de chaque individu « quelles que soient ses spécificités ».

Handicap.fr : Quelle est la valeur ajoutée du référent handicap ?
Chloé Tarrieu : Sans aucun doute sa capacité à professionnaliser la gestion du handicap en entreprise. On ne parle plus uniquement d'acheter un fauteuil ergonomique à un salarié en situation de handicap souffrant de douleur dorsale, le rôle du référent handicap va bien au-delà. Il s'agit d'imprégner la thématique du handicap dans toutes les strates de l'entreprise et de porter le message que chaque salarié est acteur de la société inclusive à laquelle on aspire. De la politique recrutement, formation, RSE, en passant par la politique d'achat… Nous sommes tous concernés, à des degrés différents.

H.fr : Concrètement, quel est votre rôle ?
CT : Ma première mission a été de réaliser un bilan quantitatif et qualitatif de la prise en compte du handicap chez Néo-Soft, en analysant le respect des obligations légales, son niveau de connaissances sur le sujet, les problématiques rencontrées (freins, maintien dans l'emploi, formations, etc.). Cette enquête a donné lieu à un plan d'actions, qui a permis de rédiger et structurer notre politique handicap.

Aujourd'hui, je suis notamment chargée de former et sensibiliser les acteurs internes sur le sujet grâce, notamment, à la création de module de formation en e-learning. Je représente également le « point d'entrée » des salariés en situation de handicap, que j'accompagne au quotidien pour réaliser maintes démarches : déclaration du handicap, aménagement de postes de travail, maintien dans l'emploi...

H.fr : Quelle part de votre temps consacrez-vous à cette fonction ?
CT : Je n'ai pas de temps dédié à mon rôle de référente handicap, c'est à moi de m'organiser au mieux en fonction des sollicitations. En général, j'y consacre une journée par semaine. C'est loin d'être suffisant, à mon sens, c'est un rôle à plein temps... Il y a tellement d'actions à mener, de personnes à former et accompagner, de communication et de sensibilisation à réaliser... Pas si simple de faire évoluer des préjugés bien ancrés !

H.fr : Avez-vous suivi une formation spécifique ou bénéficiez-vous d'une expérience en matière de handicap ?
CT : J'avais déjà eu l'occasion de travailler sur cette thématique lors de ma précédente expérience professionnelle, où j'étais principalement chargée d'animer la mission handicap de l'entreprise, au travers d'actions de communication et sensibilisation. Mais ce n'était pas suffisant, selon moi... Alors, quand j'ai accepté ce poste, j'ai rejoint le réseau des référents handicap Bretagne pour me professionnaliser davantage, échanger avec mes pairs pour étoffer mon expérience et ma maturité sur le sujet.

H.fr : Un exemple d'action que vous avez menée pour booster l'inclusion dans votre entreprise ?
CT : La réalisation et la diffusion d'interviews de salariés en situation de handicap. Au programme : leurs problématiques, le poids du regard, les adaptations mises en place par l'entreprise mais aussi la raison pour laquelle ils ont opté pour la RQTH (Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé). Plusieurs d'entre eux n'avaient pas fait part de leur handicap à leurs collègues, et ces derniers semblaient très « surpris » de le découvrir. Ils ont ainsi compris deux choses : le handicap peut être invisible et n'impacte pas la productivité de la personne concernée.

H.fr : Chaque entreprise de 250 salariés et plus doit désormais nommer un référent handicap. Pour vous, quel est l'enjeu de cette obligation ?
CT : C'est l'assurance que le sujet soit piloté et géré par une personne qualifiée dans ces entreprises, dont certaines se contentaient jusqu'à présent de verser une contribution sans vraiment chercher à s'impliquer. A ce titre, chaque entreprise, quelle que soit sa taille, devrait nommer un référent handicap.

H.fr : Un message à adresser à vos homologues ?
CT : Gardez le cap et ne baissez pas les bras face aux préjugés et aux obstacles. C'est, certes, une tâche très compliquée que de tenter de faire évoluer les mentalités, mais le résultat n'en est que plus gratifiant.

H.fr : Qu'attendez-vous de la première Université du réseau des référents handicap qui se tiendra les 19 et 20 octobre 2020 (initialement prévue les 17 et 18 mars, elle a été reportée en raison de l'épidémie de coronavirus), à Lyon (article en lien ci-dessous) ?
CT : Partager et brainstormer ensemble sur nos problématiques communes pour faire tomber les dernières barrières. Je souhaite également rencontrer des acteurs externes avec lesquels je pourrais travailler à l'avenir. J'espère surtout faire le plein de bonnes pratiques pour les mettre en œuvre à mon tour. Comme le disait Henry Ford : « Se réunir est un début, rester ensemble est un progrès, travailler ensemble est la réussite ».

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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