Rêve de basket pro brisé par un AVC : le rebond de Soren

Formé pour devenir basketteur pro, Soren a vu son avenir basculer après un AVC survenu à 19 ans. Contraint d'abandonner la compétition, il a choisi de rester dans le sport autrement. Portrait d'un jeune homme qui transforme l'épreuve en rebond.

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Portrait de Soren, en chemise et cravate.

« Mon handicap a brisé mon rêve, pas ma passion. » Depuis son plus jeune âge, Soren « vit pour le basketball ». « Je suis né et bâti pour ça », assure l'homme de 24 ans, en référence à sa silhouette longiligne. Mais la trajectoire prometteuse du jeune espoir formé au Lille métropole basket (LMB) s'interrompt brutalement en 2019, à ses 19 ans. À quelques semaines d'un possible contrat « aspirant pro », il fait un violent accident vasculaire cérébral (AVC) après un match. Le basket, jusque-là moteur absolu, devient soudain un point d'ancrage fragile, mais vital.

« Le plus gros chagrin de ma vie »

« C'est là que le cauchemar a commencé », se souvient-il, décrivant sa longue hospitalisation. Au centre de rééducation, l'espoir tient à une seule question : « Vais-je pouvoir rejouer à haut niveau ? » La réponse des médecins est sans appel, brutale. « Le plan pour lequel je travaillais depuis une douzaine d'années est tombé à l'eau. Ce fut le plus gros chagrin de ma vie », confie Soren qui vit, depuis, avec une hémiplégie gauche. « Je suis chanceux d'avoir gardé toute ma tête et de ne pas avoir d'atteintes cognitives », précise-t-il, lucide, conscient que le handicap aurait pu être bien plus lourd.

Le basket, fil rouge indestructible

Arrêter de jouer, soit. Renoncer au basket, jamais ! « Que ce soit avant, aujourd'hui ou plus tard, il aura toujours la même place dans ma vie », dégaine Soren. Les études, les rencontres, les ambitions, « absolument tout dans ma vie a un lien direct ou indirect avec le basket », poursuit-il. Plus qu'un sport, une identité. Et une certitude : il restera dans ce milieu, coûte que coûte.

Le plan B, pensé bien avant l'accident

Si la chute est abrupte, Soren ne part pas de zéro. Dès le centre de formation, il entend parler de la nécessité de construire un « triple projet » : sportif, scolaire et humain. Une réalité martelée aux jeunes joueurs, conscients que peu deviendront professionnels. « J'ai toujours dit à ma mère que si je n'avais pas la chance de devenir basketteur professionnel, je ferais des études dans le sport », relate-t-il. Son plan B prend alors des allures de promesse silencieuse.

Des aménagements pour les étudiants handicapés

Cette promesse prend corps à la Sports management school (SMS), une école spécialisée dans les métiers du management et du business sportifs, située à Paris. « Quand j'étais petit, je voyais le logo de l'école lors des matchs de Paris Levallois, j'envisageais déjà de m'y inscrire », sourit-il. En 2022, il intègre l'école avec le statut d'étudiant en situation de handicap, lui permettant d'obtenir des aménagements essentiels. « J'ai droit à un tiers temps aux examens, et mes absences pour raisons médicales sont acceptées et comprises », se réjouit-il. « Ce qui me plaît beaucoup à la SMS, c'est surtout l'aspect professionnel. Dès le premier mois, on nous dit que nous ne sommes pas des étudiants, mais des professionnels. Et cela se ressent dans la manière de nous enseigner », exprime-t-il.

En entreprise aussi, l'adaptation est de mise. Pas de traitement de faveur mais les conditions adaptées pour avancer. « Si j'ai un besoin, je le signale, et le nécessaire est fait », explique-t-il simplement. Un cadre sécurisant, propice à la reconstruction.

Un contrat pro de l'autre côté du terrain

Aujourd'hui en alternance au sein de la Fédération française de basket-ball (FFBB) pour sa première année de master, Soren est passé « de l'autre côté du terrain ». « C'est aussi passionnant d'y travailler que d'y jouer. Surtout que j'ai la chance d'être au cœur de ma passion en travaillant au pôle haut niveau », explique celui qui contribue à la détection des jeunes ayant un fort potentiel pour intégrer l'équipe de France. Sa mission ? Observer, repérer, accompagner… transmettre aussi, en filigrane, son vécu.

Redéfinir la réussite, sans renoncer à l'exigence

Pour Soren, la performance ne s'évalue pas seulement à l'aune des statistiques. « Dans ce secteur, la réussite est étroitement liée à la performance sportive mais pas exclusivement », analyse ce passionné. Derrière chaque victoire, il y a des rouages invisibles : une organisation solide, des choix stratégiques, des femmes et des hommes de l'ombre sans lesquels rien n'existerait. C'est dans cet envers du décor qu'il se projette aujourd'hui, animé par la même exigence que lorsqu'il foulait le parquet. Et à ceux dont le rêve vacille sous le poids d'une blessure, d'une maladie ou d'un handicap, Soren transmet une conviction forgée dans l'épreuve : « Ne perdez surtout pas cette flamme qui vous anime. Quand on aime vraiment son sport, il y a toujours un moyen d'y rester, autrement. »

© Soren Aid / SMS

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
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