Santé mentale et crise Covid : la fin d'un déni collectif ?

Depuis plus de dix ans, Philippa Motte s'investit pour faire bouger les lignes dans le champ du handicap psychique. A la faveur de la crise du Covid, notre santé mentale est devenue un enjeu majeur. "Et maintenant ?", interroge-t-elle...

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Voilà bientôt dix ans que je suis engagée à plusieurs niveaux sur les enjeux de santé mentale dans notre société*. Mon métier, jusqu'à aujourd'hui, consistait donc à pousser des murs, des murs larges, hauts et solides sur lesquels des millions d'individus se cognent depuis de nombreuses années. Ces murs sont ceux du silence, des préjugés, de la peur, de la méconnaissance et de l'impuissance. Alors même que depuis plus de dix ans l'OMS (Organisation mondiale de la santé) prédit que le handicap psychique sera la première cause de handicap dans le monde d'ici 2020, que cette problématique concernait déjà avant la crise du Covid plus de 12 millions de personnes en France, nous semblons, tel un nouveau-né sorti du ventre de sa mère, ouvrir les yeux pour la première fois sur une réalité bien antérieure à ce que nous traversons. Et, comme le nouveau-né, nous sommes bien fragiles face à cette prise de conscience et à ce qu'elle implique à tous les niveaux, citoyens, sociaux, sanitaires, professionnels et politiques.

Sommes-nous prêts ? Non. Mais nous pourrions l'être si nous acceptions de passer de l'enfance à l'âge adulte sur un sujet sur lequel tout reste à faire, mais sur lequel nous avons une idée de plus en plus précise de ce qu'il faut faire. C'est déjà une bonne nouvelle.

Des dirigeants prêts à se mettre au travail

Il y a, dans un grand nombre de grosses entreprises, des professionnels (RH, service de santé, mission handicap, assistantes sociales, service de qualité de vie au travail …) qui connaissent les enjeux de santé mentale dans leurs organisations. Les facteurs de fragilisation sont très bien identifiés. La plupart de ces acteurs, je le vois en formation, n'attendent que la volonté politique de leurs dirigeants pour se mettre au travail. Pour ce faire, ils ont besoin d'un cadre stratégique, de moyens, de formation et d'outils. Ils ont aussi besoin que le caractère essentiel de leur mission soit reconnu afin de faire de la prévention et de l'accompagnement en s'appuyant sur une vraie implication managériale.

109 milliards de coûts indirects

Et puis les chiffres ont toujours le dernier mot… Quand on sait que le coût indirect économique et social des troubles mentaux est évalué à près de 109 milliards d'euros rien qu'en France chaque année (chiffre « Feuille de route santé mentale et psychiatrie » de juin 2018), avec des coûts indirects qui pèsent lourd sur le monde professionnel, on conviendra que l'équilibre psychologique des salariés est l'un des principaux fondements de la performance de l'entreprise. Mais la difficulté est grande quand il s'agit de se remettre en question et de prendre le risque de perdre du temps et sans doute un peu d'argent dans un premier temps, pour en gagner beaucoup ensuite.

Une médecine psychiatrique en crise

Quant à la médecine psychiatrique, elle est en crise, c'est vrai, mais elle commence à avoir une vision plus précise des moyens et des pratiques à mettre en œuvre pour améliorer radicalement et rapidement la prise en charge des personnes. Pour cela, il lui faut accepter l'idée que la santé mentale va bien au-delà de son pré carré et nécessite la mise en œuvre d'une approche pluridisciplinaire dans laquelle la psychiatrie n'est plus première dans le soin psychique mais un élément parmi les rouages qu'il faudrait activer quand quelqu'un est en souffrance. Dans ce cadre pluridisciplinaire, nous disposons subitement d'une armée d'accompagnants, infirmiers, assistants sociaux, professionnels de l'insertion, psychologues, coachs, médecins traitants, professionnels paramédicaux. Moyennant une base de formation, elle ne ferait que mettre en lumière un niveau d'expertise de grande qualité qui, avec quelques éléments complémentaires, permettrait à tous d'agir de concert pour changer le cours des choses…

Et maintenant ? Vous, je ne sais pas, mais moi je continue à faire ma part … Les murs ne m'effraient plus, même si leur chute contribuerait beaucoup à ma tâche.
Prenez soin de vous !

* Philippa Motte intervient dans les entreprises d'abord, dans lesquelles elle forme les personnels d'encadrement et l'ensemble des salariés aux enjeux de santé mentale et de handicap psychique. Au sein du secteur sanitaire et médico-social, elle intervient en tant que pair-aidante et formatrice pour faire évoluer les pratiques de soins et d'accompagnement des personnes qui sont touchées par ses souffrances dans la perspective du rétablissement. Comme coach, elle accompagne les personnes fragilisées dans leur reconstruction identitaire, sociale et professionnelle. Enfin, elle agit en tant que citoyenne engagée pour faire changer les regards et les stéréotypes en témoignant et contribuant à des projets innovants.

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