Serveurs handicapés : un restau avec un supplément d'âme

A 20 ans, Paul-Marie travaille aux Petits plats de Maurice, un restaurant inclusif à Paris qui emploie 13 autres serveurs ou cuisiniers handicapés et propose un accompagnement adapté. Un job synonyme d'autonomisation et d'épanouissement !

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Par Marine Ledoux

"La restauration, c'est ce que j'ai toujours voulu faire", affirme Paul-Marie, jeune homme en situation de handicap, qui occupe depuis près d'un an "tous les postes" de la salle du restaurant inclusif Les petits plats de Maurice, à Paris (article en lien ci-dessous). Comme ses treize collègues, Paul-Marie a toujours eu la volonté de travailler, faisait fi de son handicap. Et, dans ce restaurant rattaché à un Esat (établissement et service d'aide par le travail) du XIe arrondissement de la capitale, celui-ci n'est absolument pas un frein.

"Les clients viennent car la cuisine est bonne"

D'ailleurs, sur sa façade au store rouge, aucune mention n'est faite de la spécificité de l'établissement, intégralement tenu par des travailleurs handicapés recrutés par l'Association pour l'insertion et la réinsertion professionnelle et humaine des personnes handicapées (ANRH). "Les clients viennent car ici la cuisine est bonne, le service est agréable, sinon ils ne reviendraient pas", assure Alice Freysz, directrice de l'Esat. "Notre restaurant a un vrai supplément d'âme". Dès leur arrivée, les clients sont accueillis par le sourire d'Evelyne, tablier vert sur ses vêtements. Elle fait partie de l'équipe fondatrice du restaurant. Après plusieurs années de travail dans les ateliers de l'Esat, elle y a postulé dès qu'elle a appris sa création... et ne l'a plus quitté.

"Pas moins professionnels"

Mardi, Paul-Marie, la vingtaine, s'occupe de la prise de commandes -qui se fait exclusivement au comptoir- et également de la présentation de la vitrine aux clients, qui ont le choix entre un bowl, un plat du jour ou un croque-monsieur. Une partie des employés présentent des difficultés à lire ou à écrire, alors de petites ardoises les aident à se repérer, afin de servir les bons plats à la bonne table. D'une manière générale, les travailleurs d'Esat connaissent des difficultés qui ne leur permettraient pas, du moins dans un premier temps, de travailler dans le milieu dit "ordinaire". Ils n'en sont pourtant "pas moins professionnels", relève Alice Freysz. "On fait preuve de pédagogie, on forme et, après, le travail est bien fait, voire mieux qu'ailleurs". "L'objectif est de les aider à s'insérer socialement, par le travail, et donc d'effectuer un travail de pro", dit-elle à l'AFP. "Leur métier n'est pas d'être handicapé".

Un emploi synonyme d'épanouissement

Inauguré en octobre 2018, ce restaurant inclusif sert chaque midi en semaine jusqu'à 120 couverts, dont une soixantaine à d'autres salariés de l'Esat, qui travaillent dans les ateliers. Les riverains occupent les autres tables. Des "moniteurs" sont également présents pour accompagner l'équipe. "A la fin du service, au moment de ranger la salle, ils en profitent pour leur remontrer comment on fait une sauce vinaigrette, par exemple", sourit Alice Freysz. Certains travailleurs ont un handicap psychique alors, pour répondre à leurs besoins éventuels, une équipe d'assistantes sociales ou de psychologues se tient à leur disposition. En salle, les serveurs sont plus nombreux que dans un restaurant "ordinaire", pour leur éviter une trop grande pression. Derrière eux, les cuisines sont ouvertes, personne n'est dissimulé. "Le travail en équipe est très important pour moi", explique Paul-Marie, pour qui cet emploi est synonyme d'épanouissement. Ses journées commencent à 8h30 et se terminent à 16h15, et il assure "aimer toutes les tâches".

Lutter contre le chômage

Les Esat permettent à quelque 120 000 travailleurs en France de se former et de développer leurs compétences mais l'ANRH expérimente également des "CDD tremplin" pour certains travailleurs recrutés en entreprises adaptées. Leur objectif ? Déboucher sur des CDI dans le milieu "ordinaire". Des adaptations qui permettent de lutter contre le chômage des personnes en situation de handicap. Il s'élevait au premier trimestre 2022 à 14 % (contre 8% pour la population générale), en baisse de 5 % par rapport à 2019, selon les chiffres communiqués le 12 mai 2022 par l'Agefiph, l'organisme chargé de l'insertion professionnelle des personnes handicapées dans le privé (article en lien ci-dessous).

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