Singapour: pas de clémence pour un condamné à mort handicapé

La défense d'un Malaisien condamné à mort malgré un handicap mental a demandé le 1er mars 2022 à la plus haute juridiction de Singapour de faire preuve de "clémence" lors d'un ultime recours. Elle lui a été refusée.

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DERNIERE MINUTE DU 20 AVRIL 2022
Un Malaisien handicapé mental doit être pendu à Singapour après le rejet d'un ultime recours, a annoncé sa sœur le 20 avril 2022, malgré la mobilisation internationale pour le soutenir. La famille de Nagaenthran K. Dharmalingam a été informée qu'il serait exécuté le 27 avril. Des membres de sa famille, dont sa mère et trois frères et sœurs, se rendront dans la cité-Etat pour lui rendre visite avant l'exécution. M. Ravi, un avocat spécialiste des droits de l'Homme travaillant sur l'affaire, a déclaré que la nouvelle de l'exécution imminente de Nagaenthran était « déchirante ». « L'État singapourien ne pourra jamais se remettre du déshonneur qu'il va subir au niveau international en pendant une personne intellectuellement handicapée », a-t-il écrit dans un message sur les réseaux sociaux.


DERNIERE MINUTE DU 29 MARS 2022

La plus haute instance judiciaire de Singapour a rejeté le 29 mars un dernier recours contre la condamnation à mort d'un Malaisien, malgré de nombreux appels à la clémence en raison de son handicap mental. L'appel contre le dernier jugement à l'encontre de Nagaenthran K. Dharmalingam a été rejeté, ainsi qu'une demande de report pour effectuer une nouvelle expertise sur ses capacités mentales, a indiqué le juge principal de la Cour, Sundaresh Menon. Le condamné "a bénéficié d'une procédure adéquate" et l'appel de la défense "n'a pas de fondement factuel ou légal", a-t-il relevé. La demande d'une nouvelle expertise sur ses capacités mentales représente "un abus de procédure manifeste" pour retarder l'exécution, a-t-il déclaré.

M. Ravi, un avocat spécialiste des droits de l'homme travaillant sur l'affaire, a indiqué qu'il n'y aura pas d'autre appel et que l'exécution pourrait intervenir dans les prochains jours. La soeur du condamné, Sarmila Dharmalingam, a indiqué, en larmes, que sa famille était "catastrophée par la décision de justice", interrogée par l'AFP depuis la Malaisie. La pendaison de Nagaenthran K. Dharmalingam serait la première exécution à Singapour depuis 2019. Les opposants à la peine de mort craignent aussi que cette exécution soit la première d'une série dans un avenir proche, concernant trois autres trafiquants de drogue.

ARTICLE INITIAL DU 1er MARS 2022
Violet Netto, l'avocate de ce Malaisien arrêté en 2009 et condamné à la peine capitale pour trafic de drogue, a réclamé la "clémence" des juges en autorisant son client à se soumettre à un examen psychiatrique indépendant. Elle a demandé du temps pour que la défense puisse trouver des psychiatres pour cet examen, ajoutant que l'exécution de personnes en situation de handicap mental violait le droit international. Le procureur Wong Woon Kwong s'est toutefois opposé à une telle décision, arguant que la défense cherchait à retarder la procédure et l'accusant d'"abus de procédure devant cette cour". L'audience s'est terminée sans que la décision ne soit prise, celle-ci étant repoussée à une date ultérieure, non précisée.

Un QI de 69

Nagaenthran K. Dharmalingam a été arrêté à l'âge de 21 ans avec 43 grammes d'héroïne attachés à sa cuisse à son entrée à Singapour, qui dispose des lois les plus sévères au monde en matière de stupéfiants. Ses soutiens soulignent qu'avec un QI de 69, un niveau reconnu comme un handicap mental, il n'était pas capable de bien comprendre les conséquences de ses décisions, et ajoutent qu'il souffrait d'une addiction à l'alcool au moment des faits. Après avoir perdu plusieurs appels, l'homme de 34 ans devait être pendu en novembre 2021 (article en lien ci-dessous). Mais les critiques ont afflué à l'international, de la part de l'Union européenne, d'experts de l'ONU et du milliardaire britannique Richard Branson, à propos du handicap mental du condamné. Avant l'audience de mardi, Amnesty International a également exhorté Singapour à épargner M. Nagaenthran et à "empêcher une parodie de justice". "Exécuter une personne dont les déficiences mentales peuvent empêcher une défense efficace va à l'encontre du droit international, tout comme l'utilisation de cette peine pour les infractions liées à la drogue et son caractère obligatoire", a souligné l'ONG.

Les soutiens de M. Nagaenthran craignent que ses chances de succès soient minces et qu'il perde puis soit rapidement pendu, ce qui serait la première exécution à Singapour depuis 2019. Les opposants à la peine de mort redoutent aussi que cette pendaison soit la première d'un série dans un avenir proche, concernant trois autres trafiquants de drogue.

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