SLA : 2022, une année charnière pour la recherche?

La maladie de Charcot ou SLA, pathologie neurogénérative, touche 500 000 personnes à travers le globe. En ce 21 juin, journée mondiale dédiée, focus sur les nouveaux traitements et avancées de la recherche. 2022 promet d'être stratégique.

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Le 21 juin n'est pas uniquement la fête de la musique, c'est aussi la Journée mondiale de la Sclérose latérale amyotrophique (SLA), plus communément appelée « maladie de Charcot ». Peu médiatisée, cette pathologie neurodégénérative est pourtant l'une des maladies rares les plus fréquentes. Chaque jour, en France, quatre personnes en meurent et cinq autres voient leur vie brisée à l'annonce du diagnostic.


Pour changer la donne, associations et experts se mobilisent. L'Association pour la recherche sur la SLA (ARSLA) lance sa campagne annuelle de sensibilisation « Eclats de juin, un mois pour ouvrir les yeux sur la SLA ». En parallèle, le 16 juin 2022, le collectif Solidarité Charcot a lancé une pétition exhortant à la mise en place d'un grand plan de recherche pour mieux comprendre et prendre en charge cette maladie dont on ne connaît pas encore l'origine et pour laquelle aucun remède efficace n'existe. De son côté, le Réseau national de recherche clinique dans la SLA (Alliance on clinical trials for amyotrophic lateral sclerosis-motor neurone disease ou ACT4ALS-MND*) fait le point sur les nouveaux traitements, les dernières avancées de la recherche et les perspectives pour les 6 000 Français concernés.


Question : Qu'est-ce que la SLA ?
ACT4ALS-MND : C'est la maladie du neurone moteur la plus fréquente chez l'adulte. Elle est caractérisée par la dégénérescence des motoneurones (ndlr : une cellule nerveuse qui achemine les ordres de motricité, sous forme d'influx nerveux, du cerveau et de la moelle épinière vers les muscles qui effectuent le mouvement commandé) entraînant une paralysie motrice progressive des muscles. Maladie complexe et hétérogène, influencée à la fois par des facteurs génétiques (dans environ 10 à 15 % des cas), épigénétiques et environnementaux, elle se déclare généralement chez les patients âgés de 60 à 65 ans (plus fréquemment chez les hommes que chez les femmes), qui subissent en quelques mois une perte de poids ainsi qu'une fonte et une paralysie musculaire qui touchent progressivement leurs membres supérieurs et inférieurs. Elle atteint également leur faculté de parler et de respirer, entraînant ainsi une grande dépendance.

Q : Quels sont les traitements ou solutions existantes pour ces patients ?
ACT4ALS-MND : Il existe un seul traitement, le riluzole, validé en 1996, qui ralentit très légèrement la progression de la maladie. L'étude Centaur sur l'association de phénylbutyrate de sodium et taurursodiol a montré des résultats qui semblent prometteurs sur la progression du handicap, actuellement en cours de confirmation, tout comme ceux obtenus avec l'edaravone. Il apparaît de plus en plus évident qu'une approche combinatoire de plusieurs traitements permettra d'avoir un impact plus pertinent pour les patients. Car il n'y a pas une SLA unique mais des SLA nécessitant une approche thérapeutique ciblée, à l'instar de la thérapie génétique dans les formes causées par une mutation génétique.

Q : L'année 2022 sera-t-elle stratégique pour cette maladie ?
ACT4ALS-MND : En effet, c'est une année charnière pour la SLA. Les essais thérapeutiques explorent de nombreuses pistes physiopathologiques et de nouvelles approches utilisant la technologie de l'ASO sont en cours actuellement ; ces oligonucléotides antisens ont le potentiel de réduire, restaurer ou modifier l'expression de l'ARN -une molécule qui transporte l'information contenue dans le patrimoine génétique- et des protéines. Les prochains mois vont être déterminants s'ils permettent de conforter la recherche thérapeutique dans cette direction. Nous attendons également les résultats de plusieurs études internationales de phase 3 (essais thérapeutiques et académiques), conduites à l'échelle européenne pour la plupart, auxquelles nous collaborons activement.

Q : Pouvez-vous en citez quelques-unes ?
ACT4ALS-MND : Nous participons notamment à l'étude académique française FAIR-ALS II, visant à démontrer que l'élimination de l'excès de fer du cerveau des patients atteints de SLA peut prévenir leur perte neuronale. Ou encore l'étude internationale AB19001 (AB Sciences), qui cherche à confirmer que le masitinib en association avec le riluzole peut ralentir significativement le déclin fonctionnel, par rapport au riluzole seul, après 48 semaines de traitement ; elle cible les personnes atteintes de SLA qui présentent une déficience fonctionnelle légère ou modérée (non sévère). On peut également citer l'étude internationale Phoenix (Amylyx Pharmaceuticals Inc.) qui évalue l'innocuité et l'efficacité de la molécule AMX0035 (phénylbutyrate de sodium/taurursodiol) sur la progression de la maladie sur 48 semaines ; cette large enquête a pour objectif d'inclure 600 patients dans le monde et vise à confirmer les résultats prometteurs sur la progression du handicap obtenus avec l'étude Centaur. Le recrutement pour cet essai est en cours.

Q : Quels sont les bénéfices de ces études dans la prise en charge des patients et de leur famille ?
ACT4ALS-MND : L'arrivée de thérapies géniques dans le domaine de la SLA représente une avancée majeure porteuse d'espoir. Le premier gène causal de SLA, SOD1, a été identifié il y a bientôt trente ans ; à ce jour, une trentaine d'autres ont été mis en lumière (les plus fréquemment en cause étant les gènes C9ORF72, TARDBP et FUS). Si ces formes d'origine génétique restent minoritaires, elles ouvrent la possibilité à des thérapies géniques ciblées. Par exemple, pour les mutations sur le gène SOD1, l'étude sur le tofersen (Valor, Biogen) montre une nette réduction de la concentration de la protéine SOD1 dans le liquide cérébrospinal (ndlr : relatif au cerveau et à la moelle épinière) et une diminution de la concentration sanguine en neurofilaments légers, reflétant un ralentissement de la dégénérescence des motoneurones. Aujourd'hui, ce médicament est accessible en procédure d'autorisation d'accès précoce pour les patients atteints de SLA porteurs d'une mutation sur SOD1. Ce type de thérapie ciblée doit pouvoir être initié le plus précocement possible pour espérer une efficacité fonctionnelle. Avec la mise en place de l'étude Genials qui a pour objectif de déterminer la fréquence de mutation des gènes C9ORF72 et SOD1 dans la population incidente de patients atteints de SLA suivis dans les centres experts français, le réseau ACT4ALS-MND est ainsi impliqué dans la mise en place d'un dépistage génétique systématique pour ceux qui le souhaitent.

Q : Comment les personnes atteintes de SLA peuvent-elles participer aux études actuelles ou futures ?
ACT4ALS-MND : Les centres experts du réseau ACT4ALS-MND participent à différents essais thérapeutiques. Toutes les études en cours sont recensées sur la page du réseau (ndlr : en lien ci-dessous), avec la liste des centres participants. Les patients candidats peuvent également contacter leur neurologue référent au sein du centre expert SLA le plus proche.

* Co-coordonné par le Pr Philippe Couratier (responsable du Centre SLA/MNM au CHU Limoges), Dr Gaëlle Bruneteau (Centre SLA de Paris), Pr Claude Desnuelle (vice-président de l'Association pour la recherche sur la SLA), Pr David Devos (Centre SLA Lille) et Pr Philippe Corcia (Centre SLA Tours).

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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