« Simplifier la vie des personnes handicapées » : l'ambition affichée par le gouvernement lors du lancement du Tour de France des solutions en 2025 était claire (et noble). Porté par le ministère délégué chargé de l'Autonomie et du Handicap, ce dispositif repose sur 18 mesures destinées à fluidifier les parcours, notamment au sein des Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). Un an plus tard, alors que la prochaine Conférence nationale du handicap se profile en juin 2026, l'heure est au premier bilan. Et il est nuancé…
Des avancées concrètes… mais encore inégales
Parmi les mesures engagées, certaines ont commencé à produire des effets. D'abord, depuis le 1er mars 2026, deux nouveaux formulaires de demande auprès des MDPH sont testés dans cinq départements pilotes, le Nord, l'Aveyron, l'Indre, la Collectivité territoriale de Corse et de Guyane, avant une généralisation annoncée en 2027 ( MDPH : que vaut le nouveau formulaire en test ?). Outre la simplification de ces formulaires, le gouvernement a souhaité mettre en place l'expérimentation de dossiers uniques ou encore le déploiement d'outils numériques pour le suivi des demandes. Aujourd'hui, une demande auprès d'une MDPH peut dépasser les dix mois selon les territoires. Objectif : réduire des délais encore jugés trop longs et des démarches apparaissant encore trop complexes et peu lisibles, souvent décrites comme parcours du combattant.
Soulagement pour les familles ?
Ainsi, depuis le 1er avril, une autre étape symbolique a été franchie : l'AEEH (Allocation d'éducation de l'enfant handicapé) de base est désormais attribuée sans limitation de durée pour tous les enfants dont le handicap n'est pas susceptible d'évoluer favorablement. Un soulagement pour des milliers de familles qui n'ont plus à prouver, tous les trois ans, que le handicap de leur enfant est toujours présent (AEEH 2026 : des conditions d'attribution étendues). « C'est une mesure de bon sens qui redonne de l'air aux parents », martèle-t-on au ministère. Pourtant, sur le terrain, l'harmonisation des durées de droits sur les cycles scolaires (maternelle, primaire, collège) reste inégale selon les départements, créant encore des ruptures de prise en charge lors des transitions. Autre axe : soutenir les professionnels. Les agents des MDPH, en première ligne, font face à une hausse constante des demandes. Des renforts et des outils d'aide à la décision ont été annoncés, mais leur déploiement reste progressif.
Le système d'information national : le moteur tousse encore
C'était une autre promesse phare : un Système d'Information (SI) national unique pour garantir la continuité des droits partout en France et éviter de tout recommencer en cas de déménagement. En ce mois d'avril 2026, la première brique (« SI Évaluation ») est en cours de déploiement, mais la généralisation n'est attendue que pour le second semestre. Résultat : les agents des MDPH jonglent encore entre des outils obsolètes et de nouvelles interfaces. L'intelligence artificielle, censée accélérer la recevabilité des dossiers, est toujours en phase de test dans une poignée de départements pilotes. Conséquence directe : l'objectif de réduire le traitement global à quatre mois reste une ligne d'horizon difficile à atteindre pour beaucoup. Sera-t-il effectif avant le prochain changement de gouvernement, attendu d'ici un an au plus tard, avec les prochaines présidentielles ? Rien n'est moins sûr.
Cap sur la CNH 2026 : l'exigence de la simplification réelle
Alors que la Conférence nationale du handicap (CNH) de juin 2026 approche, la pression monte. Si le versement ininterrompu des aides en cas de retard de la MDPH est devenu une réalité légale ce mois-ci, les associations restent vigilantes. « On ne veut plus de mesures de papier, on veut du concret dans les boîtes aux lettres », confie un représentant de collectif. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : si l'AAH est désormais traitée en plus de 4,7 mois en moyenne (nationale) selon le Baromètre des maisons départementales des personnes handicapées fourni par la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) en 2025, on est loin de la cible des trois mois promise (objectif fixé pour 2022). La nouvelle étape de simplification qui doit être présentée lors de la CNH devra répondre à cette urgence : transformer les intentions politiques en un quotidien fluide pour les 12 millions de Français concernés.
©Image du Gouvernement (modifiée avec IA)


