Tourisme et handicap : Paris 2024 "all inclusif" ?

A dix-huit mois des Jeux de Paris 2024, le chantier s'annonce encore colossal, surtout en matière de tourisme et de handicap. L'association éponyme craint que les 350 000 visiteurs handicapés prévus ne soient pas accueillis à la hauteur de l'enjeu.

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Sur la ligne du RER C, direction Saint-Denis. Derrière les vitres du train, un paysage en chantier défile... C'est là, derrière cette forêt de grues, que se dresse le futur village olympique. A dix-huit mois de Paris 2024, le panorama urbain francilien se métamorphose à vue d'œil pour accueillir 10 500 athlètes internationaux et 10 millions de visiteurs dont 350 000 en situation de handicap. Pour les professionnels du tourisme, la course contre la montre est lancée. Si le Comité d'organisation des jeux olympiques (Cojo) promet 100 % de logements « accessibles universellement » pour les athlètes, qu'en est-il des hôtels, chambres d'hôtes et autres établissements recevant du public (ERP) ?  « Nous avons une grosse préoccupation sur l'échéance de Paris 2024. Les hébergements seront pris d'assaut par les équipes sportives, et les visiteurs à mobilité réduite seront probablement servis en dernier », prédit Annette Masson, présidente de l'association Tourisme et Handicaps (ATH), qui labellise les sites touristiques (lieux de visite, hébergements, restauration, activités de loisirs, offices de tourisme) pour l'accueil des personnes handicapées.

Ile-de-France, bon dernier en Métropole

Avec ses (seulement) soixante-huit sites labellisés pour les quatre familles de handicap (déficience auditive, mentale, visuelle et motrice), l'Ile-de-France arrive en dernière position du classement des régions, loin derrière le premier de la classe, la Nouvelle-Aquitaine qui, en comparaison, recense 1 142 établissements (toujours pour les quatre handicaps). « C'est aussi une question d'engagement politique », abonde Annette Masson, qui déplore, à demi-mot, le mille-feuille d'acteurs engagés sur le projet Paris 2024, pouvant freiner les actions en matière d'accessibilité. L'argument de la richesse et de l'ancienneté architecturale parisienne est aussi régulièrement mis sur la table. En témoigne le peu de stations de métro entièrement accessibles (13 sur 303 au total). Une raison jugée « insuffisante » par Pierre Ciolfi, administrateur de Valentin Haüy, association en faveur des personnes déficientes visuelles, qui cite l'exemple du Louvre. Vieux de plus de deux siècles, l'ancien palais royal ne s'est que très récemment doté d'escaliers dits « modernes », équipés de bandes d'éveil à la vigilance qui aident à signaler un éventuel danger. « Les escaliers sont souvent la partie la plus anxiogène des déplacements des personnes malvoyantes », explique-t-il. Or l'installation de ces dispositifs podotactiles ne coûte pas plus d'une centaine d'euros. Même constat sur les boucles magnétiques pour personnes malentendantes, dont le prix n'excède pas trois cents euros. Rendre accessible ne veut donc pas dire tout casser ou dénaturer. La preuve avec le château de Nantes, comme l'explique Annette Masson : « Un ascenseur a été intégré dans une des tourelles. Certes, le chantier a mis du temps à émerger mais, aujourd'hui, les personnes en fauteuil ou mal-marchantes peuvent s'y rendre ».

Ça bouchonne au niveau des transports

A Paris, un gros point d'interrogation demeure aussi du côté des transports. Si le Cojo assure que « bus, métros, RER, tramways, véhicules légers (vans, minibus) et au moins l'un de ces modes de transport sera accessible aux personnes en situation de handicap » avec un soin tout particulier accordé au « dernier kilomètre », l'ATH est davantage sur la réserve. « On sait bien que les deux dernières stations de métro à proximité du site seront fermées pour raisons de sécurité, comment les personnes à mobilité réduite pourront-elles arriver à bon port ? », s'interroge Annette Masson. Quant aux places de stationnement, l'ATH réclame une sorte de dérogation pour que les étrangers en situation de handicap puissent stationner n'importe où, même en dehors des places dédiées, sous réserve d'être inscrits sur une plateforme mise à disposition par la Mairie de Paris (ce qui est actuellement en cours de discussion).

Des itinéraires accessibles dans Paris

Le salon Autonomic Paris, organisé du 6 au 8 juin 2023 porte de Versailles à Paris, devrait permettre d'y voir plus clair. Ce rendez-vous consacré à la question de l'accessibilité fera figure de grande répétition un an avant les Jeux de Paris 2024. Il sera notamment l'occasion de tester des « parcours touristiques accessibles », imaginé par le Comité régional du tourisme Paris Ile-de-France et par l'ATH avec l'aide de l'Institut de recherche et d'études supérieures du tourisme (IREST). Une dizaine d'itinéraires, parmi les grands classiques touristiques de la Capitale, vont être identifiés. L'outil, en cours de construction, sera accessible sur le site de Tourisme et Handicaps en 2023.

© Site de Paris 2024

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"

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