Trésor Makunda, l'athlète pro-accessibilité de la SNCF

A 37 ans, Trésor Makunda, para-sprinteur, s'apprête à faire son dernier tour de piste aux Jeux de Tokyo 2021 avant de se consacrer pleinement à son poste au sein du service accessibilité de la SNCF. Une reconversion à grande vitesse !

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Trésor Makunda voit le jour à Kinshasa, au Congo, en 1983. Un prénom prémonitoire pour celui qui deviendra un trésor du handisport français... A trois ans, on lui diagnostique une cataracte, à sept une rétinopathie pigmentaire, maladie dégénérative de l'œil. Très vite, la cécité menace... Sa mère refuse de se résigner et s'envole pour la France, espérant soigner « ces yeux qui ne sauraient voir »... En vain. A 12 ans, nouveau coup dur, Trésor perd sa mère et trouve refuge dans le para-athlétisme. La difficulté ? Trouver une structure au sein de laquelle pratiquer sa passion...

Tokyo 2021 : une ultime médaille ?

Accueilli par le club de Villejuif en 2 000, il court avec l'aide d'un guide et enchaîne les victoires nationales. Sélectionné à 19 ans pour participer aux championnats du monde d'athlétisme handisport de Lille en 2003, il doit attendre sa naturalisation deux ans plus tard pour pouvoir enfin représenter la France aux Jeux paralympiques d'Athènes. Il y décroche la médaille d'argent sur le 100 mètres, la première d'une longue série de titres européens, mondiaux et olympiques dans trois des disciplines reines de l'athlétisme (100, 200 et 400 mètres)... De retour au plus haut niveau après « quelques années sans », Trésor est bien décidé à faire un dernier tour de piste aux Jeux paralympiques de Tokyo en 2021.

La course à l'emploi ?

« A 37 ans, je suis lucide... Je suis plus à la fin de mon histoire sportive qu'à son début », confie l'athlète. C'est à l'issue des Jeux paralympiques de Londres, en 2012, que la question fatidique se pose pour la première fois : « Et après ? ». Trésor entame des recherches mais « que faire avec un BTS MUC (management des unités commerciales) sans aucune expérience professionnelle ? », s'interroge-t-il. Trouver des sponsors ? « Ils ne courent pas après les athlètes handisport... Jusqu'alors, les seules rentrées d'argent que je touchais grâce à mes performances permettaient tout juste de payer mon loyer et l'athlétisme. A la fin du mois, c'était souvent serré... », déplore-t-il. Ses premiers pas sur le marché du travail sont hésitants, l'inquiétude gagne du terrain. « Dans les médias, chaque année, le même refrain : le chômage est l'ami le plus fidèle des personnes handicapées », raille Trésor.

Soutenir les athlètes en bout de course

Un coup de pouce de la Fédération française handisport, connue pour proposer des dispositifs de reconversion pour ses athlètes, serait le bienvenu. A moins que... « C'est un peu illusoire », selon lui. « La FFH ne m'a pas accompagné pour trouver un emploi, préférant privilégier l'insertion professionnelle des jeunes, regrette-t-il. C'est super de les booster mais il faut aussi soutenir les athlètes qui entrent dans le dur. » En 2016, alors qu'il s'apprête à « baisser les bras », il tombe sur sa « bonne étoile », Carole Guéchi, directrice de l'accessibilité au sein de la SNCF qui lui promet de dénicher un poste compatible avec sa carrière sportive.

Membre du dispositif « Athlètes SNCF »

Chose promise... En octobre 2018, Trésor entre dans le dispositif « Athlètes SNCF » en tant qu'ambassadeur à la direction des situations sensibles et devient ainsi la première personne handicapée à intégrer le pôle « Accessibilité ». Il était temps ? « J'ai dû postuler par la voix classique, au milieu d'autres candidats en situation de handicap. J'ai beau être habitué à la concurrence, j'avais la pression ! », se souvient le champion. Son rôle ? Faire un état des lieux de ce que l'entreprise met en place en matière d'accessibilité, notamment dans les gares ou sur le réseau numérique, tester de nouveaux services avant de les proposer aux clients, étudier les points forts et faibles de certains outils imaginés et, à terme, être lui-même moteur dans la mise en place de certains programmes dédiés, entre autres, aux personnes à mobilité réduite. « C'est vraiment intéressant d'avoir un profil comme celui de Trésor dans l'équipe, à double titre, se félicite Jurgen Bader, responsable du pôle Accessibilité du groupe. Parce qu'en tant que personne en situation de handicap, il apporte son vécu et ses compétences mais également, en tant qu'athlète de haut niveau, la rigueur et la détermination pour atteindre un objectif, tout cela avec la joie de vivre et la bonne humeur qui le caractérisent. »

Un nouveau chapitre

La SNCF a mis en place ce programme de recrutement Athlètes SNCF en 1982 pour permettre aux athlètes de haut niveau de mener de front vies sportive et professionnelle. Trente-cinq d'entre eux sont ainsi recrutés en CDI et bénéficient d'une Convention d'insertion professionnelle (CIP), rémunérés à 100 % mais libérés selon leurs besoins sur un temps qui varie de 50 à 70 %. Dans ce cadre, ils doivent travailler au minimum 50 jours par an et porter les couleurs et valeurs de l'entreprise. « Ce dispositif, c'est un peu comme une gomme qui nous permet de tourner la page. Ce travail n'est pas la fin d'une histoire mais un nouveau chapitre », se réjouit cet éternel optimiste. « Le haut niveau, c'est tellement dur, on passe notre temps à souffrir, à se faire mal. Le bureau, c'est un peu une échappatoire, on me donne des missions, des responsabilités... Que demander de plus ? ».

Handicap.fr : Avez-vous le sentiment, depuis votre arrivée au sein de la SNCF, d'avoir fait « bouger les lignes » ?
Trésor Makunda : C'est compliqué de changer les choses dans une si grosse entreprise. Beaucoup ont essayé avant moi... Mais je pense en tout cas avoir contribué à une prise de conscience plus rapide parce que j'ai moi-même été confronté à certains obstacles d'accessibilité mais aussi grâce à mes échanges réguliers avec les associations de personnes handicapées.

H.fr : La SNCF est parfois épinglée sur le manque d'accessibilité des gares ou encore l'excès de zèle des contrôleurs envers certains usagers en situation de handicap (article en lien ci-dessous)... Comment comptez-vous changer la donne ?
TM : On ne m'a pas encore demandé d'intervenir à ce sujet mais, dans mon service, nous recevons de nombreuses plaintes, et mes collaborateurs me demandent régulièrement mon avis sur la forme de la réponse à apporter aux usagers : « Est-ce plus humain ainsi ? », « N'est-ce pas trop maladroit ? ». Malheureusement, il est très difficile de satisfaire tout le monde. Les gens ne se rendent pas compte à quel point le dossier de l'accessibilité est compliqué, notamment parce que la SNCF n'a pas (encore) de concurrence et qu'ils n'ont pas de point de comparaison. J'aimerais rappeler que le handicap ne donne pas tous les droits. Nous en voulons parfois à la terre entière et manquons peut-être d'objectivité... En revanche, comme en sport, on peut toujours mieux faire... Il suffit de viser l'excellence !

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