Troubles de la parole : ils recréent leur voix... digitale

2 millions de personnes par an sont diagnostiquées d'un trouble de la parole. Certaines d'entre elles font appel à "My own voice". Grâce à l'intelligence artificielle, cette innovation française reproduit la voix de ceux qui l'ont perdue.

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C'est une technologie qui laisse sans voix. Ou plutôt qui la recrée. « My own voice » est un outil de synthèse vocale, inventé par Acapela group, qui « fabrique » la voix digitale d'une personne aphone à la suite d'une maladie ou d'une opération (sclérose latérale amyotrophique, cancer de la gorge, aphasie, paralysie cérébrale, dysarthrie, laryngectomie…). Disponible dans plus de vingt langues, dont le français, ce service s'appuie sur le « machine learning ». Lorsque la voix du patient est encore audible, il peut enregistrer cinquante phrases sur la plateforme. Celles-ci serviront de base à l'intelligence artificielle pour imiter son timbre, son accent, ses intonations. Il pourra ensuite saisir du texte directement sur le site de « My own voice », qui sera traduit en version audio, avec la signature vocale pré-enregistrée.

2 millions de personnes avec un trouble de la parole

Chaque année, environ 2 millions d'individus dans le monde sont diagnostiqués d'un trouble de la parole mais seulement 2 % s'équipent d'un dispositif d'aide à la communication, d'après Acapela group. En 2016, les créateurs de « My own voice » flairent donc un marché. Primée dans la catégorie de la santé digitale au CES Las Vegas 2023 (du 5 au 8 janvier), l'innovation d'origine toulousaine compte aujourd'hui près de 10 000 utilisateurs dans le monde, dont 3 400 nouveaux clients pour la seule année 2022. Si la marque fait également des émules outre-Manche, le succès est encore timide en France, confie Nicolas Mazars, son directeur commercial. Pourtant, le résultat est « impressionnant », selon Olivier Goy, entrepreneur, atteint de la maladie de Charcot (SLA). Affecté par des troubles de l'élocution, il a pu reproduire sa voix à partir d'un simple podcast capté avant les premières manifestations de sa maladie. « Vive la technologie au service de la santé », explique sa voix numérique dévoilée sur le réseau social Linkedin. Si la plupart des utilisateurs adoptent ce dispositif par anticipation, d'autres, parce que leur voix est déjà éteinte, « font intervenir leurs proches, un frère, une sœur, avec une tonalité approchante », raconte Nicolas Mazars.

Un résultat bluffant

Intrigué par les promesses de ce bijou de technologie, Handicap.fr a souhaité le tester. C'est notre journaliste, Clotilde Costil, qui a tenté l'expérience, l'enjeu étant de pouvoir retrouver sa voix fluette caractéristique. Elle a été quasiment reproduite à l'identique, avec un voile robotique à peine perceptible. Même ses proches ont validé cette copie « bluffante ». Seul bémol, le parcours numérique du client manque encore de fluidité. « Ce service ne demande aucune compétence ni équipement particulier, si ce n'est un ordinateur, un micro-casque et une connexion Internet », affirme Acapela group. C'est vrai… en partie. Certes, l'outil est accessible d'un point de vue matériel mais il n'est pas toujours intuitif. Notre journaliste, pourtant familière des nouvelles technologies, s'est parfois perdue au fil des différentes étapes du process d'enregistrement, seulement traduites une fois sur deux en français.

Une quatrième version en 2023

Que les futurs clients potentiels se rassurent, ces quelques couacs devraient être de l'histoire ancienne dans la quatrième version. Celle-ci verra le jour en 2023, d'après Nicolas Mazars. En revanche, le « business model » restera le même : la phase initiale permettant de créer sa voix est gratuite. « Ce n'est qu'au moment où vous en aurez besoin qu'il vous faudra l'acheter », poursuit la marque. Pour l'heure, le dispositif n'est pas éligible à la Prestation de compensation du handicap (PCH) ni remboursable par l'Assurance maladie même si « cela est en projet », rassure Nicolas Mazars, sans toutefois donner de délai. Il faudra donc débourser 99 euros par an ou 999 euros en licence perpétuelle pour se procurer sa voix digitale personnalisée, celle qui ne s'effacera (normalement) jamais…


© Acapela group

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"

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