Ultrasons: piste prometteuse contre la dépression résistante

Et si le son devenait un traitement contre la dépression résistante ? La start-up française Sonomind développe une technologie de neuromodulation par ultrasons, indolore, capable de cibler finement les circuits cérébraux impliqués.

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330 millions de personnes souffrent de dépression dans le monde, selon les estimations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ce qui en fait la principale cause de handicap. Pour 30 à 50 % d'entre elles, les traitements classiques se révèlent inefficaces, laissant place à une maladie chronique, invalidante, parfois mortelle. C'est à cette impasse thérapeutique que s'attaque Sonomind, start-up française couronnée par le Prix Marcel Dassault de l'innovation pour les maladies mentales en décembre 2025. Une distinction prestigieuse, remise par la Fondation FondaMental et le Groupe Dassault, qui récompense une approche inédite de la prise en charge de la dépression résistante, en ciblant les zones profondes du cerveau par ultrasons.

Des ondes qui ciblent les zones du cerveau impliquées 

La force de Sonomind tient à sa technologie de neuromodulation par ultrasons : des ondes focalisées de faible intensité agissent comme un « faisceau sonore » capable de stimuler avec précision les circuits cérébraux impliqués dans la dépression, sans cicatrice ou anesthésie lourde. Concrètement, une lentille acoustique personnalisée est posée sur le crâne des patients. Conçue grâce à un jumeau numérique et imprimée en 3D, elle concentre les ondes ultrasonores avec une précision millimétrique, ce qui permet de compenser les variations de l'épaisseur du crâne.

Une technologie efficace, non invasive et indolore

« Une solution rapide, efficace, non invasive et totalement indolore », qui « améliore la tolérance et l'accessibilité pour les patients », se félicite la Fondation FondaMental. Sa directrice, Marion Leboyer, professeur de psychiatrie (UC, AP-HP et Inserm), souligne combien cette technologie brevetée ouvre « de nouvelles perspectives thérapeutiques » pour des personnes concernées par une dépression résistante mais aussi d'autres troubles psychiatriques ou neurologiques, comme l'anxiété, le stress post-traumatique, les addictions, la maladie de Parkinson ou les douleurs chroniques. « C'est la force du Prix Marcel Dassault : allier recherche, mécénat et entrepreneuriat au service des patients », ajoute-t-elle.

Des résultats cliniques encourageants

Si la technologie peut paraître futuriste, des résultats cliniques pilotés en France viennent déjà confirmer son potentiel. Les résultats de cet essai pilote, mené par le GHU Paris, l'Inserm, le CNRS, l'Université Paris Cité et l'ESPCI Paris PSL, ont été publiés dans la revue médicale Brain stimulation en mai 2025. Après cinq jours consécutifs de traitement d'une heure par jour, des patients en souffrance depuis environ quatre ans ont vu leurs symptômes réduits de plus de 60 %. Autre résultat encourageant : « une bonne tolérance au traitement, sans effet indésirable ». Des études complémentaires sont prévues en 2026 afin de confirmer ces résultats sur des cohortes plus importantes et d'évaluer la persistance des effets thérapeutiques dans le temps.

Une récompense qui porte un message fort

Doté de 100 000 euros, le Prix Marcel Dassault 2025 ne récompense pas seulement une technologie, il porte un message : en psychiatrie aussi, l'innovation peut être concrète, transformatrice et centrée sur l'expérience du patient. La Fondation FondaMental, qui accompagne depuis des années les projets novateurs pour mieux diagnostiquer et soigner les maladies mentales, voit dans ce prix « un encouragement à poursuivre des solutions concrètes face à l'ampleur des troubles psychiatriques ».

Sonomind, acteur clé de la psychiatrie de précision

Sonomind s'inscrit pleinement dans le tournant de la psychiatrie de précision, qui vise à personnaliser les traitements en fonction des caractéristiques biologiques des patients. Grâce aux avancées de l'imagerie cérébrale notamment, il devient possible de cibler avec une précision millimétrique les zones du cerveau impliquées dans les troubles psychiatriques, ouvrant la voie à des diagnostics plus précis et des traitements plus efficaces et mieux tolérés. « Cette approche permet aussi d'explorer de nouveaux biomarqueurs pour mieux comprendre les mécanismes des maladies psychiatriques et les soigner », explique la Fondation FondaMental. Une dynamique comparable, selon elle, aux progrès réalisés ces dernières années dans la compréhension et le traitement des cancers.

Un écosystème d'innovations

Le paysage de la dépression résistante n'est plus figé. En parallèle de l'approche ultrasonore, d'autres voies thérapeutiques font avancer la science. La stimulation magnétique transcrânienne (ou TMS), déjà approuvée pour la dépression, utilise des champs magnétiques pour activer les neurones des régions du cerveau liées à l'humeur : elle est non invasive et recommandée quand les antidépresseurs seuls ne suffisent pas. Des études scientifiques mettent également en lumière d'autres formes de neuromodulation, comme la stimulation du nerf vague, qui montre des améliorations significatives des symptômes chez certains patients, ou encore la stimulation cérébrale profonde, qui implique une intervention chirurgicale plus lourde mais offre des résultats notables chez des patients sévèrement résistants. Ces approches, parfois pionnières, démontrent que la recherche n'a pas renoncé à résoudre l'un des plus grands défis de la psychiatrie.

Accélérer les essais cliniques et l'accès aux traitements

Pour les équipes de Sonomind, la reconnaissance du Prix Marcel Dassault est une étape mais aussi un élan. Au-delà du soutien financier, elles bénéficient de l'accompagnement des équipes multidisciplinaires du Lab'FondaMental, qui met en réseau chercheurs, cliniciens et experts de l'innovation pour booster le développement et l'évaluation de nouvelles solutions en psychiatrie. « Grâce à ce soutien, nous allons pouvoir poursuivre nos essais cliniques, valider l'efficacité de notre technologie à plus grande échelle et, surtout, accélérer l'accès des patients à un traitement sûr et innovant, indique Jérémy Bercoff, physicien, co-fondateur et président de Sonomind. Pour des millions de personnes en impasse thérapeutique, c'est un espoir supplémentaire pour sortir de la chronicité et pour que la dépression ne soit plus une fatalité. » Objectif affiché : une mise sur le marché à partir de 2028.

© sonomind.com

Test du dispositif Sonomind sur la tête d’un patient.
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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
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