Route du Rhum : Payen, jambe de carbone et moral d'acier

Résumé : Fabrice Payen, 49 ans, amputé d'une jambe et équipé d'une prothèse s'apprête à prendre le départ de la Route du Rhum en solitaire, malgré "plus de contraintes que les autres concurrents". Une première dans l'histoire de cette course au large.

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Par Hélène Duvigneau

Pirate à la jambe de bois ? Très peu pour lui... Équipé d'une prothèse de jambe dernier cri et pétri de ses rêves d'enfant, le Malouin Fabrice Payen prendra le départ de la Route du Rhum -il est l'un des deux skippers en situation de handicap sur cette solitaire, avec Damien Seguin, privé d'une main-. Il n'y va "pas pour le podium", répète à l'envi le skipper du trimaran Team Vent debout, comme pour contrebalancer l'audace de son projet. Pourtant, même sans podium, traverser l'Atlantique en solitaire avec une jambe prothétique en carbone sera une première dans l'histoire de la course au large, qui démarre le 4 novembre 2018 au départ de Saint-Malo.

Un accident de moto

A 49 ans, ce mordu de voile qui a tiré ses premiers bords chez les scouts marins de Saint-Malo, navigué aux côtés d'Éric Tabarly et qui régatait pendant un temps "10 mois sur 12" en Méditerranée, revient de loin. En 2012, un accident de moto survenu en plein Rajasthan, en Inde, bouleverse sa vie. "Une voiture nous a percutés, moi et ma compagne, au milieu de nulle part. Le chauffard a pris la fuite", raconte Fabrice Payen à l'AFP. S'ensuivent quatre années de souffrance, à ne plus pouvoir plier la jambe, des opérations à la chaîne, puis la "libération" en 2016 avec le choix de l'amputation, seule solution pour retrouver de la mobilité. Grâce au fonds d'indemnisation des victimes d'infraction, il parvient à s'équiper d'une prothèse étanche truffée de capteurs et de microprocesseurs, combinant gyrocompas, accéléromètre et programmation par smartphone pour courir ou faire du vélo. Une bagatelle à 100 000 euros. Le prix du bateau. Le prix aussi de la revanche sur le destin.

Le club des handicapés

"Quand on rejoint le 'club des handicapés', on s'aperçoit que c'est compliqué de se réinsérer professionnellement et socialement", admet le marin, également titulaire d'un DEA de philosophie. Skipper professionnel et commandant de marine marchande, Fabrice Payen se voit retirer son agrément pour "inaptitude" par l'administration maritime. Un agrément qu'il compte redemander après la course. Après plusieurs déconvenues, il décide de créer son activité professionnelle. Ce sera le projet Route du Rhum, la mythique course en solitaire qui lui trotte dans la tête depuis son plus jeune âge. "L'idée est de diffuser un message d'espoir et de prouver qu'un tel projet est possible malgré le handicap", souligne le Malouin. Il représente l'association Premiers de Cordée, qui développe le sport auprès des enfants hospitalisés, et l'association APF France Handicap.

Des aménagements nécessaires

A la barre de son trimaran de 50 pieds (15 mètres), qui a déjà trois "Rhum" dans les haubans, le sportif admet tout juste avoir "plus de contraintes que les autres concurrents". "Je me déplace moins rapidement et j'ai moins de force pour pousser, tirer, car je n'ai pas la même stabilité", reconnaît-il. A bord, quelques aménagements ont été réalisés pour lui faciliter les déplacements, des mains courantes ajoutées. "Mais pas plus que pour un autre skipper", précise Jérôme Solem, préparateur, qui espère le voir "réussir à aller de l'autre côté". Pendant la course, Fabrice devra rester "attentif à l'évolution de (son) moignon". "Je vais certainement perdre de la masse corporelle, et l'emboîture de la prothèse sera sans doute moins ajustée", raconte ce bricoleur dans l'âme, qui a prévu "des mousses" pour remédier au problème et emmènera une prothèse de rechange en cas d'imprévu. Le skipper concède aussi avoir un "curseur plus bas que les autres au niveau de la sécurité", ce qui l'obligera notamment à "ne pas se laisser emporter par la vitesse".

Les mêmes règles pour tous

"Fabrice est soumis aux mêmes règles que les autres", commente Damien Rousseau, médecin de la course, précisant qu'en voile, on utilise "surtout le haut du corps". "C'est la démarche raisonnable et raisonnée de quelqu'un qui était déjà marin et a engrangé des heures et des heures de navigation", confie de son côté Mathieu Sarrot, chargé de l'organisation de la course. A quelques jours du départ, le navigateur compte "méditer et se recentrer sur (lui) et (sa) famille". Sa compagne Anne-Laure Paty l'attendra en Guadeloupe avec leur petite fille de 3 mois, Mahée, "à partir du 20 novembre".

© Team Vent debout

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