Un observatoire pour mesurer l'accessibilité des élections

Qui de Pécresse, Taubira, Zemmour est bon élève en matière d'accessibilité de sa campagne ? C'est la question à laquelle le CNCPH entend répondre d'ici les élections, via la mise en place d'un observatoire dédié. Précieux conseils en perspective !

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DERNIERE MINUTE DU 8 MARS 

Le CNCPH a publié le premier relevé de son observatoire de l'accessibilité des campagnes électorales et des scrutins de 2022. Principale conclusion : « Très peu de candidats à l'élection présidentielle affichent des informations sur l'accessibilité de leur campagne ». Et pour cause... Peu d'entre eux ont mis en place des dispositifs adaptés (article complet en lien ci-dessous).

ARTICLE INITIAL DU 1ER FEVRIER 2022

« Nous partons de zéro », déplore Jérémie Boroy, président du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) (interview en lien ci-dessous). Parmi la trentaine de candidats à l'élection présidentielle aujourd'hui déclarés, aucun n'a fait figurer, pour l'heure, d'informations relatives à l'accessibilité sur son site de campagne. A 90 jours du premier tour, le CNCPH a donc décidé de mettre en place un « Observatoire de l'accessibilité des campagnes électorales et des scrutins de 2022 » (vidéo ci-contre). Objectif ? Suivre au quotidien l'amélioration de celle de la présidentielle puis des législatives.

Des volontaires du CNCPH mobilisés

Ce dispositif était présenté le 27 janvier à l'occasion d'une conférence au Conseil économique, social et environnemental (CESE), à Paris, qui devait, en principe, réunir tous les directeurs de campagne pour leur permettre de découvrir le bon « mode d'emploi ». Nombre d'entre eux étaient malheureusement aux abonnés absents... Top départ de cet observatoire le 4 février. Concrètement, des volontaires, membres du CNCPH, auront pour mission « d'observer ce qui a été fait, pas fait ou mal fait, aussi bien en ligne ou dans les médias que sur le terrain, mais aussi d'échanger avec les équipes de campagne », détaille Jérémie Boroy. Rebelotte pour les législatives. Comme une évaluation des 577 circonscriptions serait particulièrement chronophage, sept territoires feront l'objet d'une analyse poussée : Pas-de-Calais, Loire-Atlantique, Paris, Seine-Saint-Denis, Calvados, La Réunion, Marseille, Creuse et Lyon. De véritables « labos de l'accessibilité » en période électorale.

Une accessibilité du cadre bâti...

Pour les deux élections, les volontaires accorderont une attention particulière à la qualité de ces mesures d'accessibilité, sur la base de critères d'évaluation définis par le CNCPH. Ils s'assureront notamment que, lors des meetings et des débats, les masques utilisés par les équipes soient transparents -ou, à défaut, pas de masque-, afin que les interventions publiques et audiovisuelles soient comprises de tous. Ils veilleront également à l'accessibilité à tous types de handicaps des réunions publiques (présence de boucles magnétiques, d'interprètes en LSF, etc.). Cédric Lorant, président du collectif d'associations de personnes sourdes Unanimes a énuméré une liste d'instructions, à commencer par l'accessibilité aux abords des lieux de réunion politique ouverts au public. Ces derniers doivent se trouver à proximité d'arrêts de transports ou de places de parkings « PMR ». A l'intérieur, les tribunes doivent être de même niveau. Exit les pentes raides et les marches. Les passages entre les rangées de sièges doivent être aérés. La perfection se niche dans les détails : les cocktails doivent être adaptés aux personnes de petite taille ou celles en fauteuil roulant, avec des tables surbaissées.

Et du numérique !

Sur le volet numérique, les volontaires devront vérifier que le site web du candidat respecte les recommandations du référentiel d'amélioration d'accessibilité (RGAA). L'Observatoire recommande que les sites web, réseaux sociaux et médias relatifs à la campagne présidentielle proposent la langue des signes (LSF) pour les personnes sourdes et malentendantes et que chaque image porteuse d'une information dispose d'une alternative textuelle ou d'une description. Autre requête : les clips officiels de campagne sous-titrés, audiodécrits et en LSF. Si beaucoup reste à faire, des mesures ont été prises lors des précédentes élections. En 2019, à l'occasion du scrutin européen, sur 34 listes, 20 avaient choisi de diffuser au moins un de leurs clips en LSF. « Les résultats étaient assez encourageants », admet Nicolas Cizel, chef du département Droits et libertés de l'Arcom (ex Conseil supérieur de l'audiovisuel).

Des programmes en FALC

Même topo pour les professions de foi et programmes qui doivent être disponibles en LSF mais aussi en FALC (Facile à lire et à comprendre) afin de permettre aux personnes avec un handicap intellectuel de bénéficier du même niveau d'information que les autres. « Rendre le vote accessible est un premier pas nécessaire pour notre participation à la citoyenneté », affirme à ce titre Lahcen Er Rajaoui, président de Nous aussi, association qui promeut l'auto-détermination des personnes avec un handicap mental. Le CNCPH recommande ainsi aux équipes de campagne de rédiger des phrases simples, percutantes, comprises par tous. De son côté, l'Unapei, association qui défend les intérêts des personnes avec un handicap mental, propose d'associer les équipes de campagne a un « référent dûment formé » au FALC pour traduire leurs différentes communications. En attendant, rendez-vous sur les sites du CNCPH, de Nous aussi et de l'Unapei pour bénéficier de précieux conseils pour rendre sa campagne accessible.

Le rôle des médias

Pour veiller au respect de ces critères, l'Arcom joue un rôle déterminant. « Tous les diffuseurs qui font plus de 2,5 % de taux d'audience doivent sous-titrer l'intégralité de leur programme dans le cadre de la campagne présidentielle », indique Nicolas Cizel. L'Observatoire promet de « regarder de près » la manière dont ils vont s'emparer des différents objectifs d'accessibilité, en veillant notamment à ce que le médaillon de positionnement qui intègre l'interprète en LSF, lors de débats ou émissions politiques par exemple, soit apposé en haut à droite et corresponde à un tiers de l'écran. Il exhorte également à proposer une version replay en haute qualité, qui dispose, encore une fois, des sous-titrages et de la LSF.

A retrouver sur le site du CNCPH

Le CNCPH s'engage à diffuser dès maintenant un certain nombre de ses ressources dont les trois mémentos sur l'accessibilité du processus électoral, destinés aux candidats, médias et organisateurs du scrutin. « Le but de cet Observatoire n'est pas de piéger les équipes mais de leur donner envie de désigner un interlocuteur qui sera le Madame/monsieur Accessibilité de leur campagne », conclut Jérémie Boroy. Chaque semaine, jusqu'au deuxième tour de la présidentielle, il promet de diffuser un relevé des bonnes pratiques, candidat par candidat. A retrouver sur la page cncph.fr/electoral/

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