AESH : Martin, 5 ans, récit d'un début de scolarité sacrifié

Delphine Ganne se bat depuis 4 ans pour que son fils, atteint d'une paralysie cérébrale, puisse suivre une scolarité normale. Depuis la rentrée 2022, Martin bénéficie d'une AESH pendant 12h par semaine au lieu des 20h prévues par la MDPH. Récit.

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« Est-ce à Martin, du haut de ses 5 ans, de trinquer pour le manque d'AESH (accompagnants d'élèves en situation de handicap) dans notre pays ? » Voilà trois ans que Delphine Ganne apostrophe les autorités. Mais ses alertes sonnent dans le vide. Atteint d'une hémiplégie causée par une paralysie cérébrale, avec des troubles de la posture, du langage et du comportement, son fils Martin n'a jamais bénéficié de l'accompagnement scolaire auquel il a droit. Or la présence d'un AESH est nécessaire pour avancer dans ses apprentissages. Le 1er septembre 2022, jour de rentrée, la famille Jourdan-Ganne espère un énième retournement de situation. Bis repetita. Le petit garçon, inscrit en grande-section de maternelle à l'école Petits pianos Lili Boulanger de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), se voit proposer neuf heures d'accompagnement individuel sur les vingt heures prévues par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). C'est la douche froide. D'autant que le jeune Martin entame sa deuxième grande-section, un redoublement qui, selon sa mère, n'est pas sans lien avec ces nombreux dysfonctionnements.

Six AESH en trois ans

Depuis le début de sa scolarité, Martin a vu défiler pas moins de six accompagnants. La première, en petite section, n'a été présente que 30 jours sur les 180 prévus. La suivante, en moyenne-section, ne tient guère plus longtemps malgré son implication et sa bonne volonté ; absente au bout de 60 jours pour arrêt maladie puis congé maternité, elle n'a jamais été remplacée. En première année de grande-section, victoire ! C'est la première fois qu'une accompagnante reste aussi longtemps à son poste. Mais dans quelles conditions ?  Elle partage son emploi du temps entre trois enfants, doit courir entre l'élémentaire et la maternelle, enchaîne les CDD et ne sera titularisée qu'en 2026. « Bien souvent, les AESH craquent par épuisement et découragement », déplore Delphine, ce qui explique la pénurie de candidats. « Et lorsque Martin se retrouve seul, ce n'est rien de plus que de la garderie. »

« Tous se renvoient la balle »

Pour pallier ces difficultés, la mère de famille a été contrainte de mettre son activité professionnelle sur pause et investit une bonne partie de son temps à claironner son mécontentement auprès des autorités : la mairie de Saint-Denis, le rectorat de Seine-Saint-Denis, l'Académie de Créteil, le ministère de l'Education nationale et même le président de la République, Emmanuel Macron. Ses requêtes sont quasiment toutes restées lettres mortes. « L'inspectrice académique a fini par me rappeler la semaine dernière et elle a été odieuse. 'Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ?', m'a-t-elle répondu. Tous se renvoient la balle », se désespère-t-elle.

25 % des AESH en CDI

La situation que décrit cette mère de famille n'est malheureusement pas une exception (articles en lien ci-dessous). Même si le nombre d'accompagnants a progressé de 42 % depuis 2017, avec, notamment, 4 000 postes supplémentaires à la rentrée 2022, pour atteindre 132 200, la profession peine à attirer de nouveaux candidats. En cause ? La précarité des contrats de travail avec seulement 25 % de CDI et un salaire mensuel moyen qui ne dépasse pas 840 euros et, ce, après six ans d'exercice. Chaque jour, les médias locaux rapportent la colère de certains parents, mobilisés pour faire valoir les droits de leur enfant. Le 26 octobre 2022, La gazette du Val d'Oise révélait par exemple qu'au collège Voltaire de Sannois (Val d'Oise), seuls 2,5 postes d'AESH sont pourvus sur les huit disponibles. Même topo à Cherbourg (Manche), où des AESH manquent à l'appel dans un collège et un lycée de la ville, malgré les demandes répétées des familles, des équipes éducatives et même des élus.

Des inégalités selon les familles

A force de crier dans le désert, Delphine Ganne a tout de même fini par « grappiller quelques heures ». Depuis septembre 2022, Martin bénéficie de trois heures hebdomadaires supplémentaires, passant de neuf à douze heures. Une goutte d'eau dans l'océan mais qui fait la différence. Les trois autres enfants en situation de handicap scolarisés dans le même établissement n'ont pas tous eu la « chance » d'obtenir cette revalorisation. « Les parents ont baissé les bras face à la charge administrative », remarque Delphine Ganne. Pour elle, le « combat » est loin d'être terminé. Le passage en CP de son petit garçon n'est pas encore acquis. Aussi, craint-elle un transfert en Unité localisée pour l'inclusion scolaire (Ulis), choisi comme solution de facilité par l'Education nationale mais qui ne lui convient pas : « J'espère que mon fils pourra continuer à suivre une scolarité en classe 'véritablement' ordinaire, avec une AESH. Cela fait partie de ses droits ».

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"

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