Anorexie : les promesses d'un champignon hallucinogène

Des chercheurs américains ont exploré la piste d'un champignon hallucinogène pour traiter l'anorexie mentale, résistante aux médicaments traditionnels. Les résultats sont encourageants et relancent l'intérêt pour les thérapies psychédéliques.

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Un champignon hallucinogène pour soigner l'anorexie mentale ? Improbable mais bien réelle, cette solution est envisagée par des chercheurs américains spécialisés dans les troubles du comportement alimentaire. Face à eux : une réelle problématique médicamenteuse. L'anorexie mentale, maladie psychique qui multiplie par 18 le taux de mortalité, demeure, encore en 2023, résistante aux traitements pharmacologiques existants sur le marché. « Il n'existe aucun traitement éprouvé pour l'anorexie chez l'adulte qui inverse les principaux symptômes », peut-on lire dans un compte-rendu d'étude clinique publié fin juillet 2023 dans la revue Nature medicine. Les taux de rechute approchent même les 50 %, et environ 20 % des personnes atteintes développeront une évolution chronique. Les scientifiques de l'Université de Californie se sont donc engouffrés dans la brèche et ont suivi la piste « psychédélique », encore inexplorée dans ce domaine.

Des effets positifs sur le bien-être global

L'étude qu'ils ont menée a rassemblé dix participantes adultes, cochant tous les critères de l'anorexie mentale selon la 5e édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5). On leur a administré une dose unique de psilocybine synthétique, complété par un soutien psychologique. La psilocybine, isolée par un chimiste suisse, Albert Hofmann, en 1958, est le dérivé d'un type de champignon nommé « psilocybe ». Si le traitement s'est révélé tolérable pour les patientes d'un point de vue clinique, il a surtout eu un effet positif sur leur santé mentale. 90 % des participantes ont déclaré « se sentir plus positives à propos des efforts de la vie » et 70 % affirment avoir vécu un changement dans leur identité personnelle et dans leur qualité de vie en générale. Elles ont globalement vu leur niveau d'anxiété diminuer.

Une meilleure régulation de la sérotonine

D'après les chercheurs, la psilocybine « peut augmenter la plasticité du réseau émotionnel et cérébral, ce qui peut être responsable d'améliorations durables de l'état de santé mentale ». Son atout ? Elle joue sur la sécrétion de sérotonine (5 H-T), une hormone qui agit dans la régulation de l'humeur ou de l'appétit, et qui est déréglée chez les personnes anorexiques. Autre avantage par rapport à d'autres médicaments sérotoninergiques nécessitant des administrations répétées, une seule dose peut suffire à améliorer les symptômes. L'étude présente aussi des limites, notamment au niveau de la taille d'échantillon, encore très réduite. Il manque également une comparaison de contrôle avec un autre groupe de participants. Enfin, les auteurs de l'étude n'ont pu observer « d'effets significatifs sur l'indice de masse corporelle (IMC) au fil du temps ».

Les psychédéliques séduisent la psychiatrie

Les résultats autour de la psilocybine restent cependant prometteurs. Ils montrent déjà à quel point elle est sûre et bien tolérée par les patients. Cette étude américaine réactive également l'engouement des chercheurs en psychiatrie autour des psychédéliques comme nouvelles alternatives thérapeutiques, jusqu'à présent assez taboues. En 2021, une équipe britannique du Collège impérial de Londres a comparé l'effet de la psilocybine à celui de l'escitalopram, un antidépresseur conventionnel. Résultat, les patients traités avec la première étaient 22 % plus nombreux à présenter une diminution de leur niveau de dépression que ceux sous traitement médicamenteux. Là encore, le nombre de sujets recrutés (59) était très faible.

Un usage qui doit être encadré

« D'où la nécessité de poursuivre des recherches plus ambitieuses », précise l'Inserm qui met toutefois en garde sur les limites de ces nouveaux traitements : « Parce que les psychédéliques peuvent provoquer des états d'intense panique mâtinés d'angoisses, phobies et confusions, leur usage doit être encadré par un professionnel de santé qui s'assure du bien-être physique et psychologique du patient, pendant et après le traitement ». « Si leur efficacité est validée, ils devraient rester réservés aux patients qui répondent mal aux traitements conventionnels », ajoute à ce propos Wissam El Hage, psychiatre et directeur du centre d'investigation clinique de Tours.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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